ad LE FLAMBEAU Revue du Comité des Traditions Valdôtaines - O .n.1.u .s. "Maneat domus donec formica acquora bibat et Jcnta testudo totum perambulet orbcm" (graffiti du château de Fénis) Rédaction Éditorial La Rédaction Les feux de joie à Gimillian La Rédaction Arnad : la Clicca fête les feux de joie La Rédaction L'Union Valdôtaine de Paris fête son 120' La Rédaction Rencontre des Émigrés La Rédaction Le Flambô en Russie Marco Vigna Des projets inédits pour La Clicca Cesare Cossavella Les clochettes des chèvres Joseph-César Perrin Michel-Joseph De Bosses, un noble libertin et scélérat Rudy Sandi Dans ce numéro 2 3 5 7 11 14 16 18 24 34 Notes sur le commerce et la renommée du vin valdôtain dans le passé 38 François Stévenin Ciao Italia. L'émigration valdôtaine en France Enrico Tognan Les États Unis, les Valdôtains et la guerre du 1914/18 Lilliana Chatrian Le testament du chanoine Chatrian Joseph Rivolin Un souvenir d'Irène Andrione Joly Henri Armand Le secret du guerisseur Raymond Vautherin Dzan fin et Dzan fou Les poètes du terroir 55 61 74 83 85 92 94
l·~/+.~a\ {. !., \ • , 1 (i·~~~. PLAMad LE FLAMBEAU Rédaction et Administration COMITÉ DES TRADITIONS VALDÔTAINES 3, rue de Tillier - 11100 Aoste Tél. +39 0165 36 JO 89 -comitedestraditions@gmail.com (ouvert les mardi et jeudi de 9h à l 2h ; le samedi de 9h à l lh) DIRECTEUR RESPONSABLE Raymond Vautherin -raymond.vautherin@gmail.com 6, rue Trèves - 11100 Aoste -Tél. +39 3335284907 COMITÉ DE RÉDACTION Rédacteur en chef Laura Grivon -loflambo@gmail.com Rédacteurs 64° année -n° 239 3/2017 Alessandro Celi, Joseph-Gabriel Rivolin, Enrico Tognan, Joseph-César Perrin COTISATION ANNUELLE AU COMITÉ DES TRADITIONS VALDÔTAINES Italie:€ 25,00 Europe:€ 30,00 Autres pays : € 35,00 Cette cotisation annuelle donne droit à l'envoi de notre revue trimestrielle Le paiement peut être effectué: - au siège du C.T.V. 3 rue De Tillier à Aoste, aux jours et heures indiqués; par versement sur le compte courant postal n°10034114 au nom du Comité des Traditions Valdôtaines, 3, rue De Tillier 11100 Aoste; par virement bancaire - !BAN : 33 V 02008 01210 000002545815 BIC/SWIFT: UNCRITMlCCO Les sociétaires demeurant hors d'Italie peuvent verser la cotisation par mandat postal international, ou par virement bancaire au nom du Comité des Traditions Valdôtaines, 3, rue De Tillier, 11100 Aoste. Pour les payements en chèques sur des banques à l'étranger, il est nécessaire d'ajouter 10 euros pour les frais bancaires. Enregistrement Tribunal d'Aoste n° 7/75 du 31.07.1975 Les manuscrits non publiés ne sont pas rendus Les opinions émises par les auteurs des articles n'engagent ni la rédaction du "Flambà" ni le C.T.V. Impression : Musumeci S.p.A. 97, Région Amérique -11020 Quart (Vallée d'Aoste) Tél. +39 0165 76 1111 Avis aux destinataires du Lo Flambô-Le Flambeau IJ FSC www.ISG.org MIXTE Papier issu de sources responsables FSCC C102788 Aux termes de la loi n° 196/2003 nous vous informons que vos données personnelles figurent dans la liste des adresses du Comité des Traditions Valdôtaines, titulaire du traitement y afférent, et que pour exercer le droit que vous avez de les modifier, de les actualiser ou de les supprimer vous pouvez nous adresser à tout moment un courrier postal à l'adresse suivante Comité des Traditions Valdôtaines - 3, me Jean-Baptiste de Tillier - 11100, Aoste. B
/ EDITORIAL Chère Sociétaire, Cher Sociétaire, L / été qui vient de s'écouler fut riche en initiatives pour le Comité des Traditions et pour d'autres Associations valdôtaines. En juin, l'Union Valdôtaine de Paris a fêté le lSOe anniversaire de sa fondation par une journée de rencontres et visites, conclues par une inoubliable soirée sur un bateau mouche de la Seine. La capacité organisationnelle du Président Pedretti, la présence de jeunes et enfants, ainsi que l'allégresse de tous les participants, constituent la preuve la meilleure de la vitalité de l'association. La même allégresse a caractérisé deux autres initiatives, toujours en juin. Dans les soirées du 24 et 29 juin, une délégation du CTV a été présente à Gimillian de Cogne et à Arnad, pour présencier avec le drapeau du Comité aux traditionnels feux de joie en occasion de la Saint-Jean et de la Saint-Pierre et SaintPaul. Ce furent deux moments très importants pour rencontrer les réalités du terroir, pour voir en action des équipes de jeunes qui œuvrent avec enthousiasme pour le maintien des traditions de leurs ancêtres, pour dire que le Comité est toujours prêt au soutien des initiatives qui contribuent à la sauvegarde et à la promotion de l'identité valdôtaine. Les mêmes raisons ont conduit une délégation du CTV aux manifestations pour le cinquantième anniversaire de fondation d'Augusta, l'association culturelle d'Issime, et à la Rencontre des émigrés de Lillianes, le 6 août dernier. Là aussi grande a été la joie de revoir les " cousins ,, de France et de Suisse pour un moment dédié à la fête et aux souvenirs qui soutiennent l'histoire collective des Valdôtains. Dans la même période, les deux groupes folkloriques faisant partie de notre belle association, les Traditions Valdôtaines et la Il
Clicca de Saint-Martin de Corléans ont présenté leurs spectacles dans plusieurs manifestations en Vallée et ailleurs, recevant toujours les applaudissements du public. Encore, l'activité du Comité a attiré l'attention d'une chercheuse de l'Université de Moscou, Madame le Professeur Kamilla Kurbanova, qui vient de publier un intéressant article sur l'emploi de la langue française dans notre région, à l'intérieur d'une recherche étalée sur plusieurs années, qui n'est pas encore terminée. Les pages qui suivent relatent de toutes ces initiatives et activités, en réservant, bien naturellement, de l'espace pour les recherches historiques et la littérature, sans oublier le souvenir des ceux et celles qui nous ont laissé, après avoir marqué de façon significative la vie de la Vallée d'Aoste. Le Comité poursuit ainsi son chemin, toujours fidèle à ses buts statutaires et désireux de promouvoir l'identité locale, telle que s'est construite dans les années. A ce propos, il est bien de rappeler aux lectrices et aux lecteurs que l'an 2018 verra le soixante-dixième anniversaire de fondation du Comité : plusieurs initiatives sont en préparation, parmi lesquelles l'idée d'une exposition consacrée aux initiatives du CTV dans le passé. Le Conseil de direction invite et souhaite que tous témoignages (photos, affiches, décalcomanies... ) permettant de reconstruire la vie de l'association dans cette longue période soient prêtés au Comité, qui en assurera la numérisation avant de les rendre aux propriétaires. L'on créera ainsi un musée virtuel de l'histoire du CTV, dont l'action a été fondamentale pour le développement de l'identité valdôtaine du xxe siècle. Il
LE FEU DE JOIE ÀGIMILLIAN ~LA RÉDACTION L e drapeau du CTV était présent, le 24 juin dernier, au hameau de Gimillian sur Cogne, où le Groupe des Jeunes (GGG - Gruppo Giovani Gimillian) avait organisé le feu de joie pour fêter la Saint-Jean. L'organisation fut parfaite: après un dîner dans le bâtiment de l'ancienne école, la population s'est regroupée à l'entrée du village où le grand feu a été allumé, en même temps que ceux de Lillaz et d'Epinel. Peu après, les jeunes sortirent les tambourins et les accordéons, pour ajouter l'allégresse de la musique à une ambiance déjà très familiale, où enfants et adultes riaient, chantait et bavardaient en regardant les flammes, levées hautes au-dessus de Veulla. Il
Diego Lucianaz du CTV et le Président du G.G.G. Les jeunes de Gimillian avec le drapeau du CTV à la lumière rouge du feu de joie Il
ARNAD : LA CLICCA FÊTE LES FEUX DE JOIE ~LA R ÉDACTION A Arnad, le traditionnel feu de joie de la Saint-Pierre et Paul a été célébré par la Clicca de Saint-Martin de Corléans, qui a accompagné la délégation du Comité des Traditions Valdôtaines, présente avec son drapeau. La soirée fut magnifique: malgré un orage qui contourna avec ses foudres le pays d'Arnad, envers 2lheures les jeunes du village, conduits par Alexandre Bertholin, allumèrent le feu, devant lequel se déroulèrent les danses de la Clicca. Peu-à-peu, une petite foule de gens vint assister à l'exhibition, conclue par un bref discours de présentation de l'initiative par les Présidents de la Clicca, M. Marco Vigna, et du CTV.
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L'UNION V ALDÔTAINE DE PARIS FÊTE SON I20E ~ LA RÉDACTION e 17 juin dernier, l'Union Valdôtaine de Paris a fêté le 120e L anniversaire de fondation, par une journée marquée par un programme d'envergure : visite à la Mairie de Paris et au Palais du Luxembourg, siège du Sénat, apéritif à la Maison du Val d'Aoste et dîner sur bateau-mouche réservé. Le mérite du Le parquet de l'Hôtel de Ville, frotté par les émigrés valdôtains m
La salle du Sénat succès de l'initiative est dû au Président Jean-Baptiste Pedretti et à ses collaborateurs, qui ont assuré une organisation parfaite à la manifestation, à laquelle a participé une délégation provenant du Val d'Aoste. Etaient présents le sénateur Albert Lanièce, les représentants du gouvernement régional, MM. Chatrian et Viérin et Mme Certan, le Vice-président du CELVA et Syndic de la Commune de Charvensod Ronny Borbey, l'assesseur de la Commune de Lillianes Mirella Vallomy, les anciens Syndics Silvia Barrel, Riccardo Farcoz et Ezio Pasquettaz, le Président de la section valdôtaine de l'Union internationale de la Presse francophone et Vice-président de l'Institut d'histoire de la Résistance et de la société contemporaine en Vallée d'Aoste François Stém
venin, le Président du Comité des traditions valdôtaines et Président de l'Institut des études fédéralistes et régionalistes Alessandro Celi, ainsi qu'une classe d'école moyenne de Brusson, - lauréats du concours éducatif Impariamo a crescere insieme - organisé dans le cadre du projet La Commune à l'école. Particulièrement appréciée furent les visites à la Mairie et au Sénat. La première conserve encore une partie des planchers frottés par les ouvriers valdôtains, spécialisés dans la pose et le maintien des planchers en bois ; dans le deuxième, les Valdôtains furent accueilli par le Secrétaire général de la Présidence du Sénat, M. Jean-Louis Hérin, lui aussi originaire du Val d'Aoste, qui les a conduits à la découverte de l'important bâtiment. {ean-Baptiste Pedretti lit son discours m
RENCONTRE DES ÉMIGRÉS -<> LA RÉDACTION D imanche 6 août a eu lieu, à Lillianes, la 42e édition de la Rencontre des Emigrés. La belle commune de la Vallée du Lys a accueilli plus de 400 personnes. Le CTV a envoyé, de sa part, une délégation composée par son Président, Alessandro Celi, par Laura Grivon, Joseph-Gabriel Rivolin et Enrico Tognan. La Fondation Emile Chanoux était également sur les lieux. La Rencontre des Emigrés est pour le Comité une excellente occasion pour retrouver les descendants des Valdôtains avec qui, par ailleurs, il tient, depuis des décennies, de liaisons importantes. Cette fête est toujours émouvante, surtout pour le Comité, qui apprécie le profond amour que les émigrés p01, :nt envers notre région et admire la fidélité qu'ils gardent dans leur cœur pour la Vallée d'Aoste. Deux sentiments qui sont, de nos jours, apparemment plutôt négligés par les Valdôtains du Pays et qu'il faudrait cependant retrouver. Quant à la Fête, le Comité présente ses félicitations au syndic Davide De Giorgis et à tous ses collaborateurs de la Commune de Lillianes, qui ont su organiser la rencontre d'une façon excellente, assurant une ambiance amicale et joyeuse pendant toute la journée. m
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LE FLAMBÜ EN RUSSIE ~LA R ÉDACTION M adame Kamilla Kurbanova, professeur de l'Université d'Etat de Moscou, dédie depuis quelques années ses recherches à l'usage et aux caractéristiques de la langue française en Vallée d'Aoste. Elle a déjà publié plusieurs articles à ce sujet, après avoir conduit des enquêtes dans notre région, pendant lesquelles elle a rencontré le Conseil de direction du CTV, afin d'illustrer son projet de recherche et d'interviewer des locuteurs en français et en patois. Tout récemment, Mme Kurbanova a publié dans la revue Education et sociétés plurilingues (n. 42, juin 2017) un article très intéressant au sujet du lexique du " français valdôtain "· Son écrit met en relief comment plusieurs des interviewés " ne pouvaient pas citer " une seule langue maternelle car ils avaient grandi dans un milieu où plusieurs langues coexistaient sans problèmes. Un deuxième aspect de l'article qui mérite toute attention de la part des lecteurs du " Flambà " est contenu dans la conclusion, où l'autrice souligne la vitalité de la langue française en Vallée d'Aoste, capable d'évoluer dans le temps sans rester figée dans des modèles surannés : " En ce qui concerne la dynamique de l'évolution du français valdôtain pendant les trente dernières années, il faut dire qu'en comparant les résultats de notre recherche et la liste de termes de J.-P. Martin [auteur d'une Description lexicale du français parlé en Vallée d'Aoste en 1984, ndr], on a découvert qu'à peu près 30% des unités lexicales marquées par J.-P. Martin comme valdôtaines ne sont plus attestées lors de la nouvelle enquête. Selon les données générales obtenues, on peut conclure que le plus grand taux de fréquence a été démontré par les emprunts à l'italien et au francoprovençal. L'indice total des emprunts au
patois est de 39% (sans différence de tranches d'âge), celui des italianismes -38 % - est un peu moins élevé. En deuxième lieu se sont retrouvés les néologismes valdôtains (28 % ), les archaïsmes donnant le résultat le plus modeste (20%). Autrement dit, deux tendances contradictoires se dégagent : d'un côté, les archaïsmes et les créations valdôtaines sont en baisse, par contre, on assiste à un processus de hausse constante des emprunts. La conclusion générale est que le français qui coexiste comme troisième langue pour la majorité de la population après l'italien et le francoprovençal, conserve ses particularités régionales jusqu'au présent. Le tiers du corpus lexical de la variété comporte des régionalismes, indépendamment de l'âge des locuteurs, de leur niveau de formation et même de leur langue-s maternelle-s "· Madame Kurbanova compte continuer ses recherches passant au niveau phonétique et analysant la prononciation du français valdôtain : la rédaction du «Flambà,, et le Conseil de Direction du CTV lui souhaitent un bon travail tout en lui offrant la possibilité de publier ses recherches aussi dans notre revue, qui est désormais connue dans les milieux académiques russes. Il
Vie des Groupes DES PROJETS INÉDITS POUR LA CLICCA ~ Marco VrGNA A u cours du printemps, le groupe folklorique La Clicca de Saint-Martin de Corléans non seulement a participé à de nombreuses manifestations régionales et nationales, mais il a conçu et réalisé aussi plusieurs projets sur le territoire. m
En effet, aux habituels Rendez-vous avec le folklore de La Clicca dans les institutions scolaires de la région, auxquels ont participé plus de quatre-vingt élèves des écoles primaires de l'institution Don Bosco de Aoste et Cirillo Blanc de Sarre, se sont ajoutés les projets Contaminazioni folkloristiche et Métiers d'autrefois: nos racines, notre patrimoine, nos traditions. Le premier projet, Contaminazioni folkloristiche, s'est réalisé en collaboration avec Erik Cornez Merchan, étudiant de trombone, d'origine colombienne, au Conservatoire de la Vallée d'Aoste. Auteur d'un mémoire ayant comme sujet la sauvegarde de la musique folklorique colombienne au-delà des frontières, et en particulier en Vallée d'Aoste, Erik s'est fait promoteur de plusieurs initiatives, qui ont engagé les étudiants du Conservatoire et quelques autres associations telles que le groupe de La Clicca. De là, la volonté de collaborer pour repérer les similitudes musicales et de composition entre le folklore valdôtain et le folklore colombien. À travers une analyse ponctuelle des partitions du groupe folklorique de La Clicca on a pu repérer des harmonies et des compositions musicales similaires, caractérisant les m
deux cultures. À soutien de cette thèse et dans une optique de " contamination folklorique ", Erik Cornez a élaboré le passage " L'écho de la Vallée d'Aoste ", écrit par J.B. Cerlogne et mis en musique par Alearda Parisi Pettena, qui se veut un hymne à la Vallée d'Aoste et à son identité. Plus dans le détail, il en a modifié la tonalité, afin de la rapprocher aux sonorités des trombones et, dans l'introduction, il a inséré le rythme de l'hymne national colombien, pour mieux souligner les ressemblances et l'interchangeabilité des deux passages, auxquels il a ajouté un accompagnement rythmique pour Tambora (instrument à percussion colombien) et pour Fleyé (instrument à percussion créé par le groupe de La Clicca). Le passage a été joué lors de la présentation de son mémoire, accompagné par le rythme du fleyé joué par Marco Vigna. Le deuxième projet, réalisé par La Clicca et par le chœur Les Voix du Grand-Paradis, dirigé par Ornella Manella, a été Métiers d'autrefois : nos racines, notre patrimoine, nos traditions, a vu comme acteurs principaux les enfants des deux groupes. Prém
senté à la 67ème édition du concours choral régional " Floralies vocales ", qui a eu lieu du 20 au 27 mai 2017 et qui a accueilli, pour la première fois ensemble, un groupe folklorique et une chorale, a remporté le prix " Premio corne miglior progetto "· La finalité de cette initiative était celle de sensibiliser les jeunes des deux groupes aux métiers d'autrefois, parfois difficiles, qui étaient accomplis par des enfants de leur même âge. À travers la musique plusieurs thèmes ont été abordés, à savoir le voyage, l'éloignement, l'exploitation, qui ont marqué les jeunes ramoneurs, les petits mousses et les cardeurs d'antan. Leurs histoires ont été ainsi racontées par des chants, ainsi que par des représentations scéniques, des costumes traditionnels et des vieilles images fournies par le B.r.e.l. (Bureau régional pour l'ethnologie et la linguistique), proposant, de cette manière, un aperçu de l'histoire ethnologique valdôtaine. Le projet a continué, samedi 27 mai, dans le centre historique de la ville d'Aoste, où les enfants des deux ensembles se sont exhibés dans des danses traditionnelles célébrant le moment de fête après le dur labour, caractérisé par des chants et de danses. D'ultérieures initiatives de sauvegarde et de valorisation du folklore local seront réalisées par le groupe de La Clicca au cours de l'hiver, pour se préparer, en 2018, à fêter les 60 ans de sa fondation. m
Score L'ECHO DE LA VALLÉE D'AOSTE Par. L. B. Cerlogne Mus. A. Pettcna Arr. Eric G6mez Merchan IJass Trombone f 111J1 mf Rulhmte [Il-~-- -r-r-i~ un r-rr1• t rrru-1~~ Gnmmsa ~Il-~- - - ~-- ~p-- - r- - r-r-+~ Flcyéc 1 t114- I xx-1: r rr ::crrrt-rrw 1 rr r ~ famborn 2 lH4- - ~)\ _ _ ~~~~ mf Tbn. l r, mp -== f lmf :::=- -- Tbn. 2 :z: ~ ~· {!.. ~. • - • ' '-...• · q,.~._ ~- •-l-n--• ·• •• ~ •• o a f!_f!_ a •• o - .• o mp -== f mf - Tbn. 3 :!}~ -·· .. . - mp -==f m
cantabile -11-1 - -1r---r1 ----+ - -+- - -~--!~~~ f p Tbn. 3 ::!.Jb:: Y u - : o 1 f p f p m
LES CLOCHETTES ' DES CHEVRES -c- Cesare CossAVELLA e me suis approché au monde des chèvres depuis longtemps J et je dois avouer que celui-ci a été une surprise agréable qui m'a permis de découvrir d'étonnantes réalités. Il y a déjà trente ans, lorsque, avec Graziella Priod j'avais réalisé avec elle l'audiovisuel: La chèvre dans les quatre saisons. Ensuite, en 1987, j'avais documenté les images de la bataille de Perloz. Il y a dix ans, j'ai commencé une recherche sur les colliers de bois. Cette intéressante recherche, m'avait été suggérée par 11 ami suisse Jean Claude Bovet , Gruérien de Bulardi, expert et passionné en ce domaine. Au début, on pensait publier un catalogue et j'ai donc commencé à rencontrer des collectionneurs à travers la Vallée. Cela m'a permis de photographier leurs précieuses pièces et de les exposer à une exposition, ainsi que mes photographies. Cette exposition a eu lieu en occasion de la Désarpa d'Aoste et fut inauguré le 23 septembre 2008 dans la Salle des expositions de la Tour des Seigneurs -Portes Prétoriennes. Pendant ce temps, avec Graziella, nous avons pensé de réaliser une monographie sur la chèvre, qui n'existait pas encore dans la Vallée. Ainsi, petit à petit nous sommes parvenus à effectuer. Ma tâche la plus enrichissante était celle de recueillir les témoignages de nombreuses personnes. J'ai commencé avec les éleveurs et les représentants du Comité des bataille des chèvres et, à travers leur voix, j'ai perçu la grande passion qui les animait et les portait à perfectionner leur élevage jusqu'à atteindre aux reines qui les récompensent en quelque sorte leur travail. Ce qui m'a frappé, c'est le choix courageux de la vie pour certains jeunes couples qui se sont installés à 1.500 mètres m
avec leur bétail et maintenant produisent des fromages de haute qualité. Je remercie toutes les personnes que j'ai rencontrées dans ce voyage qui m'a permis d'approfondir la connaissance de ce monde qui m'a enrichi de sa culture. À savoir: - L'assessorat à l'agriculture et ressources naturelles - L'A. R .E .V. L' Assessorat à l'instruction et culture - service activités espositives - L'A. 1 .A.T. d'Aoste et en particulier : Badery Sisto - Bertolin Lorenzo - Bertolin Roberto - Bonin Eliseo - Bonin Giorgio - Bosonin Claudio - Bovo Lucio - Cerise François - Champurney Bruno - Champurney Stefano - Champurney Teresa - Chanoux Ivana - Chappoz Elio - Charbonnier Livio - Charles Marcello - Cretaz Augusto - Delchoz Palmira - Denabian Sergio - Fasano Flavio - Fey Raphaël - Follioley Sergio - Joly Angelo - Joly Martino - Juglair Emilio - Laurent Erminio - Laurenzio Nevio - Lucianaz Adolfo - Martignene Marina - Negrini Luca - Ottobon Aldo - Sucquet Vincenzo - Tedeschi Ugo - Vittaz Lidio - Voyat Lino - Yeuillaz Marcello. Grâce à eux et à leur collection j'ai pu réaliser cette documentation pour l'Association Vignolet. m
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MICHEL-JOSEPH DE BOSSES, UN NOBLE LIBERTIN / / ET SCELERAT -<> Joseph-César PERRIN able Michel de Bosses, élu membre du Conseil des Com- N mis le 12 décembre 1596 et vibailli et lieutenant au c?mmandement du Duché d'Aoste en 1610, secrétaire d'Etat du duc de Savoie, ambassadeur en Allemagne pour son souverain, fut le dernier grand personnage de cette Maison qui, après lui, commença un lent déclin et s'éteignit en 1742 avec François-Félix, décédé célibataire. Michel eut un seul fils, Françoism
Léonard, qui épousa Françoise d'Avise et eut deux fils: MichelJoseph et Jean-Louis. Le premier fut l'une des principales causes de la déchéance de la famille. En effet, dans son Nobiliaire du Duché d'Aoste Jean-Baptiste de Tillier a écrit que " L'ainé de ces deux frères a bien fait du tort à la famille, ayant dissipé pendant leur conjonction en divertissements et folles dépenses les meilleurs biens et effets de la maison "· En effet, pour satisfaire ses plaisir, Michel-Joseph vendit en 1674 et 1675 la moitié du fief de Bosses qui lui appartenait. Si De Tillier ne nous dit pas plus, par contre Albert Bailly, évêque d'Aoste de 1659 à 1691, nous fournit maints renseignements sur les méfaits accomplis par ce personnage, noble par le titre, mais qui ne l'était pas par sa conduite car il fut bien plus qu'un bon viveur et grand dissipateur. Nous trouvons les renseignements sur Michel-Joseph dans les volumes VIII et IX de La correspondance d'Albert Bailly publiée sous la direction de Gianni Mombello dans la collection "Écrits d'histoire, de littérature et d'art" de l'Académie Saint-Anselme d'Aoste. Le premier épisode de sa mauvaise conduite nous est narré par le procès-verbal de dénonciation rédigé par Jean-François Passerin et Sulpice Derriard, lieutenants et juges du bailliage d'Aoste, du 29 septembre 1665 et par la lettre envoyée le jour suivant par Albert Bailly au duc Charles-Emmanuel II de Savoie. Ces deux documents nous apprennent que le seigneur De Bosses voulait enlever une jeune fille de la ville, Marie de Libère Viettei [Viettes, Vietti ?]. Le 28 septembre sa mère demanda la protection de l'évêque qui la fit conduire au monastère de Sainte-Catherine. Vers minuit de ce jour-là, De Bosses escalada les murailles du monastère et entra dans la place située entre l'église et le grand portail " suyvi de ses braves et serviteurs, et encore de certains joueurs de vyolon ", enleva la barre du portail et entra dans la chambre du parloir avec toute sa suite. On sonna à plusieurs reprises la cloche, on joua des violons et on tira même un coup de pistolet, pendant que Michel-Joseph de Bosses criait à haute voix qu'on lui consigne la jeune Marie en menaçant, face à un refus, de mettre le feu au monastère. Le jeune écervelé dut enfin s'en aller mais en " sortant enragé, il donna huict jours de terme aux religieuses de luy rendre cette fille, faute de quoi il les brulerait"· Le lendemain, Mg' Bailly, averti de m
cela par Antoine Buthod, prévôt du Grand-Saint-Bernard, fit appeler De Bosses " pour le ramener à son devoir, et pour l'obliger à laisser cette vertueuse fille en paix " mais il ne reçut que des jurons et des blasphèmes. Sorti de l'évêché, Michel-Joseph s'en alla dans la ville chercher la mère de la jeune Marie et, l'ayant rencontrée, la prit par la gorge en criant que si elle " ne l'alloit mettre en possession de sa fille, il l'étranglerait"· De plus, après les Vêpres, suivi de deux serviteurs armés et accompagné de noble Joseph-Philibert de La Crête, ce mauvais garnement entra de nouveau au parloir en criant, jurant et menaçant de nouveau de brûler le monastère si on ne lui livrait pas la jeune fille. De plus, quand l'abbé Louis Paillex, bénéficier de la Cathédrale et serviteur ordinaire du monastère, était intervenu pour le calmer, " le dict seigneur de Bosses, transporté de furie et de cholère se jetta contre luy et luy arracha violentement avec les doigts une partie du poil de ses moustaches ". J'ignore quelle fut l'issue de la dénonciation faite au procureur fiscal, mais ses crimes, comme nous le verrons, ne s'arrêtèrent pas là. Malgré ce fait, au mois de mai 1668 l'évêque Bailly prit sous sa protection le jeune homme et pour le sortir de " l'oisiveté où l'on vit à Aoste " il lui conseilla d'aller se perfectionner à Paris. Pour ce faire, il intervint auprès du duc de Savoie lui demandant que, tout en connaissant les " premiers bouillons de sa jeunesse ", il lui accorde cette faculté. Deux années plus tard, en septembre 1670, il avança une deuxième requête pour que le duc intervienne en faveur d'un procès (est-ce celui pour les faits de 1665 ou celui Reverdin ? ) intenté contre De Bosses et qui traînait depuis quelques temps. D'après Bailly la sentence pouvait être favorable au jeune noble car " on ne l'accuse que de bagatelles "· L'intérêt de l'évêque était dû au fait qu'il voulait faire " d'un home un peu libertin, un bon citoien, et utile serviteur de son Prince ". Entretemps, en 1669 De Bosses dut affronter un procès car il avait tiré sur le juge Jean-Théodore Reverdin. Si en 1670 l'évêque pensait pouvoir transformer cet étourdi en " gentil-home " et d'en faire pour le duc " un vassal capable de lui rendre de bons services, car il a beaucoup d'esprit et de cœur ", en 1676 il dut se désabuser face à un nouveau crime.
Charles-Emmanuel de Savoie avait pris sous sa protection un aventurier génois, Raffaele Della Torre, dit le comte Rose, qui avait conspiré contre la République de Gènes. Le duc lui conseilla de se réfugier à Aoste où Della Torre séjourna d'abord chez Mgr Bailly puis chez Pierre-Philibert Roncas, marquis de Caselle. Or, Michel-Joseph de Bosses " pour gagner honteusement l'argent promis à qui massacrerait ce cavalier, a fait une terrible conspiration contre sa personne ", ainsi qu'on lit dans la lettre écrite par Bailly à Madame Royale, Marie-Jeanne-Baptiste de Nemours, veuve du duc de Savoie, au mois d'avril de cette année-là. Tentative de meurtre ? L'évêque demandait à la souveraine qu'elle ordonne au capitaine de justice du duché d'Aoste de faire arrêter ce conspirateur et rebelle à ses ordres. " Il est d'ailleurs déjà criminel " ajoutait-il. Puis dans une autre lettre du 30 avril il assurait Madame Royale qu'on était au point d'arrêter" ce scelerat, assassin, noirci de mille autres crimes "· En vérité, il ne fut probablement pas arrêté car l'année suivante, en pleine liberté, il méditait l'une des siennes. Cependant moins grave, cette fois ! Une veuve de la Ville devant se remarier, De Bosses avait crié aux quatre vents que la nuit précédant le mariage il serait allé " faire quelque désordre par la ville pour cause des espousailles ",c'est-à-dire le traditionnel charivari qu'on pratiquait encore au début du xxe siècle en pareil cas. Le vice-bailli Victor-Amé Carron de La Tour l'avait fait appeler lui ordonnant de ne rien faire " pour éviter les inconvenients qui sont arrivés une foys ", mais le noble étourdi s'en moqua de ses ordres; puis face au mandat d'arrestation il menaça de le bâtonner " faisant grand bruit au devant de ma porte devant tout le peuple n affirme Carron qui dut recourir au duc pour avoir justice. La renommée dont jouissait cet énergumène n'était certainement pas bonne. Mgr Bailly le traite d'assassin. Les historiens G. Claretta et Tancrède Tibaldi ont écrit qu'en 1664 Michel-Joseph de Bosses aurait conduit un frère cadet dans les États de Milan où il l'aurait tué ou vendu. Légende ou vérité ? S'il s'agit de son frère Jean-Louis la nouvelle est fausse car celui-ci était encore bien vivant en 1672. Quoi qu'il en soit, être noble de sang ne signifie pas toujours être noble d'esprit et d'âme et la conduite de Michel-Joseph de Bosses en est la démonstration.
NOTES SUR LE COMMERCE / ET LA RENOMMEE DU VIN A / VALDOTAIN DANS LE PASSE ~ Rudy SANDI Er; 1774, une correspondance épistolaire entre le Baron des Etoles, intendant royal au Duché d'Aoste, et le Marquis de Brandis, intendant général de la maison du roi de Sardaigne Victor-Amédée III, décrit un important achat de muscat valdôtain (120 bouteilles) de la part du roi. Des Étoles, dans l'épistolaire, dresse un tableau tout à fait étonnant de la valeur économique des vins fins du Val d'Aoste : " les bonnes bouteilles de Bourgogne » , écrit le Baron, « se vendent ici six sols et demi (. .. ) le prix du bon muscat est à 28 ou 30 sols la bouteille » . Cet écrit témoigne d'une valeur et d'une renommée inattendues de nos vins dont la réputation n'était évidemment plus à construire à cette date : une bouteille de muscat (flétri) coûtait environ cinq fois une bouteille de Bourgogne, à savoir le vin le plus prisé de l'époque et le grand favori des rois, installé, selon l'historien du vin Jean-François Bazin1 , «QU cœur de la monarchie ". Cette correspondance nous donne une image du vin valdôtain qui renverse les perspectives auxquelles nous nous sommes habitués : les nectars valdôtains étaient, à l'époque, la plus haute expression d'une civilisation vitivinicole dont l'excellence était célébrée et recherchée (les 120 bouteilles achetées par le roi le témoignent). Ces vins ne pouvaient pas être de mauvaise ou de moyenne qualité, d'importance et de tradition secondaires puisque ce genre de vins ne pouvait pas être autorisé à un grand couvert royal, à une époque où l'image et les différences de classe étaient des devoirs incontournables 1 JEAN-FRANCO IS BAZIN, Histoire du vin de Bourgogne, Éditions Jean-Paul Gisserot, 2002, p. 28. m
pour une grande monarchie : " La façon de (. ..) boire est un moyen privilégiée que les élites utilisent pour marquer les différences sociales (. ..) dans ce contexte, le vin apparaît clairement comme un élément important pour coder la distinction sociale. Tout comme il y a un type de vin pour chaque goût, il y a même un type de vin pour chaque classe sociale. Bien que les différences qui caractérisent les vins de l'époque invitent à ne pas trop schématiser cette vision, on constate aussi que la consommation de certains vins reflète une réelle hiérarchie sociale2 "· Et pourtant, juste 62 ans après, en 1836, quand Lorenzo Francesco Gatta rédige son fameux" Saggio sulle viti e sui vini della Valle d'Aosta ", le commerce et la renommée du vin valdôtain sont déjà devenus assez modestes. Le grand coupable de ce profond bouleversement, qui marquera un tournant dans l'histoire de notre secteur vitivinicole, fut le sommet du " Petit Âge glaciaire " datant de la fin du XVIIIe siècle. Cette période de refroidissement climatique se caractérisa par des hivers rigoureux et ralentit toute production viticole. Les archives témoignent d'hivers si rudes et enneigés qu'ils empêchèrent tout commerce de vin valdôtain par les cols, seules voies de commerce transfrontalier, en marquant la fin de la glorieuse épopée du commerce de notre vin fin. C'est à cette épopée, entre prospérité et crise, oubli présent et notoriété passée que cet article veut se consacrer. Le commerce du vin valdôtain à travers les Alpes L'évidence d'une précoce vocation transfrontalière du commerce de notre vin commence dès sa première mention. La première, ancestrale mémoire du vin au Val d'Aoste évoque la divinité tutélaire des hauts plateaux du Grand-Saint-Bernard qui relient la Vallée d'Aoste et le Valais, c'est-à-dire le dieu païen Penn adoré par les populations Salasses valdôtaines et Véragres valaisannes et " adopté " par les Romains avec le 2 GRAPPE YANN, Sulle tracce del gusto. Storia e cultura del vina nel Medioevo, La terza, 2006, p.104.
nom de " Jupiter Penninus "· Celui qui avait la chance d'atteindre sans dommages le sommet du col de cette ancienne artère de communication entre l'Europe du Nord et la Méditerranée, remerciait le dieu des lieux avec des offrandes nommées " lybans "· Ces offres consistaient, selon Desloges3 , en un " sacrifice de libation de vin "· Une inscription romaine datant de 63 avant Jésus-Christ, retrouvée sur le col rappelle les " lybans " offerts par le Romain Gaius Julius Rufus : " C. fulius Rufus Poenino v.s.l.m. at tua templa lybans vota sucepta peregi acepta ut tibi sint, numen adora tuum inipensis non magna qui dem sed longe precamur majorem saculo nostrum 3 GEORGES-CHRÉTIEN DESLOGES, Essais historiques sur le Mont St. Bernard, 1789, p. 44. m
animum accipias ,, 4 , Nos crus, à confirmation de cette ancestrale vocation transfrontalière, commencèrent à recueillir un vif intérêt au-delà des Alpes dès les temps anciens. Une charte du roi burgonde Sigismond, datée 515, signale, entre autres, la vente au monastère suisse de Saint-Maurice d'Agaune de nombreux vignobles valdôtains. La charte représente la première mention de " terroirs " valdôtains et concerne des microtoponymes trop anciens pour être encore reconnaissables5 . Des témoignages plus consolidés du commerce transfrontalier de vin retracent un important scénario commercial qui a duré pendant au moins cinq siècles, entre le XIVe et XIXe siècle, avec des vallées suisses (Valais et Vaud) et savoyardes (Tarentaise et Haute-Savoie), en plus du Piémont et de la Lombardie. Comme le rappelle Moriondo6 " il passato della regione vanta una secolare tradizione nell'esportazione del vina. Fin dai primi decenni del 1300, la bevanda prodotta in Valle d'Aosta era rinomata anche al di là dei conf1ni regionali, e nei secoli seguenti, è stata oggetto di assidui traffici con il vicino Piemonte, con il Vallese e con la Savoia "· Les échanges avec les territoirs suisses romands étaient déjà courants aux temps anciens : pendant l'été 1338 une expédition valdôtaine se dirigea vers le Vaud" ad vinum portandum » 7 , un péage au GrandSaint-Bernard daté 1325 concerne un " asino... de qualibet bestia honerata... vino ... 8 '"Dans cette période la viticulture 4 "Moi, Gaius Julius Rufus, ie me débarrasse volontiers de mon vœu envers Jupiter Penninus comment il a été fait. En invoquant votre pouvoir, ie vous en prie, divinité sainte, d'accepter ma 'libation', pour laquelle ie mets plus de mon cœur que de mon argent." . 5 ÉDOUARD AUBERT, La Vallée d'Aoste, Amyot Libraire, 1860, p. 16, traduction: "Pour le salut de mon âme, ie donne au même monastère de mes biens dans la Vallée d'Aoste qui est situé sur les frontières de l'Italie, à savoir les terres de Sidrio, Bernona, Leuca et Bromusio Duodecimo Paterno, une tour dans la ville d'Aoste regardant vers l'ouest et Liverogne, Lagona, Gignod et Morgex, dans toute leur intégrité et avec toutes leurs dépendances avec les terres, les maisons, les bâtiments, les serviteurs, hommes libres, les émancipés, les plébéiens, les troupeaux , les vignobles ... nous donnons, nous confions et nous sommes d'accord"· 6 Gruuo MüRIONDO, Vina excellentia, vini-liquore, vins fins, crus réputés .. de la Vallée d'Aoste, Duc, 2008, p. 67. 7 Miscellanea valdostana, Biblioteca della Società storica subalpina, Pinerolo, Tipografia Chiantore-Mascarelli, 1903, p. 377. 8 Miscellanea valdostana, op. cit., p. 350. m
valdôtaine, grâce à ces commerces, devait bénéficier d'une authentique explosion productive si nous tenons compte, par exemple, des dépenses déclarées pour les vignobles comtaux de Cly, au centre des routes commerciales du vin valdôtain, décrites par Joseph César Perrin dans le précédent numéro du Flambeau : le châtelain embaucha, rien qu'en 1377, 160 hommes9 pour provigner une partie de ces vignobles ; le piochage et le liage exigèrent, au cours des cinq années, le travail de 996 hommes (ou journées); pour la saison des vendanges en une année furent recrutés 50 vendangeurs pour un groupe de vignes et 22 pour l'autre ; pour le transport de la vendange jusqu'à la cave 25 bêtes à bât et six muletiers furent employés. Pour la seule substitution des bois de soutien des ceps des vignes au cours des différentes années on utilisa 120 paquets de perches et 300 paquets d'échalas, 400 piquets de mélèze, 160 tuteurs entre échalas et perches, cinq douzaines et demie de grandes perches pour enclore les vignes. En 1376, tout ce travail porta a encaver plus de 100 hectolitres de vin, soit environ 14/15.000 bouteilles. Tous ces efforts devaient être bien justifiés si on pense que juste quelques années auparavant, en 1373, Pierre II de la branche Challant-Cly, dernier seigneur de Cly, envoyait à "Amedeus Gomes Sabaudiae (. .. ) Bone et fohanne de Sabaudiae10 " du « vinum ex ordinacione " pour un quantitatif de " sexaginta quatuor sestariorum cum dimidio vini " au prix de " centum viginti quatuor florenos » . Témoignages bibliographiques plus établis nous mènent jusqu'au XVI0 siècle : à ce moment, le réseau de vente avec le Valais était devenu si important que la Maison de Savoie même avait ratifié des traités couvrant le transport de notre vin à travers les Alpes. La Maison de Savoie était pleinement consciente de l'importance pour le Val d'Aoste du commerce d'un vin qu'on appréciait depuis des siècles : déjà en 1559 Cassiano dal Pozzo rappelle, dans un mémoire à l'attention du duc Émanuel Phi9 " Lorsque le châtelain indique un certain nom bre d'hommes engagés pour un travail il se réfère certainement aux iournées employées pour accomplir cette tâche et non au nombre de personnes recrutées " (annotation originale de Joseph-César Perrin). 10 ANSELME PESSION, Comptes de la châtellenie de Cly (1376-1385), Imprimerie Valdôtaine, 2004, p. 324. m
libert de Savoie, la qualité et la grande production de vin au Val d'Aoste en esquissant ses trajectoires commerciales vers la Suisse: " Da questa valle.. . si cava gran quantitade di buonissimi vini moscatelli et rassi, et vanna a l'usa de' Svizzeri per li passi predetti, et la più parte per il passa di Cly et Chiatiglione, che il primo Castello è di V A et l'altro è del conte Chialant11 " · En 1575, le duc de Savoie Emanuel Philibert signa, avec le gouvernement du Valais, un accord régissant le commerce de vin avec le Valais en obtenant des privilèges particuliers dans l'exportation du vin de la Maison de Savoie et, donc, aussi du vin valdôtain 12 . Grâce à ces facilitations, le commerce du vin avec le Valais, se développa encore d'avantage et pour aider les les marchands suisses de notre vin le gouvernement valaisan s'engagea politiquement auprès de la Maison de Savoie en 1594, afin d'éviter l'imposition de taxations sur le vin valdôtain : " dans la séance du 9 septembre, le vibailli Rodolphe Favre referait des instances faites inutilement auprès du Duc pour ne pas introduire la douane touchant le vin ,, 13 . Compte tenu de l'échec du gouvernement valaisan, un an après c'est le gouvernement valdôtain qui essaya à son tour avec plus de succès : " Les États généraux tinrent, en 1595, plusieurs assemblées. L'objet de ces réunions fut(... ) la nomination de députés avec mission d'aller sollici11 Anno 1559. Memoriale del Presidente Niccolà Balbo al Duca Emanuele Filiberto, p. 331, dans Ricotti Ercole, Storia della monarchia piemontese, G. Barbera, 1861. 12 CLEMENTE SOLARO D ELLA M ARGARITA, Traités publics de la royale maison de Savoie avec les puissances étrangères, depuis la paix de Chateau-Cambresis jusqu'à nos jours, Imprimerie royale, 1836, p. 123 : " Pour remédier aux abus qui se pourraient commettre sur l'exemption accordée par Son Altesse aux Seigneurs de Valley des péages suivant le Traité d'alliance passé entre eux, a été convenu... que d'oresenavant les dits Seigneurs de Valley, et leurs sujets qui vie11dront achepter rière les Etats de Son Altesse aucune sorte de marchandises... vin... , seront tenus d'apporter attestation de leurs Supérieurs, ou soit des Châtelains par la quelle apparaisse qu'ils sont du pays de Valley, et que les marchandises et denrées qu'ils achepteront sont pour leur usage, et non pour les extraire et transporter hors du dit pays de Valley... et moyennant ce Sa dite Altesse fera inhibitions aux dits Accensateurs de la dite traite foraine de 11e donner aux dits de Valley aucun empêchement et le semblable observeront les sujets de So11 Altesse, advenant que les dits Seigneurs de Valley fissent quelque nouveau im pôt...". 13 JosEPH-AUGUSTE Duc, Histoire de l'église d'Aoste, Vol. VI, Imprimerie moderne H. Leibzig, 1911, p. 300. m
ter auprès du Duc l'abolition de la douane et de la taxe sur le vin. Le Duc acquiesça » 14 . Une telle mobilisation politique ne doit pas surprendre. Le commerce de notre vin devait engendrer des intérêts économiques très importants au Valais et au Val d'Aoste, si on pense que, comme le rappelle Mgr Duc, en 1597 deux marchands valdôtains de vin (et il y en avait plusieurs) furent autorisés à vendre 1 200 charges de vin soit 14 JosEPH-AucuSTE Duc, op. cit., Vol. Vl, p. 308. m
160 000 bouteilles ! " Les relations commerciales entre le Duché et le Valais étaient fort actives, quoique entravées parfois par les édits du gouvernement. Cependant, le 20 février, le Duc permit à Pierre Barbier et à Jacques Barney de conduire en Valais et ailleurs la quantité de vin qu'ils voudraient jusqu'à 1200 charges, ce qui n'est pas un chiffre insignifiant "15 • Dans la même année, grâce aux capacités de négociation des notables valdôtains et à confirmation de l'importance stratégique du secteur vitivinicole valdôtain, le vin local bénéficiait d'une importante exemption d'impôt de la part de la Maison de Savoie qui promulgua de spécifiques " Lettres patentes contenantes exemption de la douane et de la gabelle du vin en faveur du Duché d'Aoste ». Le XVIIe siècle connut une forte contraction des échanges commerciaux en raison de la propagation de la peste dans les vallées alpines, comme rappelé par Joseph-César Perrin: " après la peste du 1630 le commerce a dû être réduit jusqu'au néant » 16 . À la fin du siècle les activités reprirent plus prospères que jamais : " La Savoie était encore occupée par les français. Les passages du Petit-SaintBernard et du Mont Cenis étaient fermés au commerce. Le Grand-Saint-Bernard était l'unique voie qui offrit un débouché aux marchandises et surtout à la grande quantité de vin qu'on exportait dans le Valais et autres pays, ce qui était insuffisant. Pour remédier à cet inconvénient, les négociants valdôtains, par l'entremise du Conseil des commis, demandèrent au Duc, le 9 février 1694, la permission de faire passer leurs marchandises par le Col Ferré ... "17 . Parallèlement aux marchands de vin les plus importants, les références bibliographiques témoignent, au cours de la même période (1691 ), d'un réseau de commerce de vin géré par de petits aubergistes valaisans confirmant les relations établies entre les deux vallées : " Les relations commerciales entre le Valais et le Duché se maintenaient sur un bon pied. Souvent les valaisans venaient s'approvisionner dans le pays. Le 29 mai, Challand du Bourg15 JosEPH-AucusTE Duc, op. cit., Vol. VI, p. 339-340. 16 JosEPH-CÉSAR PERRIN, Essai sur l'économie valdotaine du XVI' siècle à la Restauration, Le Château, 2003, p. 8. 17 JosEPH-AucusTE Duc, op. cit., Vol. VII, Imprimerie moderne H. Leibzig, 1912, p. 456. m
Saint-Pierre demanda au Conseil des Commis la permission d'emporter du Duché et de faire passer en Valais pour l'usage de son hôtellerie quarante charges consistant en blé, froment et vin. Le Conseil accorda l'autorisation... "18 • Les aubergistes valaisans vendaient couramment le vin valdôtain à côté de leur production locale. Le texte manuscrit Le Mystère de Saint Bernard de Menthon, rédigé dans la seconde moitié du xvc siècle, décrit finement un aubergiste de Bourg-Saint-Pierre qui informe les pèlerins assoiffés è'avoir " vin rage du Valaiz. D'aultres il y en a du Val d'Oste >> 19 . En 1718, selon le grand Bailli du Valais, une seule vallée Valaisanne avait " extrait de la Valdoste la dite année plus de mille charges » 20 . Compte tenu de toutes les vallées du Haut et du Bas-Valais, de l'important commerce vers la Tarentaise et ia Savoie, et du moins important, mais quand même existant, commerce vers le Piémont et la Lombardie, il semble raisonnable que, en présence de relations commerciales "fort actives", l;;i prorlnction puisse compter (avec beaucoup de précaution) at, minimum trois/ quatre fois le montant accordé à une seule vallée suisse (ou à deux seuls commerçants). Le chiffre total devait, donc, atteindre au moins 3 000-4 000 charges, c'est à-dire, au moins, un demi-million de bouteilles de vin par an ! Si on ajoute à ce chiffre la consommation intérieure (qui devait être égale sinon plus grande des exportations) on arrive aisément à un million de bouteilles et on a une idée de l'importance économique du commerce du vin valdôtain d'antan. Une telle production justifie pleinement le chiffre indiqué, par certains auteurs, de quatre mille hectares de vignes vers la fin du XIXe siècle. La Maison de Savoie et nos vins Même la Maison de Savoie, promotrice de l'exportation des vins du Val d'Aoste, bénéficiait, avec sa cour, de la qualité des 18 JosEPH-AucuSTE Duc, op. cit., Vol. VII, p. 42.4. 19 Le Misthère de Saint Bernard de Menthon, Société des anciens textes français, Librairie de Firmin Didot, 1888, p. 38. 20 JOSEPH-CÉSAR PERRIN, op. cit., p. 85. m
~ cAo-/ /t,~,ou9/ e/-.Q~,??ieh?U#. ~ 1 /UU/n4 l!//efl -C-ntl'R:;t.Q )u VÙ? ~c, ~~;TU&~. nnu·au_d~/u-~z.w/~~?:nJ'~J!· • • f - ~~ " er/l·/~/uur >~/~ frAV~U4 ~w 4- ~ /r~n,o-~-~ t&tfnt_r~/"-:l"Y~ n1'rd """"ut/=-w, FYr~rw?u.r~rlle/ /)f-t{ Puùrtt/ v~A.;u ()ç-~ U1 ~t?nno-· ?u a,#'u-r~ ?e ~j~~~-1/"lfeW ~rU·UI~ ~~ vnu H/l~ ePr ~:-,~~ ~ ~~?-lf/~~
nectars valdôtains. Le vin valdôtain figure à la table royale, relatent les sources bibliographiques, depuis le Moyen-Âge. Monseigneur Duc rapporte que, en 1338, " Les vins de nos crûs étaient autrefois déjà très estimés au-delà des Monts. Ils figuraient avec honneur à la table du comte de Savoie. Cette année, le prince manda au bailli d'Aoste de lui envoyer à Chillon vingt charges du vin du pays. En 1340, il en requit cinquante charges du meilleur qu'on pût avoir21 • » 22 • En 1389, les banquets royaux continuent à célébrer les «Vins fins,, valdôtains: "La facquerie, qui agitait la Vallée, n'empêcha pas les seigneurs valdôtains de prendre part, en juillet 1389, aux fêtes de la cour de Savoie. 23 On rapporte que la duchesse de Turenne vint passer quelques jours à Chambéry auprès de la comtesse de Savoie et qu'en cette circonstance les différentes provinces contribuèrent par des dons aux dépenses nécessaires. Les gentilshommes valdôtains offrirent au comte et à la comtesse douze barils de vin muscat de Chambave et plusieurs têtes de bouquetins. Ce détail curieux nous montre le haut prix qu'on attachait à cette époque aux produits de notre pays. Et ne pouvaient-ils pas fi.gurer avec honneur à la cour des souverains ~ » 24 • En 1692, le duc Victoire Amédée I, après avoir reçu en cadeau un muscat produit dans les vignes du prieuré de Saint Gilles à Verrès, écrit dans une note au prieur : " nous avons esté si contents du vin blanc muscat que vous nous avés envoyé et nous l'avons trouvé d'un goût si agréable, et si bon pour notre santé, que nous voulons bien vous en témoigner n 25 . En 1742, Charles Emmanuel III, roi de Sardaigne honorait les caves du Prieuré levant son verre de vin aux prieurs avec ces vœux : " messieurs les chanoines, je bois à votre santé26 ,, et en restant enthousiaste du vin offert 21 Note de l'original : Eporedi en sia, t. IV. 22 JosEPH-AuGUSTE Duc, op. cit., Vol. VIII, p. 399-400. 23 Note de l'original : CIBRARIO, Origini, Le. 24 JOSEPH-AUGUSTE Duc, op. cit., Vol. IV, p. 11. 25 Verrès, Archives di Saint-Gilles, part II - Documents concernant le prieuré et ses bénéfices (1191-1994), catégorie II- Rapports avec le roi, papier n. l. 26 Verrès, archives de Saint-Gilles, part II - Documents concernant le Prieuré et ses bénéfices (1191-1994), catégorie II - Rapports avec le roi, papier n. 6) m
vu que, la même année, le Conseil de Commis paye pour le roi un" mandat de trente et sept livres [et} dis sol, les quelles sont pour n. 25 quarteron de musquat {à} expédie{r} au Roi qui lat demandé27 "·C'est toujours aux prieurs de Saint-Gilles que, en 1795, s'adressent les trois fils du roi Victor-Amédée III : Maurice Joseph, duc de Montferrat, Charles Felix, duc de Genevois et futur roi de la Maison de Savoie et Joseph Benoît, comte de Maurienne, qui font remettre une lettre de " mille remerciements du baril de votre bon vin " confirmant une fréquentation continuelle, de la part de la Maison de Savoie, de la meilleure production œnologique de l'ancien Duché d'Aoste. La renommée du vin valdôtain Nos vins fins les plus réputés appartenaient tous à la classe des " vins de liqueur" c'est-à-dire aux vins flétris, finement décrits par Gatta comme " fini, e squisitissimi, fatti con nessuna maniera d'artifizio, ma naturalmente, e solo conservando le uve per tre o quattro m esi sopra canicci: sono questi il torretta di San-Pietro, la malvagia d'Aosta, il moscadello, ed il chiaretto di Ciambava (. .. )Il torretta è un vino vermiglio, gentile, odoroso, polputo, morbido, che ha molto spirito(. .. ): prende un sapore dilicato, che volge all'amaro aromatico ed approssimasi al belletto Nizzese28 , (. . . ) La malvagia (. .. ) si sostiene al confronta delle malvagie italiane più meridionali, non che di malte forestiere. Il moscadello (. .. ) allorquando (. .. ) è ben fatto (. .. ) riesce migliore dei moscati francesi e dei migliori italiani (. .. ) Il chiaretto (. .. ) riesce un vino-liquore vermigliuzzo e prezioso (. .. ) essi sono poi tutti durevolissimi, atti a sostenere lunghi viaggi: dicesi, che il moscadello, ed il chiaretto, bevuti a Costantinopoli, ed in Egitto fossero trovati eccellenti "· Nos vins de liqueur étaient, d'un point de vue œnologique, singuliers : ils reprirent de la culture francophone, les techniques de 27 Transcription de Piero Brunet (Archives historiques, F. Ville, R.D.A. 162/F/13, 1742). 28 Le " Bellet de Nice " est un vin rouge produit dans le terroir de Nice avec les raisins flétris des variétés " Folle '" " Braquet " et " Cinsault ". m
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