Le Flambeau

ad LE FLAMBEAU ··"""'' Revue du Comité des Traditions Valdôtaines - O.n.1.u.s. "Maneat domus doncc formica aequora bibat et lenta tcstudo totum perambulet orbcm". (graffiti du château de Féms) Alessandro Celi J'ai vu l'avenir des traditions Marco Vigna Dans ce numéro 3 Projet d'inclusion sociale : "Cliché" Le folklore en un autre sens. 5 Elena Foudon Traditions valdôtaines Iris Morandi Le Comte Crotti : entre histoire et fantaisie Gilbert Charbonnier Mon premier séjour en Vallée d'Aoste Romano Hugonin Les Adieux Joseph Rivolin Notes d'héraldique valdôtaine. L'héraldique au Palais régional Jean-Victor Vauterin Les îles de Saint-Marcel Joseph-César Perrin Des loups sur un arbre r Aldo Noussan Le témoin d'une tradition gentille: un poème d'occasion Cesare Cossavella Le Musée du Centre d'Études Abbé Trèves à Émarèse Laura Grivon William Brockedon au Grand-Saint-Bernard Eugenio Isabel Un pays agricole : Doues Adriana Meynet À Sarre la quatrième borne milliaire Joseph-César Perrin Paul Guichonnet : un grand ami du Val d'Aoste Les poètes du terroir 11 15 21 27 29 38 58 61 63 69 82 87 90 94

RAM ad LE FLAMBEAU Rédaction et Administration COMITÉ DES TRADITIONS VALDÔTAINES 3, rue de Tillier - 11100 Aoste Tél. +39 0165 36 10 89 [comitedestraditions@gmail.com) (ouvert les mardi et jeudi de 9h à 12h ; le samedi de 9h à 11 h) DIRECTEUR RESPONSABLE Joseph-Gabriel Rivolin -jrivolin@gmail.com Tél. +39 349 3094626 COMITÉ DE RÉDACTION Rédacteur en chef Laura Grivon -loflambo@gmail.com Rédacteurs 65c année -n° 242 2/2018 Alessandro Celi, Joseph-César Perrin, Joseph-Gabriel Rivolin, Enrico Tognan COTISATION ANNUELLE AU COMITÉ DES TRADITIONS VALDÔTAINES Italie:€ 25,00 Europe : € 30,00 Autres pays:€ 35,00 Cette cotisation annuelle donne droit à l'envoi de notre revue trimestrielle Le paiement peut être effectué: - au siège du C.T.Y. 3 rue De Tillier à Aoste, aux jours et heures indiqués; par versement sur le compte courant postal n°10034114 au nom du Comité des Traditions Valdôtaines, 3, rue De Tillier 11100 Aoste; par virement bancaire - IBAN : 33 V 02008 01210 000002545815 BIC/SWIFT: UNCRITMlCCO Les sociétaires demeurant hors d'Italie peuvent verser la cotisation par mandat postal international, ou par virement bancaire au nom du Comité des Traditions Valdôtaines, 3, rue De Tillier, 11100 Aoste. Pour les payements en chèques sur des banques à l'étranger, il est nécessaire d'ajouter 10 euros pour les frais bancaires. Enregistrement Tribunal d'Aoste n° 7/75 du 31.07.1975 Les manuscrits non publiés ne sont pas rendus Les opinions émises par les auteurs des articles n'engagent ni la rédaction du "Flambà" ni le C.T.Y. Impression : Musumeci S.p.A. 97, Région Amérique - 11020 Quart (Vallée d'Aoste) Tél. +39 0165 76 11 11 Avis aux destinataires du Lo Flambô-Le Flambeau IJ FSC www.fsc.org MIXTE Papier issu de sources responsables Fsc• c102?aa Aux termes de la loi n° 196/2003 nous vous informons que vos dormées personnelles figurent dans la liste des adresses du Comité des Traditions Yaldôtaines, titulaire du traitement y afférent, et que pour exercer le droit que vous avez de les modifier, de les actualiser ou de les supprimer vous pouvez nous adresser à tout moment un courrier postal à l'adresse suivante Comité des Traditions Valdôtaines - 3, rue Jean-Baptiste de Tillier - 11100, Aoste. B

J'AI VU L'AVENIR DES TRADITIONS ~ Alessandro CELr e désire partager avec tous les lecteurs du " Flambeau " ma J surprise et mon enthousiasme pour le spectacle offert par La Clicca de Saint-Martin de Corléans samedi le 30 avril dernier, dans la grande salle de la Citadelle des Jeunes d'Aoste. Le groupe folklorique, qui célèbre cette année son soixantième anniversaire, a présenté au public " Cliché -Il folklore in un altro senso ", une action théâtrale conçue par Marco Vigna, président de la Clicca, et mise en scène avec la collaboration de Stefania Tagliaferri, Jean-Claude Chincheré et Beatrice Albensi. Le spectacle mélange les musiques et les danses du groupe avec des monologues et des dialogues portant sur les thèmes du handicap et de l'acceptation des autres et de soi-même. L'occasion a été fournie par la collaboration avec l'Unione Italiana Ciechi della Valle d'Aosta, dont les associés ont participé de façon active au spectacle, habillés des costumes du groupe, récitant et dansant avec ses composants. Ainsi, la difficulté due à la privation de la vue est devenue l'une des difficultés que chaque personne peut rencontrer dans la vie. Très émouvant, à ce propos, le double dialogue entre deux couples d'amis au début du spectacle: dans un couple, un jeune homme refusait de participer à la fête comme tout adolescent un peu timide; dans l'autre, c'était la cécité qui paraissait empêcher la vie en société. La suite du spectacle démontra que, dans les deux cas, ce n'étaient que des peurs sans fondement et que tous pouvaient participer. Le message est donc clair: un message de solidarité, d'ouverture à l'autre, d'acceptation d'une diversité physique qui n'est pas obstacle à la vie en société. Mais il y a un deuxième message à retenir, un message d'esIl

pérance aussi pour les traditions valdôtaines. Car pour ce spectacle, la Clicca n'a rien changé dans les contenus : les danses, la description des costumes de la fête, la présentation des activités agricoles traditionnelles avec les fléaux et les vans, l'explication de la naissance de l'instrument musical qui caractérise le groupe depuis sa naissance, tout était présent, comme d'habitude. Seulement, le groupe a choisi d'ouvrir son expérience à une association dont les composants vivent avec un handicap. Ainsi, le folklore est devenu un moyen d'intégration et de sociabilité apte à renouveler non pas les raisons d'être du groupe - elles restent toujours la conservation et la promotion de l'identité valdôtaine - mais leur efficacité et leurs retombées dans la vie d'hommes et de femmes jusqu'ici exclus des spectacles de ce genre. Le spectacle " Cliché ", parrainé par la Présidence du Conseil régional, par l'Assessorat à la Santé, par les Communes d'Aoste et de Sarre et financé par la Fondation Communautaire, après concours public, s'est ainsi révélé une occasion de préservation du patrimoine immatériel et un instrument pour améliorer la qualité de la vie de tous, aveugles et non. Voilà, donc, une occasion de réflexion pour chacun de nous et aussi un moyen de promotion des bonnes pratiques en faveur des personnes défavorisées, afin d'éviter leur exclusion. Pour mieux communiquer leur expérience, la Clicca et l'Unione Ciechi ont chargé Alessandro Stevanon, le metteur en scène qui a déjà remporté plusieurs prix prestigieux, de filmer le spectacle: j'avoue attendre avec intérêt le résultat d'un effort collectif si intéressant. Il

PROJET D'INCLUSION SOCIALE "Cliché". Le folklore en un autre sens -<> Marco VrGNA e projet d'inclusion sociale " Cliché >>, Le folklore en un L autre sens, s'insère à l'intérieur des initiatives organisées par le groupe folklorique La Clicca de Saint-Martin de Corléans pour célébrer ses 60 ans d'activités. Né d'une idée du président du groupe, Marco Vigna, le projet est un unicum national et international. Pour la première fois, en effet, une association culturelle, vouée à la conservation et à la transmission du folklore local, et l'Unione italiana Ciechi e Ipovedenti (UICI-Vallée d'Aoste) se sont rencontrées et ont travaillé ensemble. La finalité était de proposer un projet qui, par le biais de la musique folklorique et l'expérience de l'UICI, puisse éliminer les préjugés liés aux deux réalités, les clichés donc, tout en soulignant leurs points en commun, comme la vocation sociale et associative, sans négliger l'importance de la réappropriation de la culture populaire locale. Des personnes aveugles et les membres de La Clicca ont pu ainsi s'approcher à la culture valdôtaine de manière différente, élargir leurs relations sociales et favoriser le sens d'appartenance au territoire. Au cours des vingt rencontres, réalisées avec la contribution de la coopérative C'era L'acca et l'Association SGMD Suono Gesto Musica Danza de Aoste, les membres de La Clicca se sont sensibilisés à la diversité, à la cécité, à la danse comme langage du corps et à la musicothérapie. Les membres de l'UICI-Vallée d'Aoste se sont rapprochés aux sons, aux gestes et aux instruments de la traditions. De cette manière tous les participants au projet, ont reçu les éléments pour une connaissance réciproque et la définition d'un langage commun, afin de donner lieu à une interaction paritaire et inclusive. Il

Ce travail a abouti à un spectacle théâtral, présenté le 28 avril 2018 au théâtre de La Citadelle des [eunes d'Aoste. Des moments de folklore se sont alternés à des moments plus intimes, d'introspection, où les membres de L'UICI et de La Clicca étaient habillés de la même façon (le costume traditionnel ou des vêtements noirs), en se confondant ainsi de manière à ce que le public ne puisse pas les distinguer et en réalisant de la sorte une inclusion totale. De plus, au cours de l'exhibition, le public a vécu une expérience multi-sensorielle, touchant la dimension auditive et olfactive, ce qui a rendu ce moment particulièrement intense. Le message de Cliché a été diffusé par les principaux medias de la région et de la péninsule (le quotidien national " La Stampa ,, l'a annoncé en première page), par un logo captivant, où le ruban coloré du fl_eyé (instrument à percussion en bois, né au sein du groupe La Clicca) devenait une bande sur les yeux d'un profil humain, afin de souligner le lien étroit entre folklore et cécité. Ce projet, fruit d'une longue expérience d'étude et de travail à l'étranger du président du groupe La Clicca, auquel ont collaboré, en outre, d'autres jeunes valdôtains professionnels dans les domaines social, artistique et audio-visuel, tels que Alessandro Stevanon, Jean-Claude Chinchéré, Beatrice Albensi, Nathalie Persod et Stefania Tagliaferri, a été soutenu par le Conseil régional, la Fondation Communautaire, l'IRIFOR-Istituto pour la formazione, ricerca e riabilitazione per la disabilità visiva, l'Assessorat de la Santé, du bien-être et des politiques sociales de la Vallée d'Aoste, les communes de Sarre et d'Aoste. " Cliché >>, Le folklore en un autre sens n'est pas encore conclu. Un reportage photographique et un documentaire sont en cours de réalisation pour témoigner les émotions, les sensations, les peurs et les découvertes faites au cours de ces mois de travail. La finalité est de communiquer à travers différentes formes artistiques tous les éléments positifs qui, on l'espère, pourront transformer le projet Cliché en un modèle à imiter, dans d'autres contextes aussi. Il serait aussi intéressant, en effet, d'encourager d'autres actions qui puissent briser les préjugés, à travers des expériences directes, où l'individu se mette en discussion, puisse se redécouvrir, et se réapproprier de son patrimoine culturel.

LA CLICCA + UNIONE ITALIANA CIECHI VDA • presentano I' CLICHE - =~ EVENTO INSERITO NELLE INIZIATIVE PER l 60 ANNI Dl ATTIVITÀ #LaCllccaSlamoTutti DEL GRUPPO FOLKLORlSTICO LA CLICCA 01 AOSTA f) 0 @) www.laclicca.com Le logo du projet " Cliché " Le folklore en un autre sens qui souligne le but du projet, lier le folklore et la cécité (Ideart - studio) Un des moments formatifs du projet dédié à la cécité avec l'Association SGMD-Suono Gesto Musica Danza de Aoste •

Un des moments formatifs du projet au siège du groupe La Clicca avec l'Unione italiana Ciechi e Ipovedenti (UICI - Vallée d'Aoste) Un moment du spectacle théâtral présenté le 28 avril 2018 au théâtre de La Citadelle des Jeunes d'Aoste Il

Un moment du spectacle théâtral présenté au théâtre de La Citadelle des [eunes d'Aoste Un moment d'une pièce jouée pendant le spectacle au théâtre de La Citadelle des [eunes d'Aoste

Le groupe au complet à la fi.n du spectacle L'équipe technique du projet composée de jeunes valdôtains: Beatrice Albensi, Alessandro Stevanon, Marco Vigna {Président du groupe), Stefania Tagliaferri, [ean-Claude Chincheré, Nathalie Persod {Directeur du groupe), Giovanni Corona

TRADITIONS VALDÔTAINES -o. Elena FouDoN ous voilà presque à la fin de cette année un peu fati- N gante mais riche de satisfactions pour notre groupe ! On a commencé à la Cittadella avec le spectacle de clôture d'une série de projets présentés dans des écoles maternelles et primaires. Comme toujours on a participé au rendez-vous des Floralies Vocales à Aoste pendant lesquelles les groupes des enfants et des adultes se sont exhibés sur place des Portes Praetoriennes avec des danses de cour toutes nouvelles comme la quadrille et la contredanse françaises. L'été a été particulièrement intense, c'est en effet, est la période pendant laquelle se concentrent la plupart de nos activités : à partir des animations dans les rues de la ville d'Aoste en collaboration avec l'ADAVA, ou à l'occasion du Vertical AostaBecca di Nona et de la Montée des gourmands, à l'événement m

Animation ville d'Aoste les musiciens Animation ville d'Aoste m Brindisi sotto le stelle à Saint Pierre et pendant la Foire d'été. En outre, au mois de juillet le groupe a participé au " 1° UFIFEST NAZIONALE DEI BAMBIN! " à Macomer en Sardaigne, ce qui a été une expérience fantastique pour nos enfants ! Le groupe folklorique local Tradizioni Popolari (enfants) nous a accueillis dans un collège avec d'autres jeunes de différentes régions de l'Italie, à savoir de la Sicile ( Gruppo Folkloristico Gergent d'Agrigento), du Frioul (Gruppo Folkloristico di Passons) et du Lazio (Le tre torri - Sbandieratori de Minturno). Le programme du festival prévoyait de nombreux engage-

ments : la sainte messe, la connaissance du maire et des autorités locales, des défilés, des spectacles dans les rues et des spectacles sur les estrades avec les autres groupes folkloriques. Cependant, nous avons eu quand même le temps de profiter des nombreuses beautés locales. Le bilan final de cette belle balade en Sardaigne est certainement positif et le succès que nous avons eu auprès du public a été décidément encourageant. Animation ville d'Aoste Floralies 2018 m

Sardaigne avec l'Assesseur à la culture, le président de l'UFI et le président du groupe Tradizioni Popolari Brindisi sotto le stelle - Saint-Pierre m

LE COMTE CROTTI : ENTRE HISTOIRE ET FANTAISIE ~ Iris MORANDI epuis des années, les « Amis du cimetière du Bourg >>par- D ticipent de bon gré aux « Tournées de la Francophonie », ce site étant un témoignage concret de l'appartenance historique de notre région à l'aire francophone, jusqu'au moment où les événements historiques, politiques et sociaux en ont modifié profondément les conditions. Pour 2018, notre association a bien voulu évoquer la figure du comte Édouard Crotti de Costigliole qui a joué un rôle important non seulement en Vallée d'Aoste, mais également dans le cimetière du Bourg de Saint-Ours qu'il a fait élargir et enrichir d'une chapelle destinée à rassembler les défunts de sa famille. Voilà, donc, la courte pièce théâtrale mise en scène au cimetière le 24 mars dernier, qui, par le biais du personnage de la veuve Crotti, fait revivre la vie et les réalisations du défunt : pièce rigoureuse en ce qui concerne les données historiques se rapportant au comte et œuvre de fantaisie en ce qui concerne le caractère et l'attitude de madame la comtesse. m

Mme Buissonin: Oh, bonjour Madame la comtesse! Mme Crotti : Bonjour Madame Buissonin ! B Comment allez-vous? C'est depuis longtemps que je ne vous vois pas ! C Oh, que voulez-vous que je vous dise, chère madame ! Le veuvage m'impose des règles de vie très sévères. Je ne sors que le matin très tôt pour aller à la messe et puis je viens ici l'après-midi déposer une fleur sur la tombe de mes proches. Rien qu'une fleur, mieux une rose, mieux encore une rose blanche, parce que je n'aime pas ces gros bouquets... ça fait tellement bourgeois, tellement ordinaire, n'est-ce pas ? Puis je rentre chez moi en rappelant les beaux moments passés avec mon mari, le comte Crotti, qui m'a laissée trop tôt, trop tôt... D'ailleurs l'habitude d'aller à la messe du matin je l'avais prise avec mon mari le comte qui ne manquait pas un jour, lui qui était très religieux, très religieux ! Puis, une fois rentré chez lui, il répondait à toutes les lettres que les Valdôtains lui envoyaient. Oh, combien l'aimaient les Valdôtains, leur comte Crotti ! B Pourtant il n'était pas valdôtain d'origine... C Non, il n'était pas valdôtain d'origine, mais il avait choisi la Vallée d'Aoste comme sa patrie d'élection et il a œuvré pendant toute sa vie pour le bien de cette terre. Il était né à Saluces en 1799 d'une famille noble et après ses études il entra d'abord dans l'armée et puis dans la diplomatie. Il voyagea dans toute l'Europe, en France, en Russie, en Belgique, en Suisse. Il parlait couramment italien, français, allemand. Il a connu tous les personnages les plus importants, les plus intéressants, les plus marquants de son époque : des princes, des ambassadeurs, des écrivains. Bref, toute la crème d'Europe ! Nous on s'est connus à Paris lorsqu'il était ambassadeur du roi Charles-Albert. Moi j'appartiens à la famille, la famille noble, des Mercy-Argenteau. B Mais comment est-ce que vous êtes arrivés ici, en Vallée d'Aoste? C Oh, que voulez-vous que je vous dise, chère madame ! Mon mari n'a pas accepté tous ces changements politiques, ces bouleversements sociaux, ce Statut albertin... malheur ! Il a préféré s'éloigner et changer de vie. Il a donc choisi la Vallée

d'Aoste chez ses proches, les Passerin d'Entrèves, les nobles Passerin d'Entrèves. Mais il faut dire qu'on a été bien ici, on a été heureux ! B Mais il n'est pas resté inactif ! C Oh, que voulez-vous que je vous dise... Inactif c'est un mot qui ne faisait pas partie de son vocabulaire... Il ne s'arrêtait jamais ! La Vallée d'Aoste lui doit toute une série d'œuvres de bienfaisance, révolutionnaires pour notre époque, pour un comme lui qui a été conservateur toute sa vie ! Tenez, j'ai toujours avec moi un document officiel qui prouve son dévouement total aux pauvres, aux malades, aux indigents. Il a même reçu une médaille d'or de la part du roi Victor Emmanuel en tant que zelante amministratore di istituti di benefi.cenza. B Ah, je vois.. . Il a réorganisé l'Hospice de Charité, il a fondé l'Œuvre des Petits Crétins, ces pauvres enfants, et la Société de Notre Dame du Bon Secours, à travers laquelle il proposa d'employer les mendiants dans des travaux d'utilité publique au lieu de les assister de façon paternaliste. Il pensa aussi aux enfants malades de l'Hôpital Mauricien et, avec Monseigneur Jourdain, il fonda un asile... ah, je vois, là à côté de l'amphithéâtre, où finalement on a décidé d'apposer un buste en marbre pour le rappeler. C Ah, au moins ça... Que voulez-vous que je vous dise.... La reconnaissance n'est pas toujours de cette terre... On m'a même promis qu'on mettra un cippe funéraire sur le chemin qui va vers Saint-Martin-de- Corléans, juste là où le pauvre comte Crotti a été atteint par ce coup apoplectique qui a mis fin à sa vie de grand homme. B On le fera sûrement ! C Oh, que voulez-vous que je vous dise, chère madame : souvent ces syndic promettent, promettent mais ... Espérons ! Savez-vous ce que je vous dis ? Chi vivrà, vedrà, parce-que moi aussi je connais les langues, comme mon mari ! Et moi, malgré tous ces bustes, tous ces cippes je me sens tellement seule, sans sa compagnie... B Mais vous avez bien des enfants ! C Oh, les enfants.. . Que voulez-vous que je vous dise. Les enfants passent, " Maman comment allez-vous ? ", ils m'embrassent et ils s'en vont. Toujours pressés, toujours pressés ! li

MAJOR DANS L'ARMÉE Pf€MONTA!SE Jot.Jl'ttST;tE DU ROI Cl:LlPLFS ~l_flf.:RT P"flli::S DIVl?'P.Sll!:I COURS p .. -.1.~Dli S<l RETRAITE El'< ts-i:e.-cHorsJT Aosn:: POUR SON stJOUR ilP,Bi.'T _;_ !IOCl~Té OE BON 5liCOUJ'IS-R€FORHE ET'OUUCE L:H08PJCE Of'. CHAR IT.Ê: RECOl"STRl!tT' LE CV11TIEIU. DE 5.tlNT OURS (' "'t'tR~ .tVJC .'1 ... A:. hDR_ii: J o11ruu.1.~ A ..,... f'ON'o_...'.TION OE LA._ SALLE l>'ASI Y. 11tn:,.D AVlC succi.:s LI:: CLE:RCf.: VALDOTAIN ACCUSE EN t853 D'-''''011'1 C.9tf\PlRÉ co.-.TRE 1: ETAT •011"fl. TROIS FOIS Ol:PtTt PAR L" VALLÉE "D'AOSTE lL li0V1'1ii:llfT Â LA CHAl'IBRS "VEC TALEl'fT ET COUfl:AG€ U'.S lflfThtiT& na LA RELICJOH ET Dft SES MANDATAIRES OllSSIE ...,,.., Ml:NT .[T Al €C succts L!! PROJET D'UN CHEl'tll'i' DE F€F\ "ICUA1" Jil'I' f870 .i.r.t llE 7t Al\S ltSTJ"'IÉ :DE SllS Al)Y.f.RSAllU:S J>I El>'ll:t PUI LJ;S '141.DÔTAIJfS .VIJ!i Dl: LA RELIG:IOH ET DE L'OR.DR,E TL AVA.JT PODR DEVISE FAIS CE O~·r. TV tlOIS AO\'IEl';NE QUt: POIJf\f\A m

B Votre fille aussi ? C Eh, ma fille... Que voulez-vous que je vous dise, chère madame... Entre les enfants, la vie de société, elle est toujours débordée, toujours débordée! Maman, je n'ai pas le temps, les enfants, les amis... Elle m'énerve! B Mais elle aura bien des domestiques qui 11 aident... C Eh, les domestiques ! Que voulez-vous que je vous dise. Il n'y a plus les domestiques d'autrefois ! Maintenant ils prétendent, ils prétendent d'être payés convenablement, ils prétendent le jour de congé...o tempora, o mores ! Je connais même les langues classiques ! Ah, les temps ont beaucoup changé !Maintenant tout ce laïcisme, cet anticléricalisme, ce soc ... soc ... B ... socialisme, vous voulez dire ? C C'est ça. Mais vous vous rendez compte : tous égaux ? Que voulez-vous que je vous dise, heureusement que mon mari a toujours été fièrement et rigidement conservateur. Heureusement qu'il y a eu cette Révolution des Socques pour remettre un peu d'ordre ! B Conservateur, conservateur. .. moi je sais qu'il a eu aussi des idées très modernes et qu'il s'est battu au Parlement pour la réalisation du chemin de fer Ivrée-Aoste. C Ah, vous pouvez le dire bien fort ! Il s'est battu comme un lion au Parlement ! Si un jour Aoste aura finalement son chemin de fer, c'est bien le comte Crotti qu'elle devra remercier. Que voulez-vous que je vous dise, chère madame : défendre les valeurs ancestrales ne signifie pas être contre le progrès et l'ouverture au monde. Mon mari qui a tant voyagé, qm connaissait le monde, le savait bien ! B Mmmm, vous ne trouvez-pas qu'il fait un peu frais aujourd'hui? C Frisquet, oui. Que voulez-vous que je vous dise : il n'y a plus les printemps d'autrefois, lorsque mon mari et moi nous nous promenions au Plot, à Saint-Martin-de-Corléans ... B Les promenades, c'est bien. Mais j'avoue que moi j'aime venir ici, dans ce cimetière... D'ailleurs, Madame la comtesse, c'est bien à votre mari qu'on doit une bonne partie de ce cimetière... C Oh, que voulez-vous que je vous dise... C'est une longue histoire que je vous raconterai dans les détails quand vous m

viendrez chez moi boire un petit quelque chose. Parce que vous viendrez, n'est-ce pas, me faire un peu de compagnie ? Vous me semblez une femme d'un certain niveau ! Bonne bourgeoisie ? B Famille de notaires ! C Ah, fondamentaux les notaires, pour régler nos affaires, nos biens, nos intérêts ! En gros, je peux vous dire que c'est grâce à ma famille d'abord, et à mon mari ensuite, si ce cimetière a été agrandi, modernisé, embelli. Mon père, pour rappeler dignement mon frère Edmond Mercy-Argenteau, mort trop tôt ici à Aoste de phtisie, décida de faire construire une chapelle pour rassembler tous les membres de notre famille, pour leur assurer un digne repos éternel. Ensuite, mon mari donna à la ville d'Aoste le terrain nécessaire à agrandir ce cimetière, fit réparer le mur d'enceinte et destina les deux aires à droite et à gauche de la chapelle aux enfants morts avant le baptême et aux hétérodoxes...Très moderne pour l'époque ! Puis un autre signe de modernité est la salle pour les autopsies située derrière la chapelle. B Ah, la chapelle, c'est un véritable petit trésor d'art ! C Oh, oui ! Nous avons voulu la consacrer à Notre Dame des Douleurs, que l'on fête toujours le 15 de septembre par une messe solennelle. La Sainte Vierge est représentée par une statue en bois sur un autel portant les couleurs bleu et blanc de notre famille noble. Nous sommes tellement contents de pouvoir honorer nos morts dans ce lieu de paix et d'harmonie, entouré de ces magnifiques montagnes ! B Espérons que les générations futures se rappelleront de maintenir ce site et cette chapelle dans les mêmes conditions qu'aujourd'hui. Ce serait tellement dommage de les voir abandonnés et oubliés ! C Oh, je le souhaite vivement, mais, que voulez-vous que je vous dise... l'avenir, ce n'est pas à nous. Mais je suis sûre, chère madame, je le sens dans mon cœur, dans mon âme, dans mon esprit, qu'il y aura toujours de braves gens, surtout de braves femmes, qui s'occuperont de ce patrimoine en dépit de l'indifférence, du temps qui passe, des gestes de vandalisme, de l'oubli... m

MON PREMIER SÉJOUR EN V ALLÉE D1 AOSTE '* Gilbert CHARBONNIER Préambule Mon père Élie, né en 1901, avait dû laisser son village d'Arpuilles en 1931 pour émigrer en France, car l'exploitation agricole de la famille n'était pas assez importante (7 ha environ) pour nourrir toute la famille composée de 10 enfants. Il avait passé le Petit-St-Bernard au début de l'hiver, période plus propice avec moins de policiers et douaniers chargés de la surveillance de la frontière, avec un groupe de dix autres Valdôtains, mais dont quatre sont finalement arrivés à Bourg St Maurice, affaiblis mais ayant pu, en route se reposer dans un mayen, ouvert, où se trouvait de la farine de polente et de quoi faire du feu. Ayant malgré tout été pris par les autorités françaises, qui localement étaient très bienveillantes vi- à-vis de leurs cousins du Val d'Aoste, celles-ci ont conduit les quatre rescapés dans la caserne militaire pour se reposer et reprendre des forces, puis on leur proposa de s'engager dans l'armée afin de pouvoir ensuite être régularisés plus facilement. " On verra plus tard ", répondirent-ils. Après quatre jours ils avaient repris suffisamment de force et sans attendre davantage ils ont quitté la caserne sans se faire remarquer et ont pris la direction de Lyon où se trouvait déjà une importante communauté d'émigrés valdôtains qui naturellement les ont pris en charge. C'est dans la famille Domaine que mon père passait parfois son dimanche, et c'est vers les années 1970, qu'un des fils m'a rapporté les seuls souvenirs heureux concernant mon père, dont je n'avais en mémoire qu'une dure vie d'artisan ramoneur avec cinq enfants à élever. Étant arrivé clandestinement en France, ce n'est qu'après avoir pu se faire difficilement naturaliser en 1951 qu'il put aussitôt revenir en Vallée d'Aoste au printemps, retrouver sa famille qui m

l'attendait aussi pour pouvoir procéder à la succession des parents qui étaient morts. Arrivé l'été, ma sœur partie à son tour faire connaissance de la famille et du pays d'origine. À mon tour En été 1952, âgé de huit ans ce fut mon tour de partir pour l'Italie, emmené par mon père. On prit le train de Bourgoin jusqu'à Chambéry, puis un autre qui arriva en fin d'après-midi à BourgSaint-Maurice, d'où partait le lendemain matin l'autobus qui allait nous conduire à Aoste. Comme l'argent était rare, mon père discuta avec l'employé de la SNCF qui nous laissa dans le train afin d'y passer la nuit sur les banquettes, tout en nous informant que le lendemain il faudra nous lever tôt, le train devant repartir, ce que nous fîmes. Debout de bonne heure, on passa à une boulangerie pour acheter du pain, et pour me faire plaisir mon père voulut aussi me prendre un paquet de bonbons, mais dont le prix était si important que mon père y renonça. Alors la boulangère, et je m'en souviens bien, pesa le paquet de bonbons et le prix devint bien plus raisonnable. Du voyage en autobus de la Savoie à la Vallée d'Aoste je n'ai pas gardé de souvenirs particuliers. C'est à Tsambarlet, chez ma tante Élise et son mari Jean Clavel (qui avait été chauffeur de taxi à Levallois Perret) que j'allais passer l'été. J'allais être comme leur premier enfant, s'étant mariés sur le tard après le décès du grand-père qui s'y était opposé quand ils étaient jeunes! Bien que possédant un logement en ville, ils avaient choisi d'avoir leur maison, plutôt une grosse cabane de jardin, dans les tout proches environs, comme en pleine campagne, le long de la voie ferrée, derrière où se situaient les bureaux du Bureau régional d'Ethnologie et de Linguistique. Située nulle part, elle n'avait pas d'adresse postale et à l'époque le courrier était adressé à un numéro rue Édouard-Aubert, puis plus tard rue du Jeu de !'Arquebuse, plus proche. Elle était en partie dissimulée sous les vignes qui recouvraient le toit et était composée d'une chambre et d'une cuisine où était installé un sofa qui allait être mon lit, où le soir pour m'endormir l'oncle Jean me jouait avec sa mandoline quelques morceaux de musique, parmi lesquels je ne me souviens que " Montagnes d'Italie "· Il y avait l'électricité, mais l'eau ve-

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nait du puits situé en contrebas, à côté de l'étable où mon oncle avait trois vache: tous les matins j'allais porter le lait à quelques familles, dont une se trouvait place de la République au troisième étage du bâtiment qui faisait l'angle avec la rue Monte Vodice. Ma tante me laissa bien vite monter tout seul. Le monsieur était tailleur, et plus tard, comme cadeau il me fit un pantalon court. Il n'y avait pas de voisins proches, sinon une ferme qui était exploitée par la famille Fiou, dont un garçon s'appelait aussi Gilbert et dont j'avais presque le même âge. Il allait devenir mon copain. Et c'est grâce à cette famille qui m'avait aussi pris en affection, que je garde un souvenir exceptionnel pour moi; elle venait de prendre une autre ferme à St Christophe où elle se rendait le mercredi. Elle m'y emmenait et on y allait en char à bancs tiré par un cheval. A cette époque la route passait sous l'Arc d'Auguste. J'aime rappeler ce souvenir quand quelquefois je suis à Aoste. Et jusqu'à maintenant je n'ai pas rencontré de personnes qui ont eu l'occasion de passer en char à banc sous l'arc de triomphe. On était au milieu de jardins exploités majoritairement par des familles venant d'ailleurs de l'Italie et ce qui m'a vraiment surpris, c'est de voir plusieurs personnes qui marchaient pieds nus sur le chemin de terre qui desservait l'endroit. Il y avait une ou deux parcelles de pré pour les vaches, mais la plus grande partie de l'endroit était la zone d'expansion de la Doire quand elle était en crue. Je me rappelle qu'une fois deux personnes qui venaient de Grenoble avaient demandé à mon oncle s'il y était possible d'y camper, mais il leur conseilla de venir planter leur tente tout proche de la maison, afin de ne pas être dévorés par les moustiques, ce qu'elles acceptèrent volontiers. Maintenant c'est à cet endroit qu'il y a la piscine et autres terrains de sport. Mon oncle qui avait travaillé à la" Cogne ", à l'occasion me faisait placer dans un endroit d'où je pouvais voir les grandes flammes qui s'échappaient des fours de l'usine. De temps à autre, on allait à pied voir une grand- tante qui habitait Signayes et on revenait avec un plein panier de poires. Il nous arrivait d'y voir le chanoine Durand avec qui on était apparenté: ce grand gaillard en soutane noire m'impressionnait chaque fois. On passait par la place de la République, où il y avait des baraques de confiseur en face de la caserne, où mon oncle m'achetait parfois quelques friandises, dont une fois un sucre d'orge avec lequel je me suis cassé une dent. Il y avait m

aussi des marchands de pastèque, qui se tenaient à côté de !'Hospice de Charité, proche de la petite fontaine dont ils profitaient de l'eau pour en refroidir celles qui étaient en cours de vente. Quand on montait en Arpuilles on passait par la rue Croix-deVille où chaque fois on s'arrêtait au bar Sapinet, l'oncle pour un verre et moi pour une bonne glace. J'y suis repassé devant, une dizaine d'années plus tard et rien de l'extérieur n'avait changé. Je m'y suis arrêté en me manifestant en frappant sur la petite vitre coulissante communicant avec la rue. Quand la dame est venue pour me servir, je lui ai rappelé le souvenir qui me liait à cet endroit et alors elle m'invita à rentrer. C'était Gina Charbonnier (d'Arpuilles évidemment) qui, malgré le temps passé, se souvenait très bien de ces moments. Au village, où on montait à pied par l'antique chemin muletier, je me rappelle d'avoir rencontré l'institutrice d'alors, Mme Zola, qui me demanda de lui réciter une poésie. Un autre évènement qui m'avait très impressionné, moi gamin de la ville, c'est la vision la vision de ces vaches qu'on avait dû redescendre de l'alpage par la tsarrière pentue et dangereuse, attachées sur une luge maniée par leur propriétaire : l'une n'avait plus de sabots à cause de la maladie, l'autre s'étant cassée une patte. J'ai également un autre souvenir moins glorieux, pour leur auteur, qui m'avait fait boire un verre de grappa, avec les effets qui s'ensuivirent. Peut-être avertie, ma tante Philomène vint me récupérer sur la place de l'église pour n'emmener vite boire une tasse de café fort, qui a eu plus de mal à descendre que la première boisson! De Tsambarlet l'oncle m'avait emmené au Patron du Pont de Pierre, où il y avait beaucoup de monde et des jeux populaires. Je me souviens du mât de Cocagne, enduit de graisse, où des courageux tentaient de grimper par leurs propres moyens, pour atteindre les jambons et autres lots accrochés à la roue du sommet. Les premiers qui s'y essayèrent faisaient en sorte d'enlever le plus de gras pour espérer décrocher le meilleur lot à leurs essais suivants. Mais pour commencer, ils s'épuisaient rapidement et redescendaient malgré les efforts déployés, bien plus vite qu'ils ne le souhaitaient. Mais le plus amusant était un autre jeu, une sorte de haut étendage duquel pendaient des pots en terre suspendus par des ficelles. Le jeu consistait, les yeux bandés et en utilisant un grand bâton, à tenter de casser ces pots en terre. Les coups m

passaient le plus souvent à coté, mais la foule criant de taper à droite, à gauche le participant finissait toujours par en casser un. C'est alors que le joueur recevait sur lui, soit de la farine, soit de la suie, soit de l'eau. Il y en avait un qui contenait des souris! Il fallait voir la débandade qui s'ensuivait quand les petites bêtes tombaient sur les dames et se faufilaient parmi la foule. Quant au plus chanceux, c'était celui qui cassait le pot contenant une enveloppe avec de l'argent ! Voilà les souvenirs les plus importants de ma première venue en Vallée d'Aoste. La rédaction Notre adhérent Gilbert Charbonnier, habitant Faverges, Savoie, nous a envoyé une lettre portant la date du 16 septembre 1890 écrite par l'un de ses ancêtres, originaires de la colline d'Aoste, Charbonnier Jean-Baptiste de feu Ambroise d'Arpuilles et adressée à messieurs " les honorables syndics de la commune de Gignod, d'Étroubles et de la ville d'Aoste ". La lettre concerne le Ru Neuf. Par cette lettre, il demande aux autorités des trois communes dont il s'agit que" quoique à cette époque une grande partie des propriétés ne requièrent plus d'arrosement, il est cependant nécessaire qu'une certaine quantité d'eau circule encore dans le Ru Neuf pendant la dépaissance soit pour l'abreuvage des bestiaux soit pour activer un moulin qui est appelé à rendre un grand service aux habitants de ce hameau en leur épargnant les frais d'un transport considérable pour moudre leurs grains ". Or, au-delà de l'intérêt " historique " de cette lettre, il est important de signaler aux lecteurs de la revue, le beau français employé par ce campagnard, ainsi que la politesse de l'exposition et la logique qui est à la base de la requête. Nous remercions vivement Gilbert Charbonnier pour nous avoir signalé ce document et nous invitons tous les descendants des émigrés valdotains à nous envoyer leurs souvenirs, leurs photos, leurs documents. Le Flambeau est ouvert à toute forme de collaboration et estime qu'il est important pour toute la communauté moderne de la Vallée d'Aoste de maintenir, voire de renforcer, les liens avec les émigrés.

LES ADIEUX -<> Romano HuGONIN e thème indiqué par le CTV à l'occasion du Prix Vietti L 2018, dans le cadre de la Foire de Saint-Ours, m'a ramené à l'esprit le souvenir d'un ancien voisin de Rapy, hameau de Verrayes, qui, pour la plus grande partie de sa vie, est monté aux alpages durant la saison estivale. Là-haut, sur les montagnes, il a exercé tous les métiers i mais, parmi les autres, c'est celui de salliaou qui l'a occupé le plus. Un travail important i il fallait s'intéresser de très près des fontines, de la salaison régulière et précise jusqu'à l'affinage dans les crottes, les caves. Les formes étaient déposées dans celles plus petites, tout près de l'alpage et, ensuite, transportées vers la vallée dans les grands magasins de stockage final. Mario - c'est son prénom - avait une taille moyenne, il était célibataire et il n'avait pas d'enfants. Ainsi, lorsqu'il était rentré au village, il racontait aux gamins les histoires qui se passaient en montagne. Il aimait son travail, mais ce qui charmait vraiment son attention était, sans aucun doute, l'un des outils que l'on employait en montagne et qu'il servait pour transporter vers la vallée les formes de fontine. Cet outil était l'usé. Les racines étymologiques de cette parole se perdent dans la nuit des temps i au Piémont, il existe la parole asi pour indiquer un outil facilitant le travail. Mario -de sa part -l'indiquait tout simplement, par une voix rocailleuse, lo men compagnèm isé. Cet outil, désormais disparu, se composait de deux barres de bois, divergentes vers l'une des extrémités, tout en ayant, celles-ci, la fonction de poignées et reliées de l'autre afin de soutenir le poids. Une figure, donc, rappelant un triangle. Sur ces deux barres il y avait une structure composée par 3, voire 4 mâts, qui avaient, à leur tour, la fonction de porter une planche ronde d'un diamètre d'environ 50/60 centimètres. Cette forme triangulaire répond parfaitement à l'exigence de bien balancer le poids à transporter et, surtout, il avait la capacité de se conformer à la structure physique de l'ouvrier. Mario racontait que

lorsqu'il employait l'usé, il protégeait ses épaules par de vieux chandails de laine afin d'éviter excoriations et cloques. Durant le trajet, des étapes - les pauses - étaient évidemment prévues ; d'habitude Mario s'arrêtait là où il y avait des murs ou des reliefs naturels tel que, par exemple, des rocs ou des noyaux plats, sur lesquels il faisait glisser doucement l'usé. D'ailleurs, le même système était présent dans toutes les crottes ou les magasins de stockage. Avec l'usé on pouvait transporter trois ou quatre formes de fontine par rapport à la distance du parcours. Si le trajet était très long, il fallait prévoir, par contre, une ou deux formes pour éviter tout écrasement dû à des secousses inévitables. Mario précisait que lorsqu'il transportait trois formes, la première fontine posée la première sur la planche, était protégée par Io sercclio, employé pour lui donner la forme. La saison estivale terminée, Mario accrochait à un poteau de son fenil l'usé, pour éviter que les souris, reniflant le parfum du fromage, le grignotent. C'est alors qu'il disait, d'un air piteux, Adzeu mon isé, à l'an qui veun. Malgré ses précautions, Mario racontait qu' un matin, visitant son fenil, il s'aperçut que son cher usé n'était pas à sa place. Visiblement tourmenté, car pour lui il s'agissait d'une perte considérable, il se mit alors à parcourir les ruelles du village ainsi que ses alentours. Ce fut alors qu'il entrevit deux gamins, plutôt vifs et farceurs, s'amuser joyeusement sur les prés recouverts de neige. Les deux enfants avaient tout simplement pris l'usé de Mario, ils y avaient appliqué deux cornes bovines sur les pointes et, enfin, ils avaient essayé de l'employer en tant que lieudze, luge. Il faut dire, à titre de vérité, que malgré le génie de deux gosses, cette tentative n'a pas réussi. En effet, les deux barres n'étant pas parallèles, il leur a été impossible de descendre. m

NOTES D1HÉRALDIQUE /\. VALDOTAINE !:héraldique au Palais régional ~ Joseph RIVOLIN e 3 mars 1963, à l'occasion du quinzième anniversaire de la L promulgation du Statut spécial d'autonomie, on inaugura solennellement à Aoste, rue Jean-Boniface Festaz, le nouveau siège du Conseil de la Vallée et du Gouvernement régional, au bout de quatre ans de travaux, sa construction ayant été adjugée le 16 janvier 1959. L'architecture rationnelle et sévère de cet édifice ne réservait aux arts décoratifs que de rares espaces : le mur méridional et le côté Nord du portique d'accès, à l'extérieur; la paroi de fond et la tribune du public dans la salle du Conseil, à l'intérieur. Ce n'est que le 26 février 1988, à l'occasion du quarantième anniversaire de l'Autonomie, qu'on inaugura la sobre décoration du mur extérieur et de la salle consulaire, consistant en deux citations des œuvres d'Émile Chanoux. La tribune du public et le portique, par contre, avaient déjà reçu des éléments décoratifs : le Gouvernement, présidé par l'avocat Séverin Caveri, profond connaisseur de l'histoire régionale, avait choisi d'y représenter des armoiries évoquant des moments glorieux de notre passé1 . L'artiste qui les a reproduits a utilisé comme source les gravures en couleurs du célèbre ouvrage d'Édouard Aubert La Vallée d'Aoste, édité à Paris en 1861. Plusieurs personnes, qui fréquentent le palais de la Région actuel, m'ont manifesté leur curiosité quant à l'appartenance des armoiries qu'on y voit et qui sont au nombre de dix-huit sur la La même solution décorative avait d'ailleurs été appliquée en 1932 au palais de la Province, qui fut depuis 1945 le premier siège de la Région, où de nombreux écussons caractérisent les salles jadis destinées aux séances du Conseil (au rez-de-chaussée) et du Gouvernement (au premier étage), ainsi que plusieurs verrières. m

balustrade de la tribune du public, dans la salle du Conseil, et de onze dans le portique : c'est pourquoi j'estime qu'il n'est pas sans intérêt d'en publier la liste. La première série comprend les armo1nes de plusieurs familles nobles et des principales institutions ecclésiastiques. En tournant le dos aux sièges du Gouvernement régional, on trouve les écussons suivants : 1) D'azur à quatre -fleurs de lys, 1, 2, 1, d'argent (fig. 1): armoiries du chapitre de la cathédrale Notre-Dame d'Aoste2 . 2) D'argent au chef de gueules, à la bande brochant sur le tout chargée de trois croissants contournés d'or (fig. 2) : armoiries des Challant de la branche des seigneurs de Cly. 3) D'azur au lion d'or armé et lampassé de gueules, à la fasce brochant d'or chargée de trois roses de gueules (fig. 3) : armoiries des nobles La Mothe. 4) D'or au château de gueules maçonné de sable, ouvert dans le champ, sommé d'un oiseau du second (fig. 4) : armoiries des seigneurs de Gignod. 5) Émanché en chef de cinq pointes de gueules sur argent (fig. 5) : armoiries des seigneurs de Bosses. 6) D'azur à deux colombes affrontées d'argent, membrées et becquées de gueules, essorant3 et portant dans leurs becs une branche d'olivier de sinople, accompagnées en chef d'une étoile d'or (fig. 6) : armoiries du chapitre de la collégiale Saint-Ours d'Aoste. 7) D'argent à deux croisettes posées en pal, accostées de deux clefs adossées, le tout de gueules (fig. 7) : armoiries des seigneurs de Saint-Pierre. 8) D'or à l'aigle de sable, membrée, becquée et couronnée de gueules (fig. 8) : armoiries de la vicomté d'Aoste. 9) De sable au lion d'argent armé et lampassé de gueules, au chef de sable chargé d'une croix d'argent (fig. 9) : armoiries de la ville d'Aoste. -10) Écartelé: d'argent à trois bandes d'azur, et d'argent au châ2 La reproduction est fautive : les fleurs de lys devraient être d'or. 3 Dans la version la plus fréquente de ces armoiries les colombes ne s'envolent pas. m

teau de gueules maçonné de sable, ouvert dans le champ, à l'ours passant dans la porte de sable (fig. 10) : armoiries des nobles Balbis, barons de Quart. 11) De sable au lion armé et lampassé de gueules (fig. 11) : armoiries du duché d'Aoste. 12) Écartelé : contre-écartelé d'azur losangé d'or de neuf pièces, et d'argent au château de gueules maçonné de sable, ouvert dans le champ, à l'ours passant dans la porte de sable (fig. 12) : armoiries des comtes Perron de San Martino, barons de Quart. 13) D'argent à la bande d'azur chargée de trois lionceaux d'or arm és et lampassés de gueules (fig. 13) : armoiries des nobles Sarriod seigneurs d'Introd. 14) De gueules à six fleurs de lys rangés en fasce, 3 et 3, d'or, chacune surmontée d'une rose d'argent (fig. 14) : armoiries des seigneurs de Nus. 15) D'azur à l'agneau pascal d'argent couché sur un livre d'or relié de sinople (fig. 15) : armoiries de la prévôté de SaintGilles de Verrès. 16) D'argent au chef de gueules, à la bande brochant de sable (fig. 16) : armoiries de la maison de Challant et plus particulièrement de la branche aînée, celle des seigneurs de Fénis. l 7) D'or au château de gueules maçonné de sable, ouvert dans le champ, soutenant un lion léopardé passant d'une tour à l'autre de gueules (fig. 17) : armoiries des seigneurs de Sarre. 18) D'azur à deux rochers m ouvant de la pointe d'argent, soutenant chacun une colonne de même, accompagnés en cœur d'une fleur de lys d'argent surmontée d'une étoile d'or et en chef d'une macle de même contenant un gland de gueules (fig. 18) : armoiries de la prévôté des Saints Nicolas et Bernard du Mont-Joux. La seconde série d'écussons, dans l'aile Nord du portique, se rapporte, plutôt qu'à des familles nobles, à certains de leurs représentants qui se distinguèrent dans les institutions savoyardes et sardes, la vie politique et l'administration de la Vallée d'Aoste au cours des siècles. À partir de l'entrée du palais régional et procédant vers l'Ouest, on peut voir les écussons suivants : ID

19) Écartelé: aux premier et quatrième grand quartier, contreécartelé: d'argent au chef de gueules à la bande brochant de sable (Challant) et d'or à l'aigle de sable membrée, becquée et couronnée de gueules (vicomté d'Aoste) ; aux deuxième et troisième grands quartiers contre-écartelé : de gueules au pal d'or chargé de trois chevrons du champ (principauté de Valangin) et vairé de gueules et d'or (baronnie de Bauffremont) (fig. 19) : armoiries de René de Challant (1500 env. - 1565), gouverneur de la Vallée d'Aoste, maréchal de Savoie, lieutenant général des États de Savoie. 20) D'azur au lion d'or armé et lampassé d'or (fig. 20): armoiries des barons d'Avise - l'écusson se rapporte au juriste Claude d'Avise, fils et petit-fils de membres du Sénat de Savoie, avocat général du duché d'Aoste en 1578, qui fut parmi les compilateurs du Coutumier du duché d'Aoste. 21) Parti de deux et coupé de deux : a) Coupé d'or et d'argent, à l'aigle brochant de sable (Doria) ; b) d'argent à deux croisettes posées en pal, accostées de deux clés adossées, le tout de gueules (Saint-Pierre); c) d'or au château de gueules maçonné de sable, ouvert dans le champ, soutenant un lion léopardé passant d'une tour à l'autre de gueules (Sarre); d) d'argent au château de gueules maçonné de sable, ouvert dans le champ, surmonté d'une ombre de soleil de gueules (Entrèves); e) Coupé: d'argent au soleil de gueules et d'azur au croissant figuré et tourné d'argent (Roncas); f) de gueules à la bande d'argent chargée d'une épée du champ4 (Favre d'Entrèves et Courmayeur); g) palé d'argent et de gueules5 , au chef sur le tout d'argent (Montagny de Brissogne) ; h) d'argent à la porte urbaine ouverte, adextrée d'une tour, le tout de gueules maçonné de sable, à l'ours passant dans la porte (Vaudan); i) d'argent6 semé de clefs en pal de gueules, au lion brochant de même (Fabri de Cly) (fig. 21): armoiries de Pierre-Philibert Roncas (1603 env. - 1683), président et général des finances pendant la régence de la duchesse de 4 En réalité, dans les armoiries des Favre la bande est chargée non pas d'une épée, mais d'une croix tréflée au piet fiché. 5 Blason correct: palé d'or et de gueules. 6 Blason correct: le champ est d'or, non d'argent. m

Savoie Chrétienne ce France -mais l'intention était probablement de rappeler son père Pierre-Léonard ( 1562 - 1639 L premier secrétaire d'État des ducs Emmanuel-Philibert et Charles-Emmanuel rer de Savoie. 22) D'azur semé de croisettes potencées au pied fiché d'or, à deux barbeaux brochant adossés en pal, de même (fig. 22) : armoiries attribuées aux seigneurs de Bard - il est étonnant de trouver, parmi les symboles héraldiques de quelques-uns des plus fidèles serviteurs de la maison de Savoie, celles de ces anciens dynastes, que le comte Amédée IV de Savoie et son allié Godefroi rer de Challant combattirent et dépossédèrent en la personne de Hugues de Bard en 1242 ! 23) De gueules à trois fasces d'argent, celle en chef chargée d'une croisette patente accostée de deux étoiles du champ (fig. 23): armoiries du comte Alexandre de Vallaise, ministre des affaires étrangères du Royaume de Sardaigne. 24) D'azur au coq d'or membré, becqué, barbé et crêté de gueules (fig. 24) : armoiries des nobles La Creste - Jean-François de La Creste (1542 - 1588) fut premier secrétaire d'État à l'époque du duc Emmanuel-Philibert de Savoie. 25) Écartelé : d'argent au chevron de gueules accompagné de rois têtes de loup arrachées de sable, les deux en chef affrontées ; et d'argent à la croix de gueules accompagnée, dans le canton senestre du chef et dans le canton dextre de la pointe, d'une clef en pal de gueules (fig. 25) : armoiries des Vulliet seigneurs de Saint-Pierre - Jean Vulliet (tl549) fut maître d'hôtel et premier secrétaire d'État du duc Charles II de Savoie. 26) Écartelé : parti d'or et d'argent au lion de sable lampassé de gueules (Courmayeur) et d'argent au château de gueules maçonné de sable, ouvert dans le champ, surmonté d'une ombre de soleil de gueules (Entrèves); à l'écusson en cœur sur le tout, d'azur au sautoir d'or cantonné de quatre étoiles de même (fig. 26) : armoiries des Passerin comtes d'Entèves et barons de Courmayeur - Alexandre Passerin d'Entrèves (1902 - 1985), professeur des Universités d'Oxford et de Turin, remplit les fonctions de préfet d'Aoste lors de la Libération pendant une période cruciale de la lutte pour l'autonomie régionale, du 28 avril au 18 mai 1945. m

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