21 Le Flambeau - 03
renard, bélie1; écrevisse, etc. Ce mélange du latin populaire et du germain a donné naissance au Jxe siècle à un langage nouveau: le français. Trois siè– cles plus tard, sa formation est achevée. Le français s'enrichit au Xllle siè– cle de mots orientaux: azimut, alcool, zéro, nacre, tale, nacre. .. venus par !es croisades, puis au xvie siècle, de mots italiens, bagatella, bravo, clw– grin, citadelle, concert, pantalon, valise, etc., conséquence des guerres me– nées en ltalie. Au XVIIIe siècle, !es termes d'origine allemande, bivouac, hamster, gueuse. .. puis anglaise, express, drafne1; tunnel, cluile, grog, bol, paquebot... enrichirent le français. De leur c6té, !es événements politiques intérieurs apportèrent aussi leur contribution à la formation des langues. Le français n'y a pas échappé. Si la révolution de 1789 a inventé des mots morts-nés fortement marqués par les événements de l'époque, humanicide, hécatombiste, antidivorciaire, repolicer, vendéiser.. ., elle a aussi inventé des mots et des expressions qui sont passés à la postérité: la gauche et la droite politique, gens de couleUI; fii c, foutre le camp, flanquer une peignée. .. sans oublier, bien sfir, le mot guillotine. Plus récemment, le terme cohabitation s'est répandu dans le langa– ge commun en 1986 sous la pression des événements politiques. Comme dans tous !es langages officiels sur notre planète, pour se constituer, la langue de chez nous a largement fait appel aux langues de ... chez !es autres. La preuve, les 58.000 mots du dictionnaire Hachet– te en un volume trouvent leur origine dans quelque ... 150 langues ou dialectes différents, de l'arawak, langue parlée en Amazonie qui nous a laissé cannibale ou patate, au wisigoth, à qui l'on doit brut, choisir, ou estrapade. Typiquement français , l'argot a été pendant un siècle une autre source d ' enrichissement de notre langue. Haut en couleur, il a toujours ses défen– seurs acharnés comme Alphonse Boudard ou Pierre Perret, mais il est au– jourd'hui menacé de disparition par ce nouveau jargon franco-anglo-améri– cain dont les jeunes générations ont fait leur langage quotidien. C'est ainsi que vos petits enfants n'on plus le bourdon, mais les blues, ils ont les bou– les quand vous aviez les foies, et ils sont devenus cool là où vous n'étiez que peinards ... Chacun de nous peut constater, souvent en le déplorant, que le langage courant fait de plus en plus massivement appel à des termes anglais. Mais peut-on pour autant, comme certains, parler de raz de marée anglo-saxon déferlant sur la langue française? Le célèbre linguiste Claude Hagègel, quant à lui, refuse ce terme: "Nombre des emprunts directs à r ·anglais sont des mots techniques propres à certaines professions ou des mots surtout usuels dans certaines classes sociales, mais non partagés par toutes. Et, sur– tout, le nombre de ces emprunts demeure faible". Il n' en reste pas moins que la menace est réelle. * * * l Auteur en 1987 de Lefrançais et /es siècles, éditions Odile Jacob, 227 p. 11
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