ad LE FLAMBEAU ,_ ..... ..,.. Revue du Comité des Traditions Valdôtaines - O. n.1.u.s. "Maneat domus donec formica aequora bibat et lenta testudo totum pernmbulet orbem". (graffiti dtl château de Fenis) Dans ce numéro Alessandro Celi Éditorial La Rédaction Prix Vietti 2020 Traditions Valdôtaines, 70ème Joseph Rivolin Notes d'héraldique valdôtaine, Les armoiries de la famille Ginod Patrick Perret 3 6 9 14 Le maître du Rouge pourpre, Aperçu d'art walser dans la Basse Vallée d'Aoste 22 Laura Grivon Centre d'Etudes Abbé Trèves, " La Montagne à Venir " : Les Bois de la Vallée d'Aoste, la filière du bois, ressource économique, gestion environnementale 34 Alain Tavano-Blanc U.V. de Lyon, 150 valdôtains et amis de la vallée d'Aoste se sont retrouvés le 15 décembre 2019 pour célébrer le traditionnel arbre de Noël de l'Union Valdôtaine de Lyon 42 La Rédaction Mélancolies 52 La Rédaction Gino Charbonnier d'Arpuilles 59 Jean-Victor Vanterin L'art dukhatchkar en Arménie 61 Nadia Agnesod La Saint-Vincent à Lillianes 90 Poètes du Terroir 93
RAM ad LE FLAMBEAU Rédaction et Administration COMITÉ DES TRADITIONS VALDÔTAINES 3, rue de Tillier - 11100 Aoste Tél. +39 0165 36 10 89 (comitedestraditions@gmail.com) (ouvert le mardi de !Oh à l lh30; le samedi de !Oh à l lh) DIRECTEUR RESPONSABLE joseph-Gabriel Rivolin - jrivolin@gmail.com Tél. +39 349 3094626 COMITÉ DE RÉDACTION Rédacteur en chef Laura Grivon -loflambo@gmail.com Rédacteurs 66' année -n° 248 4/2019 Alessandro Celi, joseph-César Perrin, joseph-Gabriel Rivolin, Enrico Tognan COTISATION ANNUELLE AU COMITÉ DES TRADITIONS VALDÔTAINES Italie:€ 25,00 Europe : € 30,00 Autres pays : € 35,00 Cette cotisation arnrnelle donne droit à l'envoi de notre revue trimestrielle Le paiement peut être effectué : - au siège du C.T.V. 3 rue De Tillier à Aoste, aux jours et heures indiqués; par versement sur le compte courant postal n°10034114 au nom du Comité des Traditions Valdôtaines, 3, rue De Tillier 11100 Aoste; par virement bancaire - !BAN: IT 33 V 02008 01210 000002545815 BIC/SWIFT: UNCRITMlCCO Les sociétaires demeurant hors d'Italie peuvent verser la cotisation par mandat postal international, ou par virement bancaire au nom du Comité des Traditions Valdôtaines, 3, rue De Tillier, 11100 Aoste. Pour les payements en chèques sur des banques à l'étranger, il est nécessaire d'ajouter 10 euros pour les frais bancaires. Enregistrement Tribunal d'Aoste 11° 7/75 du 3 1.07. 1975 Les manuscrits non publiés ne sont pas rendus Les opinions émises par les auteurs des articles n'engagent ni la rédaction du "FlambèJ" ni le C.T.V. Impression : Musumeci S.p.A. 97, Région Amérique - 11020 Quart (Vallée d'Aoste) Tél. +39 0165 761111 Avis anx destinataires du Lo Flambè>-Le Flambeau jJ FSC W\'/W_fsc_org MIXTE Papier issu de sources responsables Fsc• c102788 Aux termes de la loi n° 196/2003 nous vous informons que vos données personnelles figurent dans la liste des adresses du Comité des Traditions Valdôtaines, titulaire du traitement y afférent, et que pour exercer le droit que vous avez de les modifier, de les actualiser ou de les supprimer vous pouvez nous adresser à tout moment un courrier postal à l'adresse suivante Comité des Traditions Valdôtaines - 3, rue jean-Baptiste de Tillier - 11100, Aoste. B
/ EDITORIAL Chère Sociétaire, Cher Sociétaire, a Foire de Saint-Ours a vu, pour la troisième année, la L présence du stand " Vallée d'Aoste culture ", auquel ont contribué une vingtaine d'associations culturelles, sociétés savantes, groupes folkloriques et historiques, lesquelles ont assuré la permanence au stand pendant les cinq jours d'ouverture du pavillon de Place Flouves. L'initiative a été appréciée par le public, qui commence à prendre l'habitude à ce rendez-vous particulier à l'intérieur de la Foire, ainsi que par les différentes réalités culturelles qui ont participé. En effet, dans la réunion organisée quelques jours après la conclusion, tous les présents ont concordé sur la bonne réussite de cet effort collectif, tandis que d'autres hypothèses de collaboration ont jailli de la réflexion commune. Un premier résultat s'est déjà concrétisé: l'Association Valdôtaine des Archives Sonores et le Comité des Traditions ont organisé ensemble une série de rencontres pour présenter leurs deux ouvrages récemment publiés et dédiés à l'émigration en Amérique, la " Race qui meurt ", envoyée avec le numéro du Flambeau précédant celui-ci, et " Les Valdôtains en Amérique", édité par les soins de l'AVAS. Il s'agit d'un signal à ne pas négliger : tout en gardant leur identité spécifique, les associations représentant la culture valdôtaine ont su collaborer pour atteindre un objectif commun, offrant ainsi au grand public de la Foire une image unitaire de la production culturelle locale, vaste et différenciée. Unité dans la diversité: voilà la grande leçon à tirer de ce premier pas, petit mais fondamental sou plu ieurs points de vue. En effet, être capable d'assurer l'ouYerture du stand peut paraître peu de chose, mais le fait que le a ociations présentes augmentent chaque année, que la di ponibilité des associés Il
permette de partager les poids de la permanence, que les gens commencent à profiter de la même permanence pour renouveler leurs cotisations, tout cela laisse bien espérer pour le futur de cette initiative. En plus, la nécessité d'organiser l'initiative dans ses moindres aspects a demandé une série de réunions, qui ont permis à chaque association de mieux connaître le travail accompli par les autres et d'approfondir les liens d'estime et de collaboration réciproques grâce à l'effort commun, ce qui, lui aussi, laisse bien espérer du futur. Futur qui, dans d'autres domaines, paraît au contraire bien sombre. L'instabilité politique, les enquêtes judiciaires, la présence avérée d'associations criminelles sur le territoire de notre Vallée constituent autant de défis demandant une réponse forte de la part des Valdôtains, appelés à démontrer dans les faits et dans la vie quotidienne leur capacité de réagir et d'affirmer de nouveau les caractéristiques positives de la civilisation valdôtaine. Emile Chanoux, dans l'une de ses nombreuses réflexions qui gardent toute leur validité après septante ans, écrivait : « Oh oui, l'âme du valdôtain est bonne, elle est bien honnête, bien forte, bien courageuse, mais elle est quelquefois bien sujette aussi à pourrir, pourrir misérablement et hideusement quand elle est mise en contact avec quelque pourriture. Alors il comprit que l'âme du valdôtain pouvait devenir pire que toute autre parce qu'elle était naturellement meilleure. Et alors il s'expliqua pourquoi il y avait bien de mal dans la vie valdôtaine d'aujourd'hui, il s'expliqua pourquoi l'on voyait quelquefois, oh ! rarement, parmi les valdôtains des meurtriers et des concubins, des lâches adorateurs de la brute et des plus lâches adorateurs du puissant. Il s'expliqua pourquoi le valdôtain a connu la plus dégradante misère après la plus ignoble richesse » . Aucune excuse, alors: nous savons que le Valdôtain peut être corrompu, mais nous savons aussi que son âme est naturellement meilleure. Il faut partir de ce constat pour reconquérir une dignité ébranlée par la chronique judiciaire, que l'on veuille ou non. Pour ce faire, il faut récupérer les constituants de cette " âme ,, . Ce n'est pas une question d'origine familiale, de" race,, comme Il
le disait Ernestine Branche. C'est une question de culture et d'éducation. Il y a cinquante ans, le professeur Orlando Formica écrivait sur l'hebdomadaire diocésain « Aosta, città operaia, ha accolto prevalentemente un sottoproletariato priva di una formazione di base e quindi potenzialmente incapace di assimilare e recepire la tradizione e la cultura valdostana » 1 tout en ajoutant que « Si puà essere buoni valdostani sia se si è nati a St-Christophe came a Cefalù nella misura in cui fatti propri i valori umani, sociali e culturali della Vallée si opera per aprire questa montagne a un rinnovato veicolo di crescita della sua gente ". Après un demi-siècle, il faut bien avouer que ce sont les comportements criminels de quelques-uns de ces immigrés qui ont primé sur l'esprit valdôtain. Il est donc le moment de réagir, partant de notre culture et de notre civilisation alpestre. Le Flambeau et tout le Comité donnent volontiers leur contribution dans cette véritable bataille dont dépend le futur de notre identité. Le Président du CTV Il
Prux VIETTI 2020 -<> LA RÉDACTION L e ,Comit~ des Tra?i:ions V~ldôtaii:es, d'après ~n~ ~radition desorma1s consohdee, a pns part a la 102Qeme edit10n de la Foire de Saint-Ours à travers le Prix Pierre Vietti. Un prix qui honore l'un de ses anciens présidents et que, en même temps, réaffirme le fait que le CTV a joué un rôle fondamental, à partir de sa fondation en 1948, pour donner un nouvel élan à ce secteur Caroline Roveyaz Romano Hugonin Il stratégique pour la Vallée d'Aoste. Le thème de cette année était centré sur La Forêt. Selon les indications dictées par le CTV, la forêt est, depuis toujours, un élément incontournable de la Vallée d'Aoste, tout en étant, à la fois, une composante essentielle de la montagne, une ressource précieuse ainsi que, finalement, l'un des lieux privilégiés de nombreuses légendes valdôtaines et, plus en général, alpines. L' artisan pouvait, donc, préparer une pièce, basée sur des recherches approfondies, présentant les travaux relatifs à l'exploitation de la forêt, aux outils jadis employés et désormais
f ean Bétemps Michel Rosset Christian Gallego-Selles Il
Gianfranco Anzola Erik Bionaz disparus à jamais, à la dure vie des bûcherons, aux animaux qui la peuplent et aux légendes qui l'intéressent. Il pouvait réaliser, indifféremment, une sculpture à tout-rond, un bas-relief ou, encore, une élaboration en style moderne ou, finalement, une reproduction de l'ustensile tel qu'il était autrefois. La recherche qui accompagne la pièce devait forcément respecter le thème assigné et devait illustrer les raisons qui ont conduit à sa réalisation. Tous les artisans qui ont pris part à cette édition du Prix Vietti ont respecté les règles et ont présenté des œuvres captivantes et des recherches, elles aussi, intéressantes. Grand merci, donc, à tous ces artisans. Le Jury du CTV composé par son président Alessandro Celi et par les conseillers Vietti, Bondaz et Tognan a finalement repéré dans l'œuvre de Jean Bétemps celle plus représentative. Le CTV remercie tous les artisans qui ont adhéré au Prix Vietti; par leur créativité ils ont fait l'honneur de tous les Valdôtains. Nous avons enfin le plaisir de présenter aux lecteurs quelques-unes de ces œuvres. Il
TRADITIONS VALDOTAINES Le temps passe vite et nous voilà prêts à présenter le compterendu de 11activité de la deuxième partie de 11année 2019 du groupe folklorique Traditions Valdôtaines. Au beau milieu de l 1été 1 dimanche 28 juillet 2019, le groupe a été invité chez nos frères de Savoie à Hauteluce pour la fête des costumes. Sous une pluie incessante1 la musique et les traditions ont réchauffé la fête du village du Beaufortin qui côtoie la station de ski de Les Saisies. Ensuite le 21 août 2019, sous invitation de l'ADAVA1 les petits et les grands du groupe ont animé la Place Chanoux . Sous le soleil estival le pouce s1est levé encore une fois pour inviter les randonneurs à gravir de nouveaux sentiers et découvrir l'immense beauté de notre patrie. Au début de l'automne et précisément samedi 28 septembre 2019, le groupe a eu l'honneur d'être présent à la désalpe de Valtournenche : un des événements qui réchauffe le La fête pour les 70 ans du groupe, le 24 novembre 2019 - la messe à l'église
cœur de tous ceux qui sont liés à la vie saisonnière de nos montagnards. La " dézarpa " est toujours une grande fête et une émotion qui touche la partie plus profonde de notre imaginaire collectif. Le défilé des troupeaux de vaches avec les grosses sonnailles qui retentissent dans nos villages et qui nous enveloppent par leur son, ne peut que faire ressurgir nos souvenirs de jeunesse et rappeler les plus belles traditions de notre peuple. Dans le cadre des célébrations des 70 ans du groupe " Traditions Valdôtaines ", la fin de l'année 2019 a été caractérisée par des événements très engageants du point de vue des répétitions. Les membres du groupe ont mis en place un spectacle de Faule
Désarpa à Valtournenche 24 novembre 2019:remise des prix théâtre musical en collaboration avec le groupe piémontais " Trelilu "· L'exhibition a été présentée à l'auditorium de Nus le 4 octobre 2019 et le public a énormément apprécié la performance qui a proposé des gags sur la vie quotidienne qui souvent, par leur normalité, peuvent passer inaperçus. L'esprit comique du groupe " Trelilu ,, a garanti un moment de fou rire pour grands et petits. Pendant les mois d'octobre et novembre le groupe a participé à nombreux événements: la fête de la Bagna Caoda à Faule (CN); la fête avec le pays et les enfants de l'école à Doues ; le Memorial Cerisey à Gignod ; l'ouverture du Marché Vert Noël ; la fête de Noël à Lyon (F). 24 novembre 2019 - la messe - le choeur m
Nus - Trelilu - 4 octobre 2019 Marché Vert Noël - danses Marché Vert Noël - petit accordéoniste m
Enfin le clou des célébrations des 70 ans, a été la journée de dimanche 24 novembre 2019 qui a vu tout le groupe motivé et uni pour la bonne réussite du programme. Le moment le plus saillant a été caractérisé par la messe du matin à l'église de St. Ours. Une chorale très riche et variée a animé la célébration du dimanche. Pendant plusieurs mois, sous la direction magistrale de Daniela Denarier, les enfants avec leurs parents, les membres et les anciens membres se sont engagés dans l'apprentissage des chants sacrés en langue française. Les chanteurs se sont confrontés à la lecture d'une partition musicale et ils ont appris à élever leurs louanges à travers le chant. Après la messe, la fête a continué au restaurant " Rendezvous " de Aymavilles. Le repas copieux a été embelli par la musique, les danses et les chants. Ce moment d'allégresse a été caractérisé aussi par la remise des prix et des reconnaissances aux membres des " Traditions Valdôtaines " et aux représentants des autres groupes folkloriques présents. Les enfants ont eu une partie active lors de toute la journée ainsi que dans tout le programme de l'année. Pour une fois encore le groupe a manifesté son attachement à la langue française et au patrimoine culturel valdôtain. Ceux qui nous ont précédés et ceux qui œuvrent encore aujourd'hui pour l'épanouissement de notre caractère ethnique et linguistique ne peuvent qu'être fiers du projet qui anime depuis toujours le groupe " Traditions Valdôtaines '" Chaque valdôtain, de souche ou d'adoption, a le devoir de s'interroger sur l'importance de la transmission des valeurs de notre peuple. Nous arrivons à un tournant historique où le monde change énormément et le risque d'une homologation culturelle globale nous entraîne vers une pseudo-culture partagée. Nous assistons à un aplatissement et à un appauvrissement culturel sans précédent dans l'histoire. Chacun de nous peut reprendre en main le destin de notre particularité identitaire en offrant en héritage aux jeunes valdôtains la richesse de notre culture historique, linguistique et sociale. Le trésor dont notre patrimoine culturel est porteur deviendra ainsi un phare-guide pour les nouvelles générations. Si on ne sait pas d'où l'on vient, il est difficile de savoir où on veut aller! m
NOTES D'HÉRALDIQUE A VALDOTAINE Les armoiries de la famille Ginod ~Joseph RivouN oste, dans la rue Saint-Joconde, enchâssé dans l'un des Amurs qui clôturent les jardins potagers des chanoines de la cathédrale, on remarque un écusson chargé d'un sautoir et de quatre trèfles : il marque la limite entre les propriétés du chapitre et celles du Grand Séminaire (fig. 1). Il s'agit des armoiries de la famille Ginod: "De sinople au sautoir d'or cantonné de quatre trèfles d'argent » (fig. 2) . Dans le chapitre des Chronologies que Jean-Baptiste de Tillier réserve aux prévôts de la cathédrale d'Aoste, les trèfles sont d'or et le champ de l'écu d'azur (fig. 3). Le champ d'azur est une variante signalée également par le comte Amédée de Foras dans son Armorial et nobiliaire de Savoie : " Originaire de la Vallée d'Aoste, a écrit cet auteur, transportée à Chambéry, puis en Maurienne et à Aython où était la maison-forte de Beauregard, cette famille s'est éteinte vers 1750 ". 1 Le premier Ginod que l'historien savoyard a pu identifier est un nommé Jean, provenant de la ville d'Aoste, qui épousa Louise Régis en 1476. Parmi ses descendants on trouve deux personnages du nom de Jean et un JeanGeoffroy, qui furent successivement, tous les trois, prévôts de la cathédrale d'Aoste au xvp:me siècle. C'est sans doute l'un Cet érudit publie une généalogie de la famille Ginod où n'apparaissent qu'un Jean et un Jean-Geoffroy, ecclésiastiques : les notices biographiques qu'il donne ont été comparées avec celles que fournissent les auteurs valdôtains, qui ont toujours admis l'existence de deux Jean (voire trois chez Pierre-Étienne Duc 1 ) et de deux JeanGeoffroy (cf. la note bibliographique). Chez tous ces auteurs les homonymies ont cependant créé des confusions et des contradictions, qui ne pourraient être éclaircies pleinement que par une étude approfondie, dépassant le cadre de cet article, dans lequel on s'est borné à éviter les anachronismes et à résoudre les contradictions en s'inspirant de critères de vraisemblance. m
Fig. 1 d'entre eux qui fit emmurer ses armoiries dans la clôture qui renferme les propriétés du chapitre. D'après les Chronologies de Jean-Baptiste de Tillier, le prévôt que nous appellerons Jean rer fut docteur ès droits, prieur commanditaire de Saint-Bénin à Aoste, vicaire général et official du diocèse sous l'évêque Pietro Gazino ; c'est probablement le même personnage auquel Foras attribue le titre de prieur commanditaire de Saint-Baldoph près Chambéry. Il fut parmi les délégués de l'Assemblée Fig. 2 m
Fig. 3 des États, chargés de négocier la neutralité du duché d'Aoste avec le roi de France en 1552 et en 1544. Il mourut en 1563, après avoir engendré d'une certaine Pernette Parlatta, :6.lle d'un nommé Pantaléon, un :6.ls naturel, nommé Jérôme, qui fut légitimé par lettres patentes du 13 mars 1582, sur l'instance de ses oncles Étienne, conseiller et médecin du duc de Savoie, et JeanGeoffroy, évêque de Belley. La succession de Jean Ginod fut assurée par un neveu homonyme, que nous appellerons Jean II et qui remplit les deux dignités de prieur de Saint-Bénin et à celle de prévôt de la cathédrale d'Aoste de 1563 à 1583, année de sa mort. Jean II fut remplacé dans ces deux charges par un cousin, du nom de Jean-Geoffroy (II), vicaire général du diocèse de Belley
pendant l'épiscopat de son oncle, qui s'appelait aussi Jean-Geoffroy WrJ. L'évêque de Belley joua un rôle important dans l'histoire valdôtaine : c'est pourquoi il est intéressant d'en évoquer les données biographiques principales. Il était le frère de Jean 1er : né peut-être à Aoste vers 1517, il était archidiacre de Tarentaise lorsqu'il fut nommé, le 9 octobre 1559, sénateur du Sénat de Savoie, qui venait d'être institué à Chambéry par le comte René de Challant, lieutenant général du duché, aux termes de l'édit du duc Emmanuel-Philibert du 12 aoüt précédent. En mai 1574 le duc le désigna à la présidence de la commission, instituée deux ans auparavant, chargée de rédiger le texte du Coutumier valdôtain, et le 6 juillet 1575 il se rendit à Aoste pour suivre personnellement les travaux et y demeura jusqu'en septembre. Le 15 octobre suivant il fut élu évêque de Belley, tout en gardant la charge de conseiller ducal et premier sénateur de Savoie, confirmée par lettres patentes le même jour. Malgré sa nouvelle charge, il continua de diriger la commission du Coutumier et séjourna plusieurs fois à Aoste, notamment en 1576 et en 1579. En 1580, étant tombé malade, il pria les commissaires de suspendre les travaux jusqu'à son rétablissement; il revint à Aoste l'année suivante, au mois d'août, mais les travaux de la commission ne reprirent qu'n octobre, car une seconde interruption avait été causée par la présence en ville du duc Charles-Emmanuel l"', qui venait de succéder à son père Emmanuel-Philibert. Les séances s'achevèrent au mois de décembre 1581 et le texte rédigé fut soumis, pour sa révision, à un comité formé de Ginod lui-même, du premier président du Sénat de Piémont Cesare Cambiano di Ruffia et de Guglielmo Gromis, auditeur de la Chambre des Comptes, qui présentèrent au duc leur relation finale en juin 1585.2 Le travail de Ginod lui valut l'estime et l'appréciation des Valdôtains, au point que le 29 juin de la même année, suite à la mort de Cesare Gromis (décédé le 25 juin), le chapitre de la cathédrale suggéra à l'Assemblée des États sa candidature à l'évêché d'Aoste: mais prévoyant le refus de l'évêque de Belley, cet organe proposa 2 Le texte définitif du Coutumier fut ensuite approuvé par l'Assemblée des États en septembre 1586 et édité en 1588 par l'imprimeur Louis Pomar, de Chambéry. Il
d'élever à l'épiscopat son neveu homonyme, prévôt d'Aoste et prieur de Saint-Bénin.3 Revenons donc à Jean-Geoffroy (II) : la proposition des États fut acceptée par le pape Sixte V, qui le nomma évêque d'Aoste le 16 juillet 1586. Il fut consacré le 14 décembre de la même année, probablement en la cathédrale de Belley, par son oncle et par les évêques de Grenoble et d'Embrun, et prit possession de son diocèse le 22 décembre. Son épiscopat ne fut pas marqué par des événements éclatants, si on excepte son rôle de protagoniste dans la translation des reliques de saint Maurice à Turin, la nouvelle capitale des États de Savoie (fortement voulue par le duc Charles-Emmanuel pour des raisons de prestige), et la décision du pape Sixte V de remplacer, dans la gestion prieuré de Nus (dont dépendaient la paroisse locale et celle de Saint-Vincent), les bénédictins de l'abbaye lyonnaise d'Ainay par les dominicains de Verceil : ce qui entraîna la pénétration du Saint-Office de !'Inquisition romaine en Vallée d'Aoste. " Les dominicains, précise Mgr Joseph-Auguste Duc, désiraient avoir, si ce n'est un couvent, au moins un hospice pour loger !'Inquisiteur et ses confrères dans leurs visites au diocèse d'Aoste. ,, 4 Jean-Geoffroy Ginod (II) mourut le 26 février 1592 à Aoste et fut enterré en la cathédrale, dans la chapelle de Saint-Grat. Les armoiries que Jean-Baptiste de Tillier attribue à l'évêque Ginod se distingue par un écu différent de celui des prévôts : aux armes de famille s'ajoute un champ d'or à l'aigle de sable, becquée, membrée et allumée de gueules (fig. 4). La raison de cette différence n'est pas connue :ils'agit peut-être des armoiries de sa mère, dont on ignore cependant l'identité ; mais l'aigle pourrait aussi attester la parenté avec d'autres familles Ginod ou Genod (Genoud suivant l'orthographe actuelle, empruntée à la prononciation dialectale en patois francoprovençal), dont l'existence est attestée dès le XVIème siècle en Chablais et au Valais. Ces différents clans familiaux homonymes ont en commun, en effet, la présence de l'aigle dans leurs blasons 3 L'évêque de Belley fit son testament le 9 avril 1604 et mourut le 10 août suivant. 4 J.-A. Duc, Histoire de l'Église d'Aoste, t. VI, Châtel-Saint-Denis 1911, p. 257. m
Fig. 4 respectifs, d'après les armoriaux régionaux : " Coupé, d'or à l'aigle de sable, et d'azur au dragon d'or armé et lampassé de sable " i " Coupé, d'or à l'aigle de sable becquée, languée et membrée de gueules, et d'azur au dragon d'argent, lampassé et armé de gueules, tenant un G d'or " i " Coupé, d'argent à l'aigle de sable et d'azur à l'écusson de gueules chargé d'un m
Fig. 5 GENOUD 1 GENOUD2 Fig. 6 m
arc d'or posé en bande, avec sa flèche en barre de même, le bec en chef " (figg. 5 et 6, tirées respectivement des armoriaux du Chablais et du Valais). Note bibliographique [P. -É. Duc ], Catalogue chronologique des prévôts de la cathédrale d'Aoste, dans " Annuaire du diocèse d'Aoste 1874 ", Ivrée 1872, pp. 35-43 A. DE FORAS, Armorial et nobiliaire de l'ancien duché de Savoie, vol. 3, Grenoble 1893, pp. 122-123 J.-A. Duc, Histoire de l'Église d'Aoste, t. VI, Châtel-Saint-Denis 1911, pp. 237-297 J.-B. DE TILLIER, Chronologies du duché d'Aoste, éd. par L. CoLLIARD du manuscrit de 1738, Pavane Canavese 1994, pp. 480 et 516-517 A. P. FRUTAZ, Le fonti perla storia della Valle d'Aosta, Roma 1966, pp. 315-316 J.-CL. MORAND, L. DUPONT, L. LACHENAL, L. MÜHLEMANN, Nouvel armorial valaisan, Saint-Maurice 1974, p. 117 A. LucAT, f ean-Geoffroy Ginod, dans Les cent du millénaire, Quart 2000, pp. 181-183 m
Patrik Perret LEMAÎTRE DU ROUGE POURPRE Aperçu d'art walser dans la Basse Vallée d'Aoste ~Patrik PERRET L a chapelle (fig. 1) du hameau de Gressoney d'Eckà (du walser Eck : angle, coin, recoin) est dédiée à Notre-Dame des Douleurs et à Saint Jean Népomucène (1349-1393). Voulue par Jean Luscoz - originaire des lieux - dans sa disposition testamentaire de 1657, elle fut construite une trentaine d'années plus tard par son fils Johannes Litschgi (v. 1658 - 1729), qui vivait alors Fig. 1. Village d'Ec'kà, photo Carlo Perret
Fig. 2. Chapelle d'Eckà, façade, photo de l'auteur à Bad Krozingen, dans le BadeWurtemberg, dans l'actuelle Allemagne du Sud. Les fresques de la façade et de la voûte (fig. 2) datent de 1727 et sont caractérisées par une déconcertante profusion de rouge pourpre, ce qui suggère le nom de leur auteur : le Maître du Rouge Pourpre. Alors que d'une part on aperçoit sur le plafond d'ogives croisées,inscritesdansdescadresmixtilignes en stuc, des fresques de Notre-Dame des Douleurs (fig. 3) ID Fig. 3. Chapelle d'Eckà, Notre-Dame des Douleurs, photo del'auteur
Fig. 4. Chapelle d'Eckà, Sainte Trinité, photo de l'auteur et la Sainte Trinité (fig. 4) et de l'autre, sur la façade au-dessus de la serlienne centrale se trouve une Annonciation (fig. 5 L qui s'inspire du modèle de l'artiste romain Giovanni Passeri (1654 - 1714). Le graveur Carlo Grandi la publiera dans le Missale Romanum de 1761 (fig. 6). Dans notre cas, on peut admirer un très beau vase de fleurs (surement cueillies dans les prés d'Eckà) situé au centre. Un peu plus bas, sur la gauche, on aperçu Saint François recevant les stigmates auquel correspond symétriquement, sur la droite, Fig. 5. Chapelle d'Eckà, Annonciation, photo de l'auteur m
Saint Antoine de Padoue. Au niveau inférieur, au centre de la façade, une niche abrite une Vierge d'Oropa chromatiquement inhabituelle, endessous de laquelle on peut lire en rouge pourpre, comme me signale l'Abbé Paolo Papone, l'inscription suivante : «Maria Mater Dei / [Filios Proteg]e Eius Anno 1727,, . A droite, nous trouvons Saint Jean l'Evangéliste en compagnie d'une mystérieuse sainte adorant le crucifix (peut-être, Sainte Brigitte d'Irlande). Sur la gauche on peut voir Saint Jean Népomucène, avec à ses pieds un cadran solaire usé à côté de l'épisode du Baptême du Christ (fig. 7), inspiré d'une gravure publiée dans Les exercices spirituels de S. Ignace , 'L . i . _i:[ l'1 r. <.L ifj Fig. 6. Annonciation, Giovanni Passeri, gravure de Carlo Grandi, Missale Romanum, 1761 Fig. 7. Chapelle d'Ecko, Saint Jean Népomucène et le Baptême du Christ, post 1729, photo de l'auteur m
de Loyola, fondateur de la Compagnie de [ésus, Anvers, 1673 (fig. 8). Les deux compositions ont été ajoutées successivement sur une couche de plâtre superposée à celle de 1727. Les retouches ont probablement été faites après 1729, année où le confesseur de Bohême (bienheureux depuis 1721) a été élevé aux honneurs des autels et, une fois devenu saint, promu co-patron de la chapelle. Les recherches de Tina Massironi Lisco montrent que si famille Luscoz/ Litschgi choisissait souvent le nom de Jean où Jean-Baptiste pour les nouveau-nés engendré avant 1729, en hommage au saint patron de Gressoney-Saint-Jean, cette tradition s'est tronquée au moment de la" découverte " de Saint Jean Népomucène, à l'époque très vénéré dans la région germano-bohémienne. L'ajout des deux fresques après 1729 pourraient donc officialiser, sur la façade de la chapelle familiale, le transfert courtois et symbolique des patrons familial De fc endit S _piYitLts Sa.11tas corpora i fpecic . [1cut·columb.iinipfam Lu<-J· 17!1· Fig. 8. Baptême du Christ, Les exercices spirituels de S. Ignace de Loyola, fondateur de la Compagnie de Jésus, 1673 d'origine juive Jean-Baptiste (dans l'acte de baptiser Jésus) et Saint-Jean l'Evangéliste, au nouveau patron germanique de la famille Luscoz/Litschgi, culturellement et ethniquement plus " proche " aux teutoniques walser de chez nous. Brusson Jusqu'à présent, je n'ai trouvé qu'un seul autre exemple iconographique de Saint Jean Népomucène en Vallée d'Aoste: celui de la façade du Miete Yonzo, l'actuelle bibliothèque municipale de Brusson (fig. 9). Dans cette élégante composition, dont on ignore l'auteur et postérieure à celle d'Eckà, on peut y aperce-
Fig. 9. Brusson, Miete Yonzo, Saint Jean Népomucène et Immaculée Conception, 1748 c. photo de l'auteur voir le pont Saint Charles de Prague d'où le saint aurait été jeté dans la Vltava glacée. À l'ensemble, s'oppose symétriquement l'Immaculée Conception adjacente. Dans le même bâtiment, un pilier voisin conserve quatre autres fresques de la même époque, bien de style plus populaire, relatant la date et le nom du commanditaire: «JEAN-ANTOINE LATELTIN I7 48". Sur les côtés ouest et sud se trouvent deux Vierges Noires : la Madone d'Eistiedeln (fig. 10), vénérée dans le plus important sanctuaire marial suisse (Canton de Schwyz), et l'autre celle d'Oropa, dans le Piémont Fig. 10. Brusson, Miete Yonzo, Madone di Einsiedeln, 1748, photo de l'auteur fil
vo1sm. Au nord et à l'est, on peut reconnaitre les saints patrons du commanditaire : Saint Antoine de Padoue, patron aussi du hameau de Pila où se trouve l'édifice, ainsi que Saint fean au pied de la Crucifixion avec la Vierge. Les Lateltin, famille walser de Gressoney, arrivèrent à Brusson peu après 1630, quand l'important carrefour alpin avait été désormais décimé par la peste, où ils achetèrent biens et marchandises à prix dérisoires aux quelques rescapés du fléau. Cent ans plus tard, avec les images de Saint Jean Népomucène de Bohême (comme à Eckà) et de la Madone Suisse-Allemande d'Einsiedeln, les Lateltin remémorent publiquement leurs liens ethniques, culturels et commerciaux avec l'univers germanique. Alors qu'avec la Vierge Noire d'Oropa, ils commémorent les liens spirituels entre leur peuple et celui de la vallée voisine de Biella. Fig. 11. Église de Fontaney, Baptême du Christ, 1726, photo de l'auteur Fig. 12. Église de Fontaney, Saint Martin et le pauvre, 1726, photo de l'auteur m
Pont-Saint-Martin Avant de travailler à Eckà, le Maître du Rouge Pourpre a peint en 1726 l'intérieur de l'église paroissiale de Fontaney à PontSaint-Martin, dans le cadre d'une modernisation esthétique d'un salon Renaissance en profit d'un style plus baroquisant et à la page. Les travaux de réaménagement de cette « cathédrale d'Aoste en miniature " furent financés par Joseph-Philibert de Pont-Saint-Martin ( t 1737) et son épouse Françoise-AngéliqueThérèse de Vallaise (1706 - 1764), arrière petite-fille des commanditaires qui l'avaient voulue deux-cent ans auparavant. À cette occasion, les trois premières paires de colonnes de la nef centrale, aussi carrées que le modèle d'Aoste, ont été " adoucies ", remodelées dans un style vaguement baroque et couvertes de fresques, en partie perdues, caractérisées par la tout autant abondante que familière couleur rouge pourpre. Fig. 13. Église de Fontaney, Antoine le Grand et Paul de Thèbes, 1726, photo de l'auteur Il est encore possible d'apercevoir, dans le premier pilier gauche, l'épisode du Baptême de Jésus (fig. 11) avec l'inscription «HIC EST QUI BAPTIZAT IN SPIRITU SANCTO» (Gn, 1,33), identique à celui d'Eckà et donc inspiré par la même gravure jésuite. Sur la deuxième colonne, d'un côté nous avons Saint Martin et le pauvre (fig. 12), déjà patron de la chapelle de l'ancien château qui surplombe le village, avec l'inscription : «S. MARTINUS CATECHEMENUS HAC ME VESTE CENTESI SEVERUNT SULPITIO IN VITA ANO 1726" et, de l'autre côté, les saints Antoine le Grand et Paul de Thèbes (fig. 13) : surmontés non pas par le classique corbeau qui fournissait quotidiennement de pain le moine
thébain, mais par la même colombe du Baptême voisin. Deux inscriptions sont présentes : en haut «HOSPITIS ANTE PEDEM QUAERIS QUOS VIXERIT ANNOS ANNONA PAULUS CONSPICE NOMEN HALET» et «DIVI EREMITARUM PRINCIPES PAULUS ET ANTONIUM LAN 1726,, en bas. Le même style, l'utilisation d'au moins un modèle en commun avec le cycle d'Eckà et l'important recourt au rouge pourpre en soulignent clairement la paternité. On doit avouer que ce dernier trait stylistique puisse aussi s'avérer le résultat d'une inattendue oxydation des pigments utilisés. 1. F. Moos L'inscription "I. F. Moos,, avec la couleur rouge pourpre habituelle, découverte par l'architecte Maria Giovanna Casagrande au cours des restaurations qu'elle à dirigées, sous l'aile extérieure droite du toit de la chapelle d'Eckà (fig. 14), pourrait évoquer la signature de l'auteur des susnommés deux cycles. Remarquons que ce nom de famille (en français:" mousse verte n) est aujourd'hui encore présent à Bad Krozingen, patrie d'adoption de Johannes Litschgi qui, né à Eckà, s'y installa aussitôt, accumulant une fortune considérable. Tout comme les Lateltin de Brusson, il acheta . , . , • Fig. 14. Chapelle d'Eckà, «!. F. Moos», photo de Maria Giovanna Casagrande m
des propriétés, marchandises et des commerces à la municipalité mise à genoux par les nombreuses guerres qui venaient récemment de prendre fin. En ce lieu, Johann Jacob (1695 - 1723), son fils aîné, fit construire une autre chapelle dédiée à Saint Jean Népomucène (comme à Eckà !) inaugurée en 1738. Dans le temple de Gressoney, le Maître du Rouge Pourpre s'est également essayé à la peinture de chevalet, avec quatre modestes huiles sur toile accrochées dans l'abside de la chapelle. La première est une Allégorie du Saint Sacrement (fig. 15), les Fig. 16. Chapelle d'Eckà, Saint Matthieu, photo de Tina Massironi Lisco Fig. 15. Chapelle d'Eckà, Allégorie du Saint Sacrement, photo de Tina Massironi Lisco m Fig. 17. Chapelle d'Eckà, San Luc, photo de Tina Massironi Lisco
autres trois représentent les évangélistes : un distrait Saint Matthieu laissant tomber son évangile suite à 11 apparition de 11 Ange (fig. 16), Saint Luc en compagnie d'un docile petit veau évoquant son symbole, le taureau (fig. 17) et l'élégant Saint fean (fig. 18), certainement le plus réussi, au visage si détaillé que l'on pourrait croire à un portrait de jeunesse de Johannes ou de son fils Johann Jacob Litschgi mort prématurément ou, qui sait, de l'artiste Moss lui-même. Fig. 18. Chapelle d'Eckà, Saint Jean (fohannes Litschgi ou fohannes Moos !}, photo de Tina Massironi Lisco m
Pour conclure : le Maître du Rouge Pourpre, alias "I. F. Moos" (Johannes F. Moos ?L devait être un artiste itinérant, né où s'étant formé dans le sud de l'Allemagne, probablement dans la région de Bad Krozingen, et actif dans la Basse Vallée d'Aoste depuis 1726. Les contacts avec les Luscoz/Litschgi ont certainement été facilité par les communes fréquentations germaniques. Reste à résoudre comme sa première commande lui vient des seigneurs de Pont-Saint-Martin, relation dont cependant nous ne disposons d'aucune preuve d'archive. Ainsi, ce peintre au trait de pinceau populaire, à la main parfois naïve et enclin à l'utilisation d'estampes ailleurs démodées a néanmoins su se faire un nom - aujourd'hui malheureusement oublié! - dans le modeste milieu artistique de notre Basse Vallée au début du XVIIIème siècle. Et c'est bien pour cette raison qu'il mérite toute notre attention et notre respect. Bibliographie Séraphin-Bruno Vuillermin, Brusson notices historiques, Turin, 1985; Jean Domaine, Le cappelle della diocesi di Aosta, Aoste, 1987; Tina Lisco, I Litschgi-Lisco voci dal passato: quattrocento anni di ricordi, copyright 2011; Patrik Perret, La chiesa di Fontaney Pont-Saint-Martin "Copiare per credere", Aoste, 2015. m
/ CENTRE D'ETUDES ABBÉ TRÈVES "La Montagne à Venir": Les Bois de la Vallée d'Aoste, la filière du bois :ressource économique et gestion environnementale -<> Laura GRIVON V endredi le 13 décembre 2019, auprès du Centre d'Études Abbé Trèves d'Emarèse, à l'intérieur du cycle " La Montagne à Venir ", s'est tenue la conférence Baschi della Valle d'Aosta, Filiera del legno : risorsa economica e gestione ambientale. Elle a vu la participation de différents acteurs de ce domaine : Albert Chatrian, assesseur à l'Environnement, Ressources naturelles et du Corps forestier de la région Vallée d'Aoste; Flavio Vertui, responsable du Département des ressources naturelles et du Corps forestier de la Vallée d'Aoste; Federica Pozzi, présidente de l'Ordre des docteurs agronomes et docteurs forestiers de la Vallée d'Aoste; Giacinto Ronco, entrepreneur forestier; Piergiorgio Terzuolo, responsable du secteur technique forestier et de l'Institut pour la biodiversité des arbres et des bois du Piémont. Après les salutations institutionnelles le syndic de la commune d'Emarèse, Lucina Grivon, a expliqué comme la région Vallée d'Aoste, comme du reste les autres réalités de montagne, est actuellement en train de s'interroger sur l'opportunité de réaliser une filière du bois qui puisse valoriser au point de vue économique cette ressource importante, utilisée jusqu'aujourd'hui principalement pour le chauffage et en partie dans les secteurs du bâtiment et de l'artisanat. Elle pourrait, en effet, interagir avec les autres filières productives présentes sur nos territoires, comme l'agroalimentaire et l'élevage, en donnant ainsi lieu à des retombées économiques importantes, en particulier pour les communautés des communes de moyenne montagne, qui ED
ne pouvant proposer une offre touristique de haut niveau, pourraient ainsi bénéficier du développement d'une filière du bois. Par la suite la conférence a été introduite par le Vice-président du Centre Abbé Trèves, Franco Trèves, surintendant du Corps forestier régional, qui a d'abord rappelé que l'attention envers les territoires de montagne, en bonne partie occupés par le bois, était au centre de l'activité de l'Abbé Trèves - celui-ci en effet consacra sa vie au soutien de la vie des personnes vivant en ces aires défavorisées - et que l'installation du petit musée aménagé en son honneur a été conçue pour représenter les éléments naturels caractérisant les montagnes : les sommets, les arbres, les prés et l'eau. Ensuite il a présenté la situation actuelle des forêts en Vallée d'Aoste, en soulignant que depuis le deuxième aprèsguerre jusqu'à aujourd'hui la gestion des bois a été effectuée par l'administration régionale à travers les piani economici suivant une perspective de conservation. Cela a fait qu'actuellement dans nos forêts il y a un bon nombre d'arbres d'œuvre ayant un potentiel économique remarquable. En outre il a remarqué comme la forêt ne cesse de coloniser les terres autrefois cultivées et cultivables et d'avancer ainsi vers les villages. Une proximité qui représente un danger et pour les incendies éventuels et pour la présence de la faune sauvage, tels que les prédateurs comme le loup à nouveau présent dans nos territoires. Cependant la gestion de ces espaces représenterait au même temps un atout, car l'on pourrait récupérer une quantité importante de bois pour le chauffage (à bois, à pellets, à copeaux). Il a donc expliqué que par cette conférence l'on entendait faire le point sur la situation de la filière du bois dans notre région. Particulièrement intéressante nous a paru la communication de Flavio Vertui, qui en partant d'un bref excursus historique a présenté la situation actuelle des forêts et de la filière du bois de la Vallée d'Aoste. Il a d'abord rappelé comme au cours des siècles les bois ont été toujours exploités, en particulier à partir du Moyen Age. L'on défrichait la forêt pour disposer de nouvelles terres à cultiver et pour pâturer le bétail ; on coupait le bois pour le chauffage et pour construire les maisons; son écorce était utilisée pour le tannage des peaux. En outre, était très diffusée la récolte de la térébenthine obtenue en pratiquant de grandes incisions sur le tronc des arbres résineux. Il m
suffit de penser qu'en 1786, dans le seul Duché d'Aoste, l'on en recueillit officiellement 288 quintaux, une quantité donc décidément importante. La présence de nombreuses tcharbonéire (lieux où l'on obtenait le charbon) dans nos forêts est un témoignage de l'intensité de leur exploitation et nous indique aussi qu'elles atteignaient donc une altitude plus élevée par rapport à aujourd'hui. Vu l'exploitation importante des forêts, une réglementation des activités se rendit nécessaire. Des premières tentatives avaient déjà été faites à partir du xrne siècle et plus tard, dans le Coutumier du Duché d'Aoste de 1588. Cependant le Duc dut intervenir personnellement en 1755 avec un Édit sur les bois et le forêts: (( Les abus(. .. )la coupe mal dirigée des bois de toute espèce et de toute grosseur (. .. )le dépouillement continuel des arbres (. ..)l'incision(. .. )pour en tirer la poix et la térébenthine(. ..) sont venus à un tel point, que la plus grande partie des forêts est détruite, la Province manque de bois et qu'elle s'en trouvera tous les jours plus dépourvue(. .. ) "· Par cet édit le duc ordonna aussi un recensement des forêts du Duché, qui fut effectué en 1759, d'après lequel en y résultèrent environ 58.000 hectares. ettari 97975 100000 86550 90000 75000 80000 66150 70000 60000 50000 _MlO 40000 25000 30000 20000 10000 0 anno 1759 anno 1850 anno 1864 anno 1962 anno 1974 anno 1994 anno 2011
D'après le tableau l'on voit que les forêts ont diminué jusqu'à la moitié du xrxe siècle et qu'après elles n'ont cessé d'augmenter. En 2011 elles occupent, selon la définition de bois considérée1, entre 94.000 ou 98.000 hectares, soit entre 30% du territoire et 49% de la surface utile. Or, cet espace doit être géré de manière responsable et durable, car les forêts ont de multiples fonctions. Elles ont d'abord une fonction de protection : leur rôle est en effet essentiel dans la lutte contre les dangers naturels, tels que les avalanches, les chutes de pierres, les coulées de boue et les glissements de terrain, sans compter qu'elles règlent le processus de la fixation du dioxyde de carbone, fondamental à la vie. De plus, en offrant l'habitat naturel à d'innombrables plantes et animaux et constituant ainsi un réservoir précieux de la biodiversité, elles ont aussi une fonction environnementale. Enfin, non négligeable non plus est leur fonction sociale : avec leur dimension paysagère, leurs espaces non contaminés, elles sont devenues, de nos jours 1 Selon D.Lgs 227/2001 (couverture minimale de 20%) : 93.930 ha ; selon FRA2000 (couverture de 10%): 97975 ha. El
Forêt non gérée surtout, un lieu idéal pour la pratique de nombreux loisirs, sans compter les bienfaits sur la santé. De là l'importance de préserver l'équilibres des écosystèmes. Considérant qu'environ 98.000 hectares de forêt représentent 17 ml de mètres cubes de bois, l'on a estimé que en une période de quinze ans on pourrait en couper, tout en garantissant l'équilibre de l'écosystème, jusqu'à 4 ml de mètres cubes (soit environ 177.000 m3 par an) sur une surface accessible de 103.000 m3 . Aujourd'hui on en tire seulement 15.000 m3 par an, soit 15% de la surface accessible. L'on comprend donc bien qu'elles représentent une ressource importante de développement économique et de l'emploi et voilà que l'on arrive à une autre importante fonction des forêts, la fonction économique. La gestion des bois est actuellement effectuée directement par les chantiers forestiers ou par des entreprises mises en adjudication, soit donc par le secteur public, mais, comme Vertui l'a bien souligné, une plus grande implication du particulier est souhaitable. L'assesseur Albert Chatrian a ainsi porté l'attention sur les financements prévus par Plan de développement rural (2014m
2020), financé par l'Union Européenne2 , qui vise d'un côté à encourager une gestion durable des forêts, à leur conservation et à leur valorisation et de l'autre côté à augmenter la compétitivité du secteur et au développement de la filière forêt-bois qui veut encourager l'utilisation de cette importante ressource renouvelable à des fins énergétiques aussi et encourager l'initiative privée dans ce secteur. Les aides financières européennes sont décidément importantes : entre 2016 et 2019 la disponibilité était d'environ 4.800.000 euros. Les contributions accordées pour les années 2016 et 2017 ont été au total environ 350.000 euros. L'on peut en déduire qu'il s'agit d'un secteur ayant tous les atouts pour un fort développement. Pour 2020 la disponibilité financière est d'environ 1.600.000 euros. Par la suite, Federica Pozzi, présidente de l'ordre des docteurs agronomes, a illustré le T.U.F.F. (Testa unico in materia di fores te e filiere forestali / Texte unique en matière de forêts et filières forestières) approuvé le 3 avril 2018. Ce texte de loi, composé de dix-neuf articles, cherche enfin à uniformiser les normatives déjà en vigueur dans les différentes régions italiennes et vise à la valorisation des capacités de production et de protection des forêts, au développement des filières locales et de la sylviculture. Elle a particulièrement insisté sur l'article 12 qui établit que les administrations régionales peuvent confier, dans des cas établis, la gestion des surfaces forestières à des entreprises, à des coopératives, à des consortium, à des sujets publics ou encore à des particuliers. Ce qui répond en effet à l'exigence souhaitée d'une plus grande initiative privée dans ce secteur. Giacinto Ronco, entrepreneur forestier d'Issime, est donc intervenu pour partager son expérience. Il a souligné en particulier qu'une plus forte collaboration entre les différents acteurs serait essentielle, tout comme la création d'un centre de stockage du bois unique pour toute la région, ce qui en faciliterait la commercialisation. Enfin, Pier Giorgio Terzuolo a présenté la situation des forêts au Piémont et l'activité de l'Institut pour la bio-diversité pour les arbres à bois et l'environnement. 2 PSR 14-20: Programma di sviluppo rurale (2014-2020); FEASR:Fondo europeo agricolo di sviluppo rurale; settore forestale.
Ce qui a clairement émergé tout au long des différentes communications est que la forêt constitue un enjeu d'avenir pour notre région par son potentiel économique et non seulement. Une gestion durable de ce patrimoine est en effet un enjeu qui va bien au-delà des confins régionaux ou nationaux, il s'agit d'un enjeu essentiel pour l'Europe. Ce n'est pas un hasard, en effet, que l'Assemblée générale des nations unies ait souligné l'importance de la gestion durable des forêts et mis en place une politique de soutien de ce secteur à travers le plan de développement rural. m
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A 150 VALDOTAINS ET AMIS DE LA VALLÉE D1 AOSTE / SE SONT RETROUVES LE / 15 DECEMBRE 2019 POUR / / CELEBRER LE TRADITIONNEL ARBRE DE NOËLDEL'UNION VALDÔTAINE DE LYON UNION VALOÔTAINE * Alain TAVANO-BLANC PRÉSIDENT DE L'UNION VALDÔTAINE DE LYON ne assemblée multigénérationnelle composée de Val- u dôtains d'origine et d'amis, âgés de 4 à 92 ans, venus en famille dont plusieurs étaient composées de trois générations, avec entre autres celle de notre ancien président, Louis Pellu. Certains avaient fait le déplacement depuis la Normandie, Lausanne en Suisse... Étaient également présentes une délégation de l'Union Valdôtaine de Paris et de l'Association des Levalloisiens d'Origine Valdôtaine composée de leur président, vice-président et trésorier, Jean-Baptiste Pedretti, Bernard Dayné et Pierre Bich. Assemblée multiculturelle, le président du Groupement des Provinces Françaises, Gérard Marone dont l'Union valdôtaine de Lyon est membre active depuis trois ans, a pris la parole pour rappeler les liens de solidarité et l'esprit de fraternité qui unissent les quinze associations fédérées au G.P.F. Etaient présents parmi nous nos cousins et adhérents de La m
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Savoisienne Philanthropique avec à leur tête leur président Bruno Dumont, ainsi que ceux de l'amicale des Savoyards de Lyon, Le Mattafan, menée par leur présidente Marie-Hélène Mollion. Ce qui a permis au président Alain Tavano-Blanc de rappeler les liens historiques qui unissent nos deux régions depuis le XVIe siècle. Le président de l'Escola Chabatz d'Entrar, Monsieur Paul Raynal, était également présent, ainsi que des représentants du Fogolar Furlan de Lyon et de la Maison des Italiens. Nos amis polonais étaient là avec à leur tête leur président Henri Stecki, ainsi que des membres de la confrérie oenogastronomique C.Q.N.J.P.S., confrérie qui a fait un voyage en Vallée d'Aoste en juin 2019 en même temps que le voyage de nos adhérents. Nous étions, à ce moment-là, près de 100 lyonnais présents sur le territoire valdôtain, un record. Le comité des fêtes de la ville de Lyon était représenté par deux de ses dignitaires. Venant de vallée d'Aoste une délégation de six personnes représentait les autorités administrative, politique et culturelle de notre petite patrie avec à sa tête Chantal Certan, assesseure m
régionale à l'éducation, à l'université et aux politiques éducatives, qui représentait le gouvernement valdôtain et Luigi Vesan, conseiller-secrétaire, représentant de la présidente du Conseil de la Vallée ainsi qu'Alessandro Celli, président du Comité des Traditions Valdôtaines et de la fondation Emile Chanoux. Enfin nous avons eu l'honneur et le grand plaisir d'accueillir Monsieur Pierangelo Cammarota, Consul Général d'Italie, son épouse et ses enfants, venus faire la connaissance de notre communauté et partager avec nous un grand moment de convivialité. Lors des interventions des différentes personnalités il a été souligné, entre autres, l'esprit de renouveau, d'ouverture et de fraternité qui caractérise aujourd'hui l'Union valdôtaine de Lyon qui, tout en continuant à promouvoir nos traditions et notre culture ancestrale, ne vit plus repliée sur elle-même, comme le prouve tous les liens d'amitié qui se sont développés ces trois dernières années, ainsi que la cinquantaine de nouveaux adhérents dont un nombre conséquent de jeunes adultes et les 150 personnes présentes à notre arbre de Noël. m
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