ad LE FLAMBEAU Revue du Comité des Traditions Valdôtaines - 0.n.1.u.s. "Maneat domus donec formic<l aequora bibat et lema tcstudo totum perambulet orbem" (graffiti du château de Fénis} Dans ce numéro Alessandro Celi Éditorial La Rédaction La mémoire de l'émigration La Clicca La Clicca : entre manifestations, anniversaire et saison culturelle Perrin Joseph-Cesar La Vallée d'Aoste se meurt ' Kurbanova-Ilyutko Camilla Description phonétique du français parlé en Vallée d'Aoste Remacle Lo Sapél Perret Patrick Le Beffroi de Bruges à Issogne Cossavella Cesare Vallée d'Aoste d'antan : voyage à travers les cartes postales anciennes Joseph Rivolin Aoste: le sauvetage des archives des notaires en 1923 Stevenin Jolanda Quand les paroles font la ronde Meynet Les Touscoz Poètes du Terroir 3 6 9 14 19 33 59 65 75 80 86 94
RAM ad LE FLAMBEAU Rédaction et Administration COMITÉ DES TRADITIONS VALDÔTAINES 3, rue de Tillier - 11100 Aoste Tél. +39 0165 36 10 89 (comitedestraditions@gmail.com) (ouvert le mardi de 1Oh à llh30; le samedi de lüh à llh)) DIRECTEUR RESPONSABLE Joseph-Gabriel Rivolin -jrivolin@gmail.com Tél. +39 349 309462.6 COMITÉ DE RÉDACTION Rédacteur en chef Laura Grivon -loflambo@gmail.com Rédacteurs 67' année -n° 249 1/2020 Alessandro Celi, Joseph-César Perrin, Joseph-Gabriel Rivolin, Enrico Tognan COTISATION ANNUELLE AU COMITÉ DES TRADITIONS VALDÔTAINES Italie : € 25,OO Europe : € 30,00 Autres pays:€ 35,00 Cette cotisation annuelle donne droit à l'envoi de notre revue trimestrielle Le paiement peut être effectué : - au siège du C.T.V. 3 rue De Tillier à Aoste, aux jours et heures indiqués; par versement sur le compte courant postal n°10034114 au nom du Comité des Traditions Valdôtaines, 3, rue De Tillier 11100 Aoste; par virement bancaire - !BAN : IT 33 V 02.008 01210 000002545815 BIC/SWIFT: UNCRITMlCCO Les sociétaires demeurant hors d'Italie peuvent verser la cotisation par mandat postal international, ou par virement bancaire au nom du Comité des Traditions Valdôtaines, 3, rue De Tillier, 11100 Aoste. Pour les payements en chèques sur des banques à l'étranger, il est nécessaire d'ajouter 10 euros pour les frais bancaires. Enregistrement Tribunal d'Aoste n° 7/75 du 31.07.1975 Les manuscrits non publiés ne sont pas rendus Les opinions émises par les auteurs des articles n'engagent ni la rédaction du "Flambà" ni le C.T.V. Impression . Musumeci S.p.A. 97, Région Amérique - 11020 Quart (Vallée d'Aoste) Tél. +390165 761111 Avis aux destinataires du Lo Flambô-Le Flambeau J;;s FSC www.rsc.org MIXTE Papier Issu de sources responsables FSC" C102788 Aux termes de la loi n° 196/2.003 nous vous informons que vos dmrnées personnelles figurent dans la liste des adresses du Comité des Traditions Valdôtaines, titulaire du traitement y afférent, et que pour exercer le droit que vous avez de les modifier, de les actualiser ou de les supprimer vous pouvez nous adresser à tout moment un courrier postal à l'adresse suivante Comité des Traditions Valdôta.ines - 3, me Jean-Baptiste de Tillier - 11100, Aoste. Il
/ EDITORIAL Chère Sociétaire, Cher Sociétaire, ~ LE PRÉSIDENT DU COMITÉ ous commençons à sortir d'une pandémie qui a bouleversé nos N vies et nos habitudes, tandis que ses conséquences ne sont pas encore prévisibles de façon certaine. En conséquence, l'incertitude règne et vient s'ajouter aux difficultés dont la Vallée souffrait déjà auparavant : à ce propos, je conseille la lecture de l'article que Joseph-César Perrin nous offre, avec sa précision habituelle, une réflexion sur l'histoire de la Vallée d'Aoste, sur les erreurs des Valdôtains et sur la façon d'y remédier. Je désire ajouter quelques pensées à ses paroles. Avant tout, une constatation : s'il est vrai que les Valdôtains en leur Patrie n'ont pas donné de grands exemples de capacité d'entreprise, il est également vrai que dans les Pays d'émigration - à l'étranger et en Italie - l'habitude au travail, la résistance au labeur et à la frugalité ont permis à nombreux Valdôtains d'atteindre de positions importantes et de créer des véritables fortunes. Le Valdôtain n'est donc pas inférieur dans ce domaine, au contraire, quand il est libre des contraintes, il sait exprimer des capacités qui ne sont pas inférieures à celles des autres entrepreneurs. C'est ainsi naturel de poser une question, qui indique en même temps un problème à résoudre : quelles sont les contraintes qui ont empêché et, peut-être, empêchent encore le plein essor d'une Vallée d'Aoste économiquen1ent autonome, donc vraiment valdôtaine? Les réponses pourraient être nombreuses et différentes - le centralisme étatique, la dépendance des grandes sociétés des villes de la plaine, l'immigration -mais ce n'est pas le cas d'en dresser une liste et déclencher un débat sur l'importance ou l'exactitude de l'une ou de l'autre ou, pire, de chercher un bouc émissaire auquel adresser une responsabilité qui, bien au contraire, est aussi collective. À mon avis, c'est plutôt le bon moment pour reconnaître les erreurs, les jalousies et les égoïsmes qui déchirent souvent la communauté valdôtaine, afin de tourner la page et reprendre en main notre avenir. Pour ce faire, il faut avant tout identifier nos priorités, en tenant Il
compte tant des caractéristiques de la Vallée d'Aoste que des tendances nationales et internationales. Prenons comme exemple l'un des cas proposés par M. Perrin, celui de la vente des terrains agricoles aux spéculateurs du bâtiment. Déjà Émile Chanoux, dans son roman L'appel de la race, écrit dans les années Vingt, dénonce la vente d'un bois par appât d'argent facile, entraînant la ruine d'une communauté de village. Le problème de la propriété de la terre, de son emploi rentable, de la sauvegarde de l'environnement et des liens communautaires était à la une il y a un siècle comme aujourd'hui, mais les conditions ont changé dans le temps. Hier, la priorité était la conservation de l'économie du village, fondée sur l'agriculture de survie; aujourd'hui, la survie de l'agriculture - et par là de la Vallée d'Aoste et de son paysage - dépend d'une agriculture offrant des produits uniques, exprimant la particularité du territoire dans une variété capable à satisfaire la curiosité et le goût des touristes. Car il est indispensable de reconnaître que la Pontine et, avec elle, l'élevage des bovins ne sont plus suffisants à soutenir le secteur et en assurer le développement, comme le ski d'hiver ne peut plus représenter l'offre touristique principal dans une Italie - et une Europe - où la crise économique ne permettra plus une capacité de dépense comparable à celle précédente. Certainement, la Vallée d'Aoste est déjà acheminée en cette direction et des exemples positifs, parfois courageux, ne manquent pas, ainsi que la réflexion dans ce domaine, comme le démontre le travail remarquable du Centre d'études Abbé Trèves d'Émarèse. La même réflexion peut concerner la langue française : non seulement elle est la langue historique de la Vallée d'Aoste et le fondement de l'autonomie, elle est aussi un outil indispensable pour le commerce et le tourisme, deux piliers de l'économie locale. A ce propos, j'aime rappeler le cas du Land allemand de la Saar, deux fois occupé par la France dans l'espace de trente ans (1918 et 1945), mais toujours rentré volontairement dans l'État allemand (plébiscite de 1935 et réferéndum de 1954). Malgré ce passé tourmenté, le gouvernement de la Saar a lancé, il y a quelques années, un projet ayant pour but de rendre bilingue la prochaine génération des habitants du Land. La motivation de cette décision réside dans les liens économiques transfrontaliers, qui conseillent d'améliorer les compétences linguistiques en français de la population tout entière pour renforcer les perspectives de croissance. Le même raisonnement n'est-il pas valable pour la Vallée d'Aoste? La position de la Vallée d'Aoste, aux confins de France et Suisse romande, impose la connaissance du français au-delà de toute autre considération et ce qui continuent à s'opposer à cette Il
réalité démontrent ne pas vouloir l'épanouissement de notre région et de ses habitants. Commençons, alors, à reconnaître les objectifs à atteindre et en préparer la liste, choisissant ceux qui doivent être atteints les premiers dans l'intérêt de tous et non pas de quelques-uns seulement. CONVOCATION DE L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE Aoste 03 juillet 2020 Concerne : Convocation de l'Assemblée Générale Chère adhérente, cher adhérent, L'Assemblée Générale ordinaire, prévue par nos statuts et qui a dû être renvoyée à cause de la pandémie, est convoquée Vendredi 28 août 2020 au siège de la Clicca de Saint-Martin-de-Corléans, rue de Paris 198, 111OO Aoste, à 9 heures en première lecture et à 18h00 en seconde lecture, avec le même ordre du jour. Je vous rappelle que pour prendre part aux votes chaque sociétaire doit être à jour de sa cotisation annuelle ; si vous ne pouvez pas assister à l'Assemblée, vous pouvez donner votre procuration à un autre membre du CTV (art. 7 des statuts) en remplissant le formulaire ci-dessous. D'après nos statuts, chaque sociétaire ne peut accepter qu'un maximum de trois procurations. Veuillez agréer, chère adhérente, cher adhérent, au nom du Conseil de Direction et à mon nom personnel, l'expression de nos salutations les plus cordiales. PROCURATION Le Président Alessandro CELI Je, soussigné ~~-~-------~--------~ donne pouvoir à M.,Mme________________ de me représenter à l'assemblée générale du C.T.V. convoquée pour le 22 mars 2020. signature Il
La mémoire del'émigration LES V ALDÔTAINS DANS LE MONDE (Hier et aujourd'hui) C / est un projet, celui-ci, né pour étudier et illustrer un phénomène marquant de l'histoire récente de la Vallée d'Aoste qui a touché en profondeur toutes les familles valdôtaines. Il n'existe pas, en effet, une seule famille valdôtaine qui n'ait pas eu, parmi ses membres, des émigrés. L'émigration existe depuis toujours ; la grande différence est que si dans les siècles les plus reculés elle avait un caractère ~ LA RÉDACTION Dans le cadre du projet tA MÉMOlRE DE L'EMIGRATION LES VALDÔTAINS DANS LE MONDE J/l~r ~I {Jour dt hui saisonnier, dans le sens que les jeunes gens partaient au début de l'été pour rentrer chez eux à l'automne, à partir de la fin du XJXème siècle, l'émigration assume, de plus, en plus, un profil de permanence. Les jeunes partent, comme d'habitude, mais ne rentrent plus ; ils restent sur les lieux qui ont choisi, là où il y a tu travail, pour des lustres, des décennies, voire pour toute leur vie. Pourquoi ce choix radical ? Les raisons sont multiples. D'un côté, les effets de l'Unité italienne commencent à se manifester d'une façon plus évidente. La Vallée d'Aoste est désormais un véritable cul-de-sac. Les nouvelles frontières sont un obstacle important pour le commerce des produits valdotains qui trouvait en Valais et en Savoie ses principaux marchés. De l'autre l'état d'indigence de plus en plus marqué qui vient de s'installer chez nous. L'émigration est donc une réponse, la seule probablement possible à cette époque. Il
À la fin du XIX.ème siècle les Valdôtains partent en masse. Les destinations privilégiées sont la Suisse, la Belgique et, surtout, la France, mère nourricière pour des générations de Valdôtains. La langue commune, le français, joue un rôle fondamental, hier comme aujourd'hui d'ailleurs, car, même de nos jours, cette langue est un atout pour nos jeunes émigrés. Les Valdôtains sont reconnus comme des Savoyards, parlent français, notre français, le francovaldôtain, et, en principe, les portes s'ouvrent plus facilement. Ils sont appréciés aussi pour leur volonté ; ils n'ont pas peur de travailler. Ils sont aussi capables d'évoluer car l'esprit d'entrepreneur ainsi que l'esprit d'autonomie dont les Valdôtains sont porteurs inconscients depuis toujours est bien exploité par ces jeunes. Puis, ce fut le tour des Amériques et, notamment, des Etats-Unis. Ce sont plus de 3.000 les jeunes qui partirent et la plus grande partie s'en alla de 1900 à 1915, au début de la première guerre mondiale. Un tiers des ceux-ci, grosso modo, s'est installé définitivement sur le sol américain. L'exposition présentée à la Bibliothèque régionale d'Aoste, qui précède la création d'un futur Musée régional de l'émigration, est le fruit concret de la collaboration entre la Région Autonome de la Vallée d'Aoste et les sociétés culturelles valdôtaines. Le groupe de travail se compose, en fait, de nom- • Avec la collaboration des associations culturelles suivantes : fi~~ ~ _ç,_ !l:~;p Q t ~.l,,, ;::~~.= -~ œ LA MÉMOIRE DE L'ÉMIGRATION
breuses sociétés qui collaborent activement avec les représentants de l'administration régionale. C'est un résultat intéressant qui démontre, encore une fois, qu'il est vrai, comme il est vrai, que c'est l'union qui fait la force, et que toutes ces sociétés sont porteuses d'une grande richesse culturelle. Cela, malgré les énormes difficultés auxquelles doivent faire face et le manque de ressources financières. Il faut ajouter aussi qu'elles sont encore début grâce exclusivement aux nombreux bénévoles, personnes qui agissent pour leur libre choix personnel, sans autre finalité que celle de maintenir vivant notre patrimoine et notre identité valdotaines. C'est justement dans ce cadre général que le Comité des Traditions Valdôtaines a adhéré au projet sur l'émigration. L'un des nombreux panneaux de cette exposition porte en fait le logo du CTV. Il est consacré aux Valdôtains qui ont décidé de partir pour le Colorado où ils ont formé une colonie importante, inférieure seulement à celle qui s'est établie à New-York. Ils furent plus de 600 les jeunes qui peuplèrent ce lointain état américain dont la morphologie rappelle, cependant, la morphologie valdôtaine, entourée par des montagnes. La plupart étaient originaires de la Comba-Fréide. Plus de 600 personnes c'est la taille moyenne d'une commune valdôtaine moderne i il s'agit, donc, d'un chiffre non négligeable. Il
LACLICCA: ENTRE MANIFESTATIONS, ANNIVERSAIRE ET SAISON CULTURELLE '*LA CLICCA 019 fut, pour le groupe folklorique de la Clicca de Saint- 2 Martin-de-Corléans, une année riche d'initiatives et d'activités. Dignement célébrés les 60 ans de la fondation, le groupe a pris part à plus de 40 manifestations, dont, quelquesunes, en France et en Suisse. Parmi celles-ci, l'une des plus emblématiques fut la participation au Rassemblement des émigrés valdôtains, organisé à Séez, commune de la Haute-Savoie, par Mme Jacqueline DavidViérin, présidente de l'Association Valdôtaine de Savoie; il fut une belle retrouvaille à l'enseigne de l'allégresse en compagnie de ces Valdôtains de l'extérieur. L'accueil fut émouvant. L'église était bourrée de gens et les personnes ont apprécié le spectacle proposé par le groupe qui racontait la vie des paysans valdôtains. La Clicca s'est ensuite rendue à Séez à l'occasion du Pass' Pitchü, la traditionnelle rencontre consacrée à la réouverture du Col du Petit-Saint-Bernard qui se déroule au mois de juin et qui, en principe, attire l'attention des habitants des deux lieux des versants ainsi que des touristes. Au printemps, le groupe a pris part à la soirée organisée par le CTV à Aymavilles en honneur de Raymond Vautherin, grand défenseur du patois. L'école valdôtaine et, dans les détails, l'institution Saint-Roch d'Aoste a joui, finalement, de toute l'attention du groupe pour valoriser autant que possible le folklore. Il faut aussi mentionner l'essai final du cours d'accordéon organisé en collaboration avec Barbara Matteucci auquel ont pris part quarante personnes.
La Clicca a participé à l'Assemblée Régionale de Chant Choral de la Vallée d'Aoste, au début de la saison estivale, à la fête de la Fondation Ollignanonlus, qui démontre, par ailleurs, l'engagement du groupe dans le domaine du social. Au mois de juin, le groupe a souhaité la bienvenue en Vallée d'Aoste aux amis de l'Union Valdôtaine de Lyon. Pendant l'été, la Clicca a pris part à de nombreuses manifestations un peu partout et, notamment, en Vallée d'Aoste mais aussi en Ligurie, en province de La Spezia, à l'occasion de la fête du grain, et à Flumet, en Val d'Arly, pour la fête de !'Attelage avec groupes folkloriques et fanfares provenant de France. L'automne aussi fut très satisfaisant. Le groupe a participé à la Désarpa de Valtournenche, au Retour des Alpages d'Annecy et à la finale régionale de la Bataille de Reines. Toujours durant l'automne la Clicca a fêté dignement le 30° anniversaire de la fondation de la Section Enfants ainsi que la première participation à la Saison Culturelle organisée par la Région Autonome Valdôtaine pour 2019/2020. La Clicca enfants: 30 ans La Section juvénile du groupe est née il y a 30 ans sous l'impulsion des frères Vigna, Sandra et Claudio, afin de transmettre, autant que possible, la passion pour la tradition et le folklore. L'école valdôtaine fut, dès le début, l'une des cibles privilégiées. Grâce à des accords avec les écoles de la Ville d'Aoste, le groupe a réussi à convoiter l'attention de quelques soixante-dix éléments. Ce qui a permis au groupe de proposer, tout le long de ces derniers trente ans, ses danses et sa musique au cours de nombreuses manifestations. Au total, ils sont plus de deux cents les enfants qui ont porté, avec orgueil, le célèbre costume de la Clicca. C'est une nouvelle excellente celle-ci, surtout de nos jours, car il s'agit d'une période difficile; la tradition, en général, est plutôt mal perçue par les plus jeunes. Il fallait, donc, célébrer dignement cette réussite. Ce que le groupe a fait durant le mois de novembre à l'occasion de la traditionnelle fête patronale du quartier de Saint-Martin-de-Corléans, quartier historique de la Clicca. Pendant deux jours la fête fut adressée d'une manière exclusive à nos jeunes. m
Rassemblement des émigrés valdôtains à Séez, organisé par les amis de ]'Association Valdôtaine de Savoie. Les groupes d'enfants qui ont participé à la soiréee « La Clicca enfants: 30 ans », parmi lesquels un groupe folklorique provenant de Suisse. m
On a finalement récupéré la Badoche di Petchou, abandonnée, hélas, depuis plusieurs années, qui prévoit l'engagement direct des jeunes pour l'animation des rues et des activités commerciales du quartier, gratifiée par l'offre de friandises ou, encore, de produits du terroir. Avec les enfants de la Clicca, il y avait aussi ceux du Comité di Socque ainsi que les jeunes du groupe La Chanson de la Montagne de Nendaz, commune valaisanne. La participation du groupe suisse n'est pas due au hasard. La Clicca a choisi, en effet, de sceller le lien identitaire qui existe entre notre quartier de Saint-Martin et le Valais. L'aire mégalithique contient, en fait, des stèles anthropomorphes réalisés par une population néolithique qui vivait entre Aoste et Sion. Au cours de la visite, tout le monde a pu enfin découvrir ces similitudes ainsi que, à l'évidence, les différences. Ce sont les jeunes du Lycée Linguistique Edouard Bérard, préparés par les archéologues de la Surintendance aux biens culturels, qui ont joué, très bien, le rôle de guides. Au célébration des 30 ans, participèrent aussi la chorale Les enfants du Grand-Paradis et les groupes Les petits Badochys de Courmayeur et Lou Tintamaro enfants de Cogne: il y avait plus de 100 enfants. La Clicca à la Saison Culturelle : présentation d'un spectacle et d'un documentaire Dimanche 15 décembre 2019, au Théâtre Splendor d'Aoste, et à l'occasion des fêtes pour la Sainte Lucie, la Clicca avec la collaboration de l'Unione Italiana Ciechi e Ipovedenti della Valle d'Aosta, a présenté le spectacle et le documentaire Dreaming folk. C'est en 2018, date du 60e anniversaire de la fondation, que le groupe a commencé à réfléchir sur son avenir et c'est justement à cette époque qu'est née l'idée d'un projet d'inclusion sociale dénommé Cliché, le folklore dans un autre sens; c'est une proposition musicale et cinématographique inédite pour unir le folklore et les malvoyants. Une initiative proposée par Marco Vigna, président de la Clicca, pour permettre à ces deux mondes, apparemment séparés, de s'unir, tout en étant, les deux, caractérisés par une vocation commune et par des valeurs similaires. m
RAMlld Photo du hall du théâtre Splendor d'Aoste à l'occasion du spectacle proposé à la Saison Culturelle 2019/2020. Ce fut un projet articulé qui, à l'intérieur de la Saison culturelle 2019/2020 a trouvé sa place idéale pour se raconter. Cette initiative, parrainée par le Conseil régional de la Vallée d'Aoste et l'Assessorat régional au tourisme, sport, commerce, agriculture et biens culturels, a permis la projection du documentaire Dreaming Folk, d'Alessandro Stevanon, et la mise en scène d'un spectacle théâtral, très introspectif, réalisé par Stefania Tagliaferri et Marco Vigna, accompagné des images de Jean-Claude Chincheré. Le protagoniste, un malvoyant, a ainsi escorté le spectateur dans le monde qui lui appartient et l'a invité à découvrir les mille facettes qui le composent. Tout comme s'il regardait les choses du trou d'une serrure; les images, les couleurs, les sons se sont mélangés et ont donné naissance à une allégorie touchante, qui parle à tout le monde. Le folklore et notre identité valdotaine ont été valorisés d'une façon inédite. Le documentaire a voyagé un peu partout dans le monde avant de gagner la Vallée d'Aoste, recevant 20 sélections aux festivals internationaux et 5 prix. Le film, enfin, a été inclus dans le programme national Corti 2019, promu par le Centra Nazionale del Cortometraggio, et appuyé par les ministères italiens compétents. Après le documentaire, a été présenté le spectacle théâtral qui a eu un succès important. À la présence de plus de 400 spectateurs - la salle du théâtre était bondée- danseuses et danseurs ont eu la capacité de mettre en évidence comme le folklore et la tradition soient les éléments incontournables de notre identité. m
LA V ALLÉE D1 AOSTE SE MEURT! ~ Joseph-César PERRIN L / isolement forcé et le " distanziamento sociale " (mauvaise expression tirée de l'anglais qui devrait être substituée par " distanziamento fisico " car les rapports sociaux interpersonnels ne devraient jamais être oubliés) ont poussé les personnes à réfléchir. Certaines calamités ne sont-elles pas dues à nous-mêmes ? N'avons-nous pas abusé de la nature qui maintenant se venge de notre inconduite ? N'avons-nous pas bouleversé par nos comportements inconsidérés notre espace vital qui maintenant se rebelle ? Parmi celles-ci et d'autres questions, je me suis posé aussi une autre demande sur laquelle réfléchir : qu'en est-il de notre Pays ? Cette sollicitation m'a fourni, hélas, une réponse bien amère et pourtant, je le crois, assez véridique: la Vallée d'Aoste se meurt! Je ne parle pas d'une Vallée d'Aoste des vieux temps, idyllique, idéalisée, mythifiée, où tout aurait été paradisiaque, car ce pays n'a pas existé si non dans la fantaisie de quelque " laudator temporis acti ". Je pense évidemment à la Vallée d'Aoste rêvée par les membres de la Résistance Valdôtaine, par l'abbé Trèves, par Chanoux, par Bréan qui pensaient à un Pays autonome et affranchi des contraintes de l'État ou par ceux de ma génération encore qui écrivions sur les murs de nos routes" Vallée d'Aoste libre "·Libre des entraves du centralisme, libre de l'asservissement au pouvoir de l'économie, libre de toutes les ingérences mafieuses, libre de la misère qui touchait et touche encore des recoins de note Vallée, libre de décider autonomement, libre de choisir notre avenir, libre... Hélas ! Ce n'était qu'une illusion. Le pragmatisme a écrasé l'idéalisme. L'argent a remplacé les idéaux. La recherche exacerbée du pouvoir de la part de quelqu'un ou de quelques clans a m
détruit la capacité et la liberté de choix de la part de la société valdôtaine. L'individualisme politique poussé par l'intérêt personnel a brisé l'union de la communauté. Et l'on pourrait allonger cette liste par un multitude d'autres aspects négatifs qui ont été accélérés dans les dernières décennies. . À qui faut-il attribuer la cause de tout cela ? re vois deux sujets, coupables de cette situation. D'abord l'État et son centralisme. Mais lorsqu'on parle du pouvoir central ce n'est pas seulement à aujourd'hui qu'il faut penser. Les méfaits de ce pouvoir remontent à bien longtemps. Quelques exemples suffisent. Les ducs de Savoie sont les premiers à blâmer puisqu'après nous avoir octroyé certains " privilèges et libertés " - concessions qui ne furent pas gratuites car nos ancêtres les avaient achetées en déboursant de bons écus d'or1 - ils nous les ont grignotés l'un après l'autre. Les rois de Sardaigne ensuite car, après Victor-Amédée II, tous ceux qui lui ont succédé ont refusé de prêter serment d'observer nos franchises et, en effet, ils les ont anéanties. Le gouvernement sarde aussi qui, à la veille de l'unité italienne, abolit la province d'Aoste et l'incorpora dans celle de Turin. Puis la contradiction de Cavour qui en 1860, pour justifier l'annexion des duchés du Centre Italie, s'appuya sur le principe du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et sur celui de la nationalité, principes qu'il n'appliqua pas aux Valdôtains qui n'étaient pas de nationalité italienne et auxquels ne fut pas demandé s'ils désiraient suivre le sort de leurs voisins savoyards ou celui de le Péninsule. Après 1861, l'État a fait de la Vallée d'Aoste la " Sibérie d'Italie ", lui a volé ses eaux - acquises jadis, elles aussi, à poids d'or lors de l'affranchissement des cens féodaux -, l'a érigée de nouveau en province mais en l'unissant au Canavais pour mieux l'italianiser et quant au fascisme je m'en passe d'en parler car tout le monde connaît très bien ses méfaits. La Libération, elle-même, nous a trahis car l'autonomie obtenue a été bien loin du pacte que la commission du CLN valdôtain avait concordé avec le CLN piémontais, accord ac1 Par exemple, pour garder l'exemption du "tabellionage" et du papier timbré le duché d'Aoste versa en 1699 la somme de 500 000 lires. Plus tard, oubliant l'accord et l'argent reçu, la Cour turinoise abolit cette immunité. m
cepté ensuite par le CLN Alta Italia. Et, entre temps, le peuple valdôtain - qui devait émigrer à cause de l'ostracisme étatique à son embauchement - fut submergé par l'immigration italienne favorisée par l'État et par des associations telles que l'" Italica Gens " de don Farina. Tout cela a certainement affaibli le caractère ethnique de notre région, sa culture et sa personnalité. Tout est donc la faute des éléments que je viens de citer et auxquels on pourrait en ajouter un grand nombre encore? Je m'en garde bien de le penser! La cause principale de la mort de la Vallée d'Aoste que nous rêvions doit être attribuée principalement aux Valdôtains, à nous-mêmes. En effet, après la Libération, nous avions tous les atouts pour maintenir notre personnalité ethnique, voire pour renaître et renforcer notre particularisme linguistique et culturel dénaturé, notamment depuis l'unité italienne, d'abord sournoisement par les Gouvernements de Rome et ensuite de façon brutale par le fascisme. Or, il est vrai que le Statut d'autonomie n'est pas celui que nos pères espéraient obtenir et il n'a pas été concédé par une volonté des gouvernants de décentraliser l'État mais pour noyauter le séparatisme valdôtain qui avait gagné la majorité du peuple. Cependant, ce régime particulier, malgré tout, était une arme puissante pour nous autogouverner, pour effacer les blessures du passé, pour rattraper ce que nous avions perdu, pour choisir la bonne voie et guider notre avenir. Comment l'avons-nous utilisé. Certes, on ne peut pas nier les bienfaits qu'il nous a apportés : la région s'est profondément modernisée dans maints secteurs, le niveau de la vie de la population s'est énormément élevé, l'économie a prospéré, l'exode des vallées latérales a été freiné, pendant plusieurs décennies la Vallée a été un exemple dans des domaines tels que l'école, la santé, l'agriculture.. . Mais il y a le revers de la médaille : nous avons bien rempli le ventre, mais nous n'avons nullement nourri l'esprit. Énivrés d'argent et de bien-être nous nous sommes endormis, nous avons laissé faire, nous nous sommes laissé transformer petit à petit, nous avons renoncé à être nous-mêmes, nous avons suivi la pente de l'acculturation et de l'italianisation.
LORAMlld Le tableau actuel n'est certainement pas des plus agréables et il est défavorable aux éléments autochtones. L'économie a prospéré, certes, mais qui en a bénéficié ? Elle a échappé de nos mains. D'ailleurs, déjà à la fin du XVIIIe siècle, des observateurs objectifs affirmaient que les Valdôtains n'étaient pas " industrieux "· Or, le temps n'a pas modifié et amélioré leur attitude en cela. Ainsi, les richesses du sous-sol, les eaux et bien d'autres secteurs ont été exploitées par des étrangers. On constate la même chose pour le commerce qui a échappé en grande partie de nos mains, Quant au tourisme - qui est actuellement la ressource principale de la Vallée et qui le sera davantage à l'avenir - nous avons pendant trop longtemps laissé faire aux autres et nous devons remarquer l'absence des Valdôtains ou tout au moins le retard avec lequel ceux-ci s'y sont adonnés. Il y a évidemment de louables exceptions, mais elles sont nettement minoritaires. L'agriculture était jadis notre domaine car nous possédions la terre. Or, une grande partie et la plus belle de celle-ci - les terrains les meilleurs et les plus rentables de la plaine et ceux du fond des vallées où ont surgi les centres touristiques - a été vendue aux spéculateurs du bâtiment. Et l'argent perçu s'est volatilisé. L'agriculture d'antan a disparu et le nombre des familles qui l'exercent a fortement diminué, mais cela était inévitable. Cependant, celle actuelle, malgré tous les moyens techniques modernes, a délaissé les terres jadis cultivées à céréales et à pommes de terre et ne vit plus que d'élevage et avec grande difficulté. Mais c'est le particularisme culturel et linguistique qui nous caractérisait qui a subi la défaite la majeure. Les jeunes Valdôtains ignorent de plus en plus l'histoire de de leur Pays dont l'école a cessé de leur transmette la connaissance. Ainsi, ils ont perdu le sentiment, une fois si fort, d'appartenir à une communauté particulière ayant des caractères propres qui la différencient et dans ce monde globalisé ils ne se distinguent pas des jeunes du même âge des autres régions. Nos traditions ont été réduites le plus souvent à un simple folklore de mauvais goût et attrape-nigaud. Mais le pire est le renoncement au particularisme linguistique: trop de jeunes ne sentent plus le besoin de s'exprimer en Il
français dont après leur longue période d'apprentissage à l'école, - ironie du sort - ils ont pourtant une connaissance suffisamment bonne. D'ailleurs le mauvais exemple leur est donné par nos administrateurs régionaux et communaux qui ne brillent certainement pas par leur fidélité à la langue de leurs ancêtres. Or la défense du français n'est pas la simple marotte de quelques nostalgiques d'un passé révolu. La langue de Molière a, chez nous, une double valence. D'une part, elle n'est passimplement un seul moyen de communication qui peut être, dans ce cas, substitué par n'importe quel autre langage. Le français est l'expression profonde de l'âme valdôtaine. C'est cette langue qui avec le francoprovençal, l'idiome populaire, a forgé notre nationalité, notre caractère, notre personnalité, notre nature de peuple qui ne se veut évidemment pas supérieur aux autres mais différents. D'autre part, le français est l'unique élément qui peut encore justifier notre régime d'autonomie. Si ce pilier tombe, quel droit aurions-nous à prétendre le maintien et le respect de l'autonomie? En sus de ces revers nous avons aussi perdu notre dignité et nous avons permis que les associations criminelles, mafia et 'ndrangheta s'instaurent chez nous et contrôlent notre économie voire la politique ! On pourrait continuer l'examen des criticités valdôtaines mais à quoi bon pleurer sur nos maux ? La Vallée d'Aoste se meurt ? Malgré les conditions actuelles nous pouvons la sauver. Comme le Covid-19 modifiera certaines de nos habitudes, aussi une prise de conscience de la part des tout jeunes pourra effacer la malheureuse situation dans laquelle le pays est tombé et faire revivre une Vallée d'Aoste nouvelle, centrée sur les valeurs de l'autonomie. Une région qui démographiquement n'est plus la même, mais que les fils des immigrés amalgamés aux éléments autochtones pourront sentir comme leur patrie et contribuer à son renouveau. D'ailleurs, toute société est destinée à périr si elle ne se modifie pas en suivant les changements dictés par le progrès. Notre Pays, cette cuvette entourées de montagnes protectrices, peut renaître pourvu, cependant, que sa transformation soit voulue et gérée par les Valdôtaines, eux-mêmes, et non pas dictée par un pouvoir extérieur. m
DESCRIPTION PHONÉTIQUE / . DU FRANÇAIS PARLE EN V ALLÉE D1 AOSTE : LE CAS DES VOYELLES NASALES Introduction ~ Kamilla KURBANOVA-lLYUTKO U NIVERSITÉ DE Moscou Cet article traite d'une région unique de la Francophonie la Vallée d'Aoste (Val d'Aoste), la seule région francophone en Italie qui a des frontières communes à l'ouest avec la France (région Auvergne-Rhône-Alpes), au nord avec la Suisse (canton du Valais), au sud et à l'est -avec la région italienne Piémont. La Vallée d'Aoste est connue comme une région extrêmement multilingue, dont les langues principales sont l'italien, le francoprovençal (aussi appelé patois, patoué, dialecte et surtout employé dans le langage parlé)et le français. On y trouve également des locuteurs du walser (dialecte alémanique supérieur), divers dialectes italiens comme le vénitien, le piémontais, le calabrais, etc. Dans toute la diversité linguistique, seulement deux des langues énumérées ci-dessus sont reconnues comme officielles : l'italien et le français. La parité entre les deux langues a été établie suite à l'obtention du statut spécial de la Vallée d'Aoste en 1948 (Statut spécial de la Vallée d'Aoste / Statuto speciale per la Valle d'Aosta), lorsque la Vallée d'Aoste est devenue l'une des cinq régions italiennes bénéficiant d'une autonomie politique et administrative. En ce qui concerne le problème de la variation du français, il est logique de supposer que les langues avec lesquelles le français est en contact dans ce pays influent peu ou prou sur la variété régionale du français, ce qui a été le point de départ de nos recherches. Dans le cadre d'une étude complète portant sur le français valdôtain, nous avons réalisé un certain nombre d'enquêtes linguism
tiques et sociolinguistiques en Vallée d'Aoste pendant les années 2015 -2019. Tout d'abord, nous nous sommes penchés sur la situation linguistique en Vallée d'Aoste et la place de la langue française dans le multilinguisme décrit (KuRBANOVA, 2015). Ensuite, nous nous sommes intéressés à l'étude des particularités lexicales de cette variété, en classifiant les valdôtainismes selon divers paramètres et en définissant les voies éventuelles du développement du français valdôtain (KURBANOVA, 2017). À l'heure actuelle, c'est l'aspect phonétique de la recherche qui nécessite une attention particulière, étant relativement peu étudié par les linguistes jusqu'aujourd'hui. Il faut citer à cet égard les œuvres de J.-P. MARTIN (MARTIN, 1979) datant des années 1970, dont les données sont intéressantes, mais qui sont naturellement à réviser ; on note également l'article de J.-M. KASBARIAN (KASBARIAN, 2010), qui, s'appuyant généralement sur l'ensemble des résultats de MARTIN, décrit les particularités de la prononciation valdôtaine du début des années 1990. Nous nous sommes trouvés confrontés ainsi au problème de l'actualisation des données, par conséquent, nous nous sommes chargés de mener des entretiens, de réaliser des enregistrements audio des valdôtains francophones de différents âges, statuts sociaux, etc. Mais avant de procéder à la description des méthodes utilisées et des résultats obtenus, nous souhaitons exposer un éventail de questions qui nous intéressent et justifier le choix du sujet. Les différences phonétiques fondamentales entre les variétés régionales de la langue française, comme on le sait, résident dans le système vocalique. Déjà au premier contact, il est clair que 11 " accent " valdôtain provient en grande partie de la prononciation spéciale des voyelles nasales. Considérant que la quantité et la réalisation des voyelles nasales peuvent varier même à l'intérieur de la France, elles méritent d'être étudiées à part entière. Les voyelles nasales en français de référence et en français méridional Traditionnellement, on estime que le système vocalique du français comporte 16 voyelles, dont 12 sont orales et 4 nasales. C'est la quantité de voyelles maximale recommandée qui est employée m
dans les dictiom1aires, enseignée aux apprenants du Français Langue Étrangère, etc. Cependant, l'existence de certains phonèmes est contestée, par exemple, on fixe la disparition progressive du /a/ postérieur (maintenant le mot pâte est souvent prononcé de la même manière que patte, ce qui signale qu'on ne fait plus de différence entre [a] postérieur et [a] antérieur, donc le statut du /a/ est menacé). Quant aux nasales, elles représentent un groupe particulier de voyelles qui diffèrent de toutes les autres par le trait de nasalité vocalique. Si le fonctionnement des nasales postérieures l à/, /3/ ne fait aucun doute, l'opposition des nasales antérieures /œ/ -/t/ a tendance à se neutraliser depuis longtemps (au moins depuis le début du xrx:e siècle, la caractéristique fixée dans le langage parlé des parisiens). Du point de vue articulatoire, la différence entre ces deux voyelles ne repose que dans l'arrondissement: autrement dit, le [œ] est le [e] arrondi. Lorsque l'arrondissement commence à disparaître, l'opposition est menacée d'extinction. De plus, le /œ/ est la voyelle la plus rare et l'un des phonèmes les plus rares du français en général1 : le nombre de mots avec cette voyelle2 et de paires minimales est très restreint, comparez brun - brin, Alain - alun. La voyelle nasale /œ/ a-t-elle disparu complètement ? Il existe différents points de vue sur cette question, puisque l'emploi des voyelles nasales varie selon telle ou telle région de la Francophonie. Quant au français de France, deux tendances se détachent : dans le nord de la France (le français de la France hexagonale septentrionale, aussi connu comme le français de référence ou le français standard), ce ne sont que 3 voyelles nasales qui sont stables (/a/, / Pour comparer la fréquence des voyelles nasales A. VALDMAN (Albert VALDMAN, Introduction to French Phonology and Morphology, Rowley / Massachusetts, Newbury House, 1976) a fait une expérience très simple et très révélatrice en même temps : en s'appuyant sur un corpus de textes écrits, il a calculé le nombre de voyelles nasales rencontrées dans ces textes, ce qui a permis de démontrer leur distribution globale interne. Le /à/ a été la voyelle la plus répandue (47 % ), le /5/ s'est positionné en deuxième place (30 %), le /è/ en troisième place (16 %). Le résultat portant sur le /œ/ était éloquent - c'était la voyelle la moins fréquente qui a été repérée seulement dans 7 % des cas. 2 Selon les résultats de A.B. HANSEN, la fréquence interne des voyelles nasales s'avère presque identique à celle de A. VALDMAN. Par contre, HANSEN souligne que la base lexicale du phonème /œ/ est très restreinte : dans plus de 94 % des occurrences le / œ/ est employé dans l'article un, les mots restants étant quelqu'un, aucun, chacun, lundi, uns, l'un, et les noms de nombre quatre-vingt-un, etc. (Anita Berit HANSEN, "Les changements actuels des voyelles nasales du français parisien : confusions ou changement en chaîne?", La linguistique, vol. 37, 2001/2, pp. 33-48). m
3/, /e/) (LYCHE, 2010: 151), tandis que dans le sud (le français de la France hexagonale méridionale, appelé également le français méridional), toutes les quatre sont toujours employées (/à/, /3/, /e/, /œ/) (CoQmLLON, DURAND, 2010 : 193). D'ailleurs, il y a relativement peu de chercheurs (PuLGRAM, 1967 i MALEÇOT, LINDSAY, 1976) qui confirment la disparition complète du /œ/ en français de référence. Toutefois, les résultats deA.B. HANSEN (HANSEN, op.cit.: 47) vont à l'encontre des données décrites ci-dessus : son étude des voyelles nasales du français parisien a révélé que le quatrième phonème /œ/ continuait d'exister chez les parisiens, réalisé plutôt comme [œ-e]. Ayant perdu l'arrondissement fort qui la distinguait du /e/, la voyelle /œ/ n'a toujours pas été absorbée par le /e/. Autrement dit, selon HANSEN le français parisien dispose de quatre phonèmes (/à/, /3/, /e/, /œ/), la quatrième voyelle étant prononcée majoritairement comme un son transitoire [œ-è] et non pas con:une [œ] recommandé par des ouvrages d'orthoépie, ce qui prouve que le système des voyelles nasales subit un changement mais il n'est pas encore décalé. Le Midi s'est toujours distingué par une prononciation particulière, surtout celle des voyelles nasales, qui rendent les accents méridionaux bien reconnaissables. Tout d'abord, au niveau des phonèmes nous devrions rappeler que le français méridional, restant plus conservateur, garde toutes les quatre voyelles nasales, l'opposition /œ/ -/e/ étant stable. Mais la nasalité réalisée en français m éridional nécessite quelques explications. Le fait est que ces voyelles ne sont pas nasales, strictement parlant. Elles se composent de plusieurs parties sonores : voyelle orale correspondante + (nasalisation faible) + appendice consonantique. Schématiquement cela peut être représenté comme suit : le phonème /3/ est prononcé comme [::>31J ]. Il est intéressant que l'appendice consonantique se trouvant au bout de la voyelle s'assimile obligatoirement à la consonne suivante et devienne : [m] devant une bilabiale i [DJ] devant une labiodentale; [n] devant une dentale ou une alvéolaire; [IJ], [J1] ou [N] devant une vélaire ou une pause (CoQUILLON, DURAND, op.cit. : 193). Ainsi la marque de la voyelle nasale méridionale est une durée inhabituelle et la présence relativement régulière d'un appendice consonantique. La structure complexe de la voyelle est à l'origine de la décomposition de la voyelle nasale sous certaines conditions : en cas de liaison ou devant un groupe de consonnes. Donc, au lieu m
de voyelle nasale, on peut observer la voyelle orale correspondante, par exemple, en [n}avant [anava9], construire [bstrqiK;;i]. Comme on l'a déjà fait voir, le système des voyelles nasales du français de France n'est pas homogène: à part les delix normes décrites (le français de référence et le français méridional), on doit souligner, en outre, que celles-ci ne sont pas non plus stables : on note la réduction potentielle de la quantité de voyelles et le décalage dans la réalisation du phonème /œ/ en français de référence et la réalisation spécifique des voyelles nasales en français méridional. Les voyelles nasales en français canadien, belge et suisse Il est clair que dans d'autres régions de la Francophonie, la situation ne sera pas moins compliquée. Commençons par la variété du français au Canada. Tout d'abord, dans le cas du français canadien, il faut préciser la présence des 4 voyelles nasales. Cependant, cette variété est caractérisée par une prononciation des nasales bien particulière : le /e/ mi-ouvert est réalisé au Canada comme [è] mi-fermé. Les voyelles /a/ et /3/ vues comme plus ou moins stables en français de France subissent des modifications en français canadien : le /a/ postérieur acquiert une prononciation plus antérieure et ouverte [a] et [re], le /3/, au contraire, une réalisation plus fermée [6] (voir EYCHENNE, WALKER, 2010: 255). La variété belge de la langue française est plus conservatrice, ce qui explique l'existence de 4 voyelles nasales (/a/, /3/, /e/, /œ/), dont la prononciation varie considérablement selon les communautés belges et/ou les régions linguistiques de Belgique (voir FRANCARD, 2010). En Romandie, la situation est également hétérogène. Dans l'ensemble, il existe 4 phonèmes nasaux (voir MÉTRAL, 1977 ; ANDREASSEN, MAÎTRE, RACINE, 2010: 223). Néanmoins, certains chercheurs, par exemple, M. ScHOCH (ScHOCH, 1980), affirment la neutralisation de l'opposition /œ/ - /e/ dans le discours des jeunes genevois et neuchâtelois. En tout cas, quel que soit l'âge et le canton, on note un certain glissement du /œ/ vers le /e/, justifié par leur prononciation proche, parfois indistincte. Ayant fait un bref aperçu du système des voyelles nasales, plus exactement, de leur qualité et leur quantité en français m
de France et dans d'autres variétés du français (au Canada, en Belgique et en Suisse), nous en venons à la conclusion que le système des voyelles nasales du français ne montre pas de stabilité, étant en pleine évolution à l'heure actuelle. C'est dans le contexte des positions déjà décrites que nous aurons à étudier les phonèmes nasaux du français parlé en Vallée d'Aoste. Les enquêtes linguistiques menées en Vallée d'Aoste en 2015 - 2019 Nos propres enquêtes linguistiques visant à révéler des caractéristiques phonétiques et phonologiques du français valdôtain ont été tenues en 2015 -2019 avec le soutien du Comité des Traditions Valdôtaines, de l'Assessorat de !'Éducation et de la Culture de la Région autonome Vallée d'Aoste, du Bureau régional pour l'Éthnologie et la Linguistique, de la Fondation Émile Chanoux, du Centre d'Études Francoprovençales, des Archives historiques régionales, du Fonds valdôtain de la Bibliothèque régionale d'Aoste, de la Bibliothèque de l'Université de la Vallée d'Aoste et bien d'autres. Afin d'obtenir de nouvelles données sur la prononciation particulière valdôtaine et d'avoir la possibilité de la comparer d'une manière adéquate avec les derniers résultats des recherches menées dans les autres coins de la Francophonie, on a utilisé le protocole d'enquête du projet international Phonologie du français contemporain (PFC, http://www.projet-pfc.net) dont le but est " d'envisager le français dans son unité et sa diversité et de permettre ainsi la conservation d'une partie importante du patrimoine linguistique des espaces francophones du monde " (DURAND, LAKS, LYCHE, 2002 : 96). L'enquête se composait de trois/quatre parties, à savoir de la lecture de la liste de mots, de la lecture du texte, de l'entretien guidé qui impliquait une liste de questions plus ou moins fixée et de la conversation libre entre des locuteurs francophones valdôtains si possible. Il faut noter que ces données nous ont servi non seulement pour étudier l'aspect phonétique de la langue, mais aussi pour obtenir des résultats importants sur les particularités lexicales et des informations sociolinguistiques sur la vie et les traditions des valdôtains, m
leur identité culturelle, le fonctionnement du multilinguisme dans la famille, leur expérience personnelle de la formation bilingue, etc. Vingt valdôtains francophones nés et ayant vécu la plupart de leur vie en Vallée d'Aoste, donc bien enracinés dans la communauté linguistique, ont participé à l'enquête3 . Ce sont des représentants de trois tranches d'âge: un groupe de jeunes, un groupe de participants d'âge moyen et un groupe de participants d'âge plus avancé (de 14 à 71 ans grosso modo), de différents sexes, statuts sociaux, niveaux de formation, locuteurs de différentes langues, outre le français. C'est un point caractéristique des valdôtains : aucun participant n'était monolingue et certains ne pouvaient même pas définir une seule langue maternelle, en indiquant deux. Dans le cadre de notre projet, chaque enquêté était censé remplir une fiche signalétique comprenant des questions sur lui, sa famille, la/les langue.s parlée.s, sa formation, sa profession, etc., ainsi que signer un consentement de participation au traitement des enregistrements effectués dans un but de recherche scientifique. Il va de soi que ces données sont utilisées de façon anonyme : chaque enregistrement reçoit un numéro spécial, les deux premières lettres indiquant le lieu de naissance, les chiffres arabes - l'âge, les lettre m/f - le sexe, ensuite l'indication de la langue maternelle : IT, FRPR ou FR, où IT est la langue italienne, FR - le français, FRPR - le francoprovençal. Par exemple, A062m-IT nous dit qu'il s'agit d'un homme de 62 ans, né à Aoste dont la langue maternelle est l'italien, ce qui n'exclut pas, comme on a déjà noté, la maîtrise d'autres langues et dialectes. Les données que nous avons obtenues ont été transcrites et analysées notamment à l'aide du programme informatique PRAAT. Dans l'article on citera consciemment des exemples tirés des enregistrements à la prononciation la plus marquée. L'hypothèse fondamentale que nous faisons concernant le matériel valdôtain est que le système phonétique de la langue maternelle (de l'italien ou du francoprovençal) influence le français valdôtain. On a déjà dit qu'il y a des situations où les locuteurs ne sont pas en mesure d'indiquer une seule langue dominante. Il peut y 3 L'auteur de l'article tient à exprimer ses remerciements pour leur aide précieuse à réaliser l'enquête aux participants au questionnaire ainsi qu'à tous ceux qui ont prêté attention à cette recherche. m
avoir trois cas: schématiquement IT +FR, IT + FRPR, FR+ FRPR. Mais ce sont des situations plutôt exceptionnelles, dans notre enquête il y avait exactement un informateur pour chaque cas mentionné ci-dessus (A07lm-FR + FRPR, A042m-IT + FRPR, A062m-IT +FR). Toutefois, une subdivision aussi détaillée aurait mené à la confusion et ne nous aurait pas permis de dégager les principales tendances de la prononciation valdôtaine. Ainsi nous nous concentrerons sur une division binaire, en répartissant donc nos informateurs en 2 groupes linguistiques, selon que leur première langue soit l'italien ou le francoprovençal. L'influence de la langue italienne semble évidente. Comme le système des voyelles italiennes ne comporte que 7 phonèmes dont aucune n'est nasale, on suppose que les enquêtés italianophones auront plus de mal à réaliser des voyelles nasales en les simplifiant en voyelles orales ou bien en les décomposant en voyelle orale + appendice consonantique / consonne n/m. Le francoprovençal, en revanche, est connu pour un grand nombre de voyelles nasales qui est même supérieur à celui du français : parmi 15 voyelles, 6 sont nasales (dans certains patois deux voyelles nasales /ù/, /y/ sont absentes) (SncH, 1998). Théoriquement des locuteurs patoisants habitués au phénomène des voyelles nasales dans leur langue devraient " soutenir ", " promouvoir " la nasalisation en français valdôtain, mais avant de le déclarer, il faut examiner la situation de plus près. Étudions le répertoire des voyelles nasales en francoprovençal. En fait, il n'y a aucune voyelle nasale qui correspond à celle française: le /â/ antérieur, le /6/ fermé, le /è/ fermé (les voyelles qu'on ne trouve qu'à la périphérie de la francophonie), ainsi que les /c/, /ù/, /Y/, inconnus de la langue française. En fin de compte, au niveau de la qualité des voyelles nasales on constate une différence complète entre le francoprovençal et le français de référence. Les résultats de l'enquête : les voyelles nasales en français valdôtain Après avoir fait ce bref aperçu des voyelles en italien et en francoprovençal et avoir indiqué deux groupes linguistiques examinés, passons à la description phonologique du français
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