Issime - Augusta
Emigrants issimiens au XVe siècle Les communautés de haute montagne connais sent depuis longtemps ce phénomène étroitement lié à l ’excédent démographique : lorsque les nou velles terres à défricher font défaut, l ’excédent est absorbé par l ’émigration. S’en aller est sûrement douloureux, mais il ne va pas sans donner quelques avantages : d ’abord ceux qui restent ont davantage de possibilités ; mais en plus, si l’émigration n ’est pas définitive, l’argent gagné ailleurs est placé au pays et lors que l’émigré reviendra il apportera, avec ses épar gnes, son patrimoine de connaissances et d ’expé rience. Dans le cas de l’émigration temporaire il se crée une symbiose entre ceux qui émigrent et ceux qui restent: les premiers permettent aux derniers de mieux survivre et donc de garder efficacement l ’habitat et la culture du pays, patrimoine com mun qui constitue pour l ’émigré le modèle et le point de repère fondamental, le havre idéal de sé curité et de paix, refuge sûr dans les moments de détresse et de solitude. Ce phénomène enfonce ses racines bien au-de là de la mémoire de nos vieux, comme nous le montrent des documents des Archives Notariales d ’Aoste qui nous donnent quelques renseignements sur l’émigration des Issimiens au XVe siècle. Les causes du détachement, temporaire ou défi nitif, sont les mêmes que connaissaient aussi nos grands-pères; avant tout la pauvreté. Un document du 11 février 1436 nous le dit clairement: Pierre fils du feu Aymon Bosonin dit Duc, recherché pour une dette envers le curé d ’Issime auquel il devait payer certaines dîmes, s’est absenté à cause de sa grande pauvreté: «... ob magnam paupertatem absentaverit patriam...» Mais aussi le désir de sortir d’une situation bou chée, sans espoir d ’amélioration peut déclencher le départ. Ce sera le cas des émigrations définiti ves, vers un horizon plus ouvert, de la part de ceux qui en auront les moyens. J ’ai partagé les 7 documents significatifs en deux catégories correspondants à l’émigration définitive (doc. n. 1, 2, 4, 5), et à l’émigration temporaire (doc. n. 3, 6, 7). L ’EMIGRATION DEFINITIVE Ce petit échantillon de documents nous mon tre que ces émigrés se déplacent vers des zones moins froides et moins isolées. Le recul démographique général dans les plai nes au XVe siècle ne doit donc pas avoir été aussi important sur nos montagnes, qui confirment ici aussi leur traditionnelle vocation de réservoir G iann i T hum iger d’hommes. Il paraît probable que cette émigration définitive concerne les agriculteurs plutôt que les artisans, qui, plus libres dans leur travail, peuvent revenir périodiquement au pays; les contraintes et la longueur de la saison agricole dans la plaine ne permettraient de garder au pays que l ’exploitation des alpages; mais ce n ’est pas le cas d ’Issime où ceux-ci sont très réduits et n ’attirent pas du bétail de l’extérieur. Il est aussi important de remarquer que le prix d ’une ferme à la plaine, bien que pro bablement avantageux, vu le nombre d ’exploita tions disponibles, ne dût être, en tout cas, qu’à la portée des plus aisés. Sont-ils ces Issimiens, dès ce moment, définiti vement sortis de la communauté, vu qu’ils décla rent d ’habiter ailleurs? C’est probable que non, au moins pour l ’immé diat, même si par leur vente ils ont abandonné ; ou au moins réduit encore davantage, une exploi tation dont la petitesse les avait contraints à émi grer ; en tout cas leurs intérêts économiques se déplacent ailleurs et leur détachement définitif n ’est plus qu’une question de temps. L ’EMIGRATION TEMPORAIRE L ’émigration temporaire offre un éventail plus ample de possibilités à mesure du courage et de l ’esprit d ’initiative de chacun. Au niveau le plus bas nous trouvons (voir doc. n. 5) un simple valet qui occupe les mois morts de l’hiver à Andorno, près de Biella, où sa colla boration est employée dans une activité que notre document ne déclare pas (agricole probablement, mais il n ’est pas à exclure un travail lié à la pro duction du tissu, qui est traditionnelle dans le Biellais). Un autre document, le n. 6, témoigne de la dou ble activité de Christian de Andrexio. Nous le trou vons soit à Valgrisenche, où il travaille probablement comme maçon, soit à Issime où il s’applique aux travaux de la fenaison sur les biens d ’un compatriote. Il possède là-haut des biens à lui qu’il loue à d ’autres. Nous avons la chance de surprendre cet Issimien au moment même où il change d ’activité: en effet le texte nous dit que cette vie vagabonde vient de terminer, car Christian a loué des biens à St. Mar cel. Il s’agit d ’une ferme pourvue de champs, prés, pâturages, verger, potager et vigne; une exploita tion qui ne lui permettra sans doute pas de culti ver les biens familiaux d’Issime et aussi son activité de maçon sera désormais limitée à St-Marcel et aux zones environnantes, vu qu’il est tout seul. C’est donc un pas en avant accompli au prix 28 — AUGUSTA
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