Le Flambeau

"Mancat domus donec formica aequora bibat et lcnta testudo totum perambulet orbern". (graffiti du château de Féms) Alessandro Celi Éditorial Rédaction En glanant dans nos archives Rédaction Nos groupes Rédaction Batezar, Bathezar, Barthersard Crétier Piergiorgio Le choléra de 1867 et le cimetière disparu de Cossun à Saint-Vincent Artaz Roger L'espagnole à Saint-Marcel Artaz Roger L'épidémie du choléra à Saint-Marcel Cossavella Cesare 3 4 8 11 12 17 19 Vallée d'Aoste d'antan: voyage à travers les cartes postales anciennes 25 Meynet Adriana Victor-Amédée II de Savoie Roi de Sicile 29 Rivolin Joseph L'éphémère règne sicilien de Victor Amédée II 32 Agnesod Nadia 25 ans d'activités du groupe folklorique I /four di moun de Lillianes 42 Perret Patrick Les frères Peller en Basse Vallée d'Aoste 46 Tognan Enrico Notre belle Vallée : le lac Lod de Antey-Saint-André 54 Liviero La chapelle de Notre Dame du Rosaire, sur le chemin pour Beauregard (Aoste) 59 Brunod Régis Pedretti Christiane Le Petit-Saint-Bernard 65 Rivolin Joseph Le nom de famille du peintre Jacques d'Ivrée 77 Tognan Enrico James Everett (Jimmy Bionaz), un Valdôtain, d'origine, mort en Corée 82 Les amis de Carmen Carmen Chenuil Coisy : une enfant d'émigrés au parcours intellectuel et professionnel d'excellence, une généreuse donatrice 88 La rédaction Pour ne pas oublier ce que nous étions 92 Poètes du Terroir 95

LE FLAMBEAU Rédaction et Administralion COMITÉ DES TRADITIONS VALDÔTAINES 3, rue de Tillier - l 1100 Aoste Tél. +39 0165 36 JO 89 (comitedestraditions@gmail.com) (ouvert le mardi de lüh à l lh30; le samedi de lüh à 11 h)) DIRECTEUR RESPONSABLE Joseph-Gabriel Rivolin -jrivolin@gmail.com Tél. +39 349 3094626 COMITÉ DE RÉDACTION Rédacteur en chef Laura Grivon -loflambo@gmail.com Rédacteurs 67< année -n° 252 4/2020 Alessandro Celi, Joseph-César Perrin, Joseph-Gabriel Rivolin, Enrico Tognan COTISATION ANNUELLE AU COMITÉ DES TRADITIONS VALDÔTAINES Italie:€ 25,00 Europe : € 30,00 Autres pays: € 35,00 Cette cotisation annuelle donne droit à l'envoi de notre revue trimestrielle Le paiement peut être effectué : - au siège du C.T.V. 3 rue De Tillier à Aoste, aux jours et heures indiqués; par versement sur le compte courant postal n°10034114 au nom du Comité des Traditions Valdôtaines, 3, rue De Tillier 11100 Aoste ; par virement bancaire - !BAN: IT 33 V 02008 01210 000002545815 BIC/SWIFT: UNCRITMlCCO Les sociétaires demeurant hors d'Italie peuvent verser la cotisation par mandat postal international, ou par virement bancaire au nom du Comité des Traditions Yaldôtaines, 3, rue De Tillier, 11100 Aoste. Pour les payements en chèques sur des banques à l'étranger, il est nécessaire d'ajouter 10 euros pour les frais bancaires. Enregistrement Tribunal d'Aoste n° 7/75 du 31.07.1975 Les manuscrits non publiés ne sont pas rendus Les opinions émises par les auteurs des articles n'engagent ni la rédaction du "Flambo" ni le C.T. V. Impression : Musumeci S.p.A. 97, Région Amérique - l 1020 Quart (Vallée d'Aoste) Tél. +39 0165 76 11 11 Avis aux destinataires du Lo Flambù-Le Flambeau J;;s FSC www.fsc.org MIXTE Papier issu de sources responsables Fsc• c1021ss Aux termes de la loi n° 196/2003 nous vous informons que vos données personnelles figurent dans la liste des adresses du Comité des Traditions Valdôtaines, titulaire du traitement y afférent, et que pour exercer le droit que vous avez de les modifier, de les actualiser ou de les supprimer vous pouvez nous adresser à tout moment un courrier postal à l'adresse suivante Comité des Traditions Yaldôtaines - 3, rue Jean-Baptiste de Tillier - 111 OO, Aoste. Il

/ EDITORIAL Chère Sociétaire, Cher Sociétaire, -0- LE PRÉSIDENT DU COMITÉ L / invitation à contribuer à la rédaction du Flambeau commence à porter ses fruits : ce numéro de notre revue présente deux articles constituant la suite idéale du " spécial pandémie " publié avant Noël car ils présentent les cas spécifiques de Saint-Marcel et de Saint-Vincent, tandis que d'autres auteurs ont proposé leurs articles, traitant des sujets différents. Il s'agit d'un signal très important, à mon avis. Le Flambeau a besoin des contributions de ses lecteurs, les seuls qui puissent assurer la variété de sujets, la qualité des images et la multiplicité des jugements donnant son cachet à la revue. Ainsi, je désire remercier tous ceux qui ont envoyé leurs écrits et renouveler mon invitation: profitez des pages du Flambeau pour parler de tous les sujets concernant la Vallée d'Aoste. Agriculture, archéologie, art et artisanat, émigration, folklore, histoire, linguistique, littérature, nature et paysage, poésie, tourisme : les thèmes ne manquent certainement pas et d'autres encore peuvent être ajoutés. Surtout, n'hésitez à présenter des réflexions et des suggestions : les moments de crise, comme celui que nous sommes en train de vivre, exigent un effort de fantaisie et une recherche accrue de solutions innovantes. Le Flambeau est à disposition, depuis plus de soixante-dix ans, pour donner la parole à ceux qui aiment la Vallée d'Aoste et désirent contribuer à bâtir son futur. Il

EN GLANANT DANS NOS ARCHIVES ~ LA RÉDACTION Le musée de l'artisanat L'institut valdôtain de l'artisanat traditionnel (IVAT) est un organisme qui a pour but principal de sauvegarder et de valoriser autant que possible l'ancienne tradition de l'artisanat valdôtain. Le CTV fut à l'origine de la fondation de cette importante institution. Le musée fut l'un des choix prioritaires. Nos archives conservent, parmi les autres, ces deux lettres, l'une du président du CTV de l'époque, Adolphe Clos, lllMl.mr 1• 'h6dd...t, llDG8 .... p.tme-n.. a. WI09 ~ttre 1• ...., 6da ~ -- ,.,. le o.u.u 4• Hftftlen 4:1 C.1'.Y • .ar lai --....1u .. i.. ~ l'Q1ff a•u:n __.. • 1•anu.ai: -i.11tata• .. ie -=:::..u1?.: =.-ia-~·41:';:' .:!.•.. ~ a. a.s.w ... h9C1'1oDll ~· • 'touloan eaoCMU"ftil•, ,_. - --- .. ...... ...... ~.u.o -r.o i1Al:ll)b•, 1e 4n.i..,n--e .. 1•~ le plU --·U.••• VDe upMltloo paaane,uff .. _. ...,....._. • ....u, .. tt•• 11911 ...._, le nffeeaalra ~ ; ....... • ... ~-s.. .._ Mtillom q119 l.a cr4•'1011 dti °" __.., / ......., - ..i.-t t., 1•..-11t ... WUKaha, - ta -et. ' l'•~ ~ ..ituna. ... 991.dllteim, doYfti' hn ilffltff 1• .iu ...... .... b ~t rie~ d b ... ftolV 41 - NJl- · -l-. 1119 .a .....-. _. ..,... Jll'le• ••acrMr, •ui...r i.. Pft.- ...... 1•.,....._ • .. ...,.._.. 1• •lllwn, 1 Il du 12 décembre 1978, et l'autre, en réponse, le 4 janvier 1979, du président du gouvernement régional, Mario Andrione. Le sujet de la correspondance est, justement, la constitution d'un musée car, comme il le souligne Adolphe Clos, au nom du conseil de direction du CTV, il serait en quelque sorte la concrétisation d'un effort duré plus de 30 ans. Ce fut le CTV en effet qui a joué le rôle fondamental du " fer de lance qui a provoqué avec le bonheur

que l'on sait, la renaissance de la Foire de StOurs " de par des actes et surtout par les articles parus sur Le Flambeau. Le président Mario Andrione, soulignant qu'il est particulièrement sensible à ce thème, informe que " la solution ne saurait tarder " car l'administration régionale envisage la restructuration de l'ancien couvent des Visitandines destiné à abriter le futur musée régional et, avec ceci, même les plus beaux ouvrages de l'artisanat valdôtain. Or, le musée régional a trou- -· M<>naieur Adolph" CLOS Président du C010it' <19• Tr •d i tiOf'I• V11tdôt,.ines 8, pl lice Eloi le-Ch11noo" ~•i •ur l•f>ré•idoent, V<rt.r• l•t;tr• .. f• i •iM>t part u voeu fo~11ufé por le Cons':'il ~ diNt<'tion dlJ Co.ité des Traditi a y.,ldôtaones sur ln cr~11t 1 on d un . ..... d9 1• ,,r tÏ••n.t va l dtit11ln retenu t'nutc mon attention, Il •'•'" 16, je pui• vou• a•sur•r, d'un pr:oblèrne auqu':'l· je -'• ...,._.;ovllilir-" • nsibl .. t dont 11,1 solut i on ne &oClUroot te.r- ..,., ---••...-• .n effe 111 restructur atio" de l ' anc i ':'n CO!!. ......, •• •••lt... 1-• q,ii .,.,. esti né à abriter U<l nous69 rolg 1on.::il: 411P, ........ po.wr•it '9•1-ent accuei 11ir une ""pos i t ion perma<lC!!. ce .. ••~'-•"" OUW"99e• da 1 artie.net va t dôtain . •t~_.t. las t.r...,. entrspr-is sont considé,..,blement ra- ..... ul ~ 1._ d1rf;c.IU d'"4iv ue.-" le& locataires installés dans t• bit~"' - ~i ... J t oute is,nous faisons l'i11po•H1ib\e pour .,. ~ N•f•a.r•- soit ée o.,.,. le,. plus brefs délais. · ...... ....,._,.,_.. • ,,,__ Î .-1•.-.,\n, • en. J• •à 1•....,...-:• • - ..nts les p lu& cordi1u11 su11que ls je ,.. _. "- 1 • - .;11. ,... ..- le nouv<1lle année. vé son siège dans ce lieu prestigieux d'Aoste mais pour le musée de l'artisanat il a fallu attendre 2009; le siège est à Fénis. La badoche La badoche est une ancienne tradition valdôtaine qui remonte à l'aube des temps; personne ne saurait dire plus. À ce qu'il paraît, c'est la commune de La Salle qui pourrait revendiquer, chez nous, l'introduction de cette fête populaire réservée, en principe, aux célibataires. En 1990, par les soins de la Pro-loco de cette commune, furent publiées des cartes postales très intéressantes. Le CTV en possède une copie; il vaut la peine d'en reproduire quelques-unes car la plupart portent la prestigieuse signature de Franco Balan, l'un des artistes les plus appréciés de la Vallée d'Aoste. Il

1975 - Franco Balan 1R-BRD0CHE _.Et dal3~t r11s f Jre5 ilV~( ri".t g.ut.1ns. •u J. • entre rn m.l.\S'IJ;11 S , ~ ~ v1atU 51fk~.~ ~ ~1S 4n"loyati~tk~~~- 1985 1968 - Franco Balan 1969 Il

Et voici l'hymne de La Salle, La Sallereintze ; nous respectons la graphie employée, tel qu'elle est. La chanson est reproduite dans l'une de ces cartes postales. CO.\IUNl!./J/LASALlE ::i.':.::i:::: « La Sallereintze » La Sallereintze E no sen, e non sen, e no sen le Salleen! Lo pi juli de cieù le pai d'Ouha L'è La Sola, bijoù de la Valdigne. D'un làu Proumoù, de l'otro ll'ia la couha: 1:: .. - .......... ..0 .... i.s.11...1 no l'ai resten, no le tzanten, no le lamen fran bien! Pai cacià pe le montagne; la rouige arase sa campagne; Becca-Poignen, lo Gram-Routzée no vardon bien! no l'ai resten, no le tzanten, no le lamen fran bien! Non n'en ciù no to cen que foù pe restè bien: de fromadzo, de pan et de bon creiscien, e n'en preui d'eue mél o vin blan no fèi pi bien. E can sen en tren, no contagnèn san pedre ten! Se Cascian e iàn todzoer un coù pe an, a tzalendre no s-allen cieù cuée lo pan; no cultiven la vigne pe lo bon vin blan, E can sen en tren, no contagnèn san pedre ten! (refrain) Salleen que side a 11 eh'trangea, a Pari, ou eutre de lèi la mèa, pe baté en tren ou su pe l'éa, assegoude vo todzor de no !

Nos GROUPES ~ LA RÉDACTION L es Traditions Valdôtaines et la Clicca de Saint-Martin-deCorléans sont les deux groupes folkloriques fondés par le Comité des Traditions Valdôtaines, en 1949 et en 1959 pour donner un nouvel élan au riche patrimoine musical que la Vallée d'Aoste possède. Ces deux groupes font l'honneur du Comité et, plus en général, de toute la Vallée d'Aoste car leur préparation et leur capacité sont tout-à-fait appropriées. Dans toutes les occasions, nous avons constaté, avec grand plaisir, qu'ils ont la capacité d'attirer l'attention du grand public qui apprécie la grande allégresse qui savent transmettre. Voici, donc, des photos d'antan qui se rapportent aux premières années de leur activité. Années 60 : c'est le jour de la fête patronale de l'ancien quarSt-i\lertin de Corl..Jo.ns - La fête ]#lt1:ouu.lc • Le. trnditionnelle ba.tlochc orc;o.nisce pa.r11 la. Clicca.11 ,chante ses plus belles chansons . Il

tier de Saint-Martin-de-Corléans. La badoche est à l'honneur et la Clicca " chante ses plus belles chansons "· Au premier plan, sur la droite, avec le haut-parleur, on distingue la célèbre figure de Bathézar. La Clicca, toujours au cours des années 60, danse aussi; voilà un groupe de jeunes filles durant son exhibition. Au premier plan, sur la gauche, l'une d'elles tient dans ses mains Io fl_eyé, l'instrument traditionnel de percussion typique de ce groupe. Années 60. Voilà le groupe des Traditions Valdôtaines, né comme chorale en 1949 et, par la suite, devenu ce qu'il est de nos jours, lors d'une manifestation internationale. Le directeur, Louis Vuillermoz, est au centre entouré de belles fillettes.

L'amphithéâtre romain d'Aoste englobe le groupe lors d'une photo collective prise vraisemblablement au cours des années 60. Au premier rang, débout sur la gauche, le directeur de la chorale, le professeur Pignet.

BATEZAR, BATHEZAR, BATHERSARD e personnage, au siècle C Pierre Vietti, fut pendant quelques années parmi les plus marquants du Charaban et, par la suite, des émissions radiophoniques de la Rai en Vallée d'Aoste ; sont célèbres les dialogues avec le chanoine Vaudan, à l'époque directeur de l'Ecole d'Agriculture. Créé pour animer les soirées du théâtre populaire en patois, Bathezar était à la fois un personnage simple et malin ; son but était surtout celui de préserver, autant que possible, la pureté du patois et d'éviter qu'il se transforme dans le patollien, c'est-àdire un patois contaminé par l'italien. Valdôtain à tout rond, Pierre Vietti s'est engagé durant toute sa vie pour la défense de nos langues ~LA RÉDACTION ancestrales, le français et le patois. Il fut l'un des co-fondateurs du Charaban, président du Comité des Traditions Valdôtaines, trésorier du Centre d'études franco-provençales de Saint-Nicolas. Auteur de pièces théâtrales et de quelques monologues, il fut aussi un poète très délicat ; Cen que 1' a quetta pappa ( 1985) et Montagne de mé (1993) sont le témoignage direct de son attachement à la Vallée d'Aoste. La photo dont ci-dessus représente Pierre Vietti en costume de Bathezar s'adonnant aux travaux de la vigne; elle remonte à 1962. Né en 1924, il est mort en 1998. m

LE CHOLÉRA DE 1867 ET ' LE CIMETIERE DISPARU DE CossUN À SAINT-VINCENT ~ Fier-Giorgio CRÉTIER T out au long du XIXe siècle, en plusieurs occasions et partout en Europe ainsi qu'ailleurs, de nombreuses épidémies de choléra causèrent la mort de milliers de personnes. Le choléra, également connu comme la maladie asiatique, en raison de son origine, est provoqué par un bacille qui s'introduit dans l'organisme humain, se multiplie dans le système digestif et, malheureusement, conduit le patient à la mort en quelques heures. La rév'olution bactériologique de la fin du x1xesiècle mènera à la découverte de presque toutes les maladies épidémiques ; cependant, ces découvertes et les causes de cette maladie ainsi que d'autres, étaient encore complètement inconnues lors de la première apparition du choléra en Europe qui s'est présentée en 1835 et puis en 1854. Quelques décennies plus tard, au cours de 1867, une forte épidémie de choléra fit rage dans toute l'Italie et notre région ne fut pas épargnée ; dans le Val d'Aoste, le terrible fléau fut introduit, d'après les chroniques de l'époque, par un marchand de charbon d'origine lombarde (puis soigné et guéri à l'hôpital mauricien d'Aoste) d'abord à Verrès et, ensuite, par un chauffeur de voiture revenant d'un voyage d'affaires dans la ville d'Ivrée (décédé par la suite). L'abbé J.-M. Henry, dans son Histoire populaire, religieuse et civile de la Vallée d'Aoste, circonscrit immédiatement l'étendue du problème en précisant que ... "le choléra de 1867 a laissé une impression sinistre dans notre Vallée"· Les autorités civiles et sanitaires de l'époque ont probablement sous-estimé l'ampleur du problème et elles n'ont pas agi avec la célérité et la détermination nécessaires pour endiguer l'infection, qui s'est propagée très rapidement dans m

une grande partie du territoire valdôtain et, en particulier, dans les villages de la vallée centrale situés le long des routes principales toujours sillonnées par de nombreuses personnes et, donc, à très haut risque de contagion. L'état sanitaire de la population empira d'une façon dramatique à partir du mois de mai et c'est avec l'arrivée de la saison chaude que le pic de la maladie survint en juillet de l'année 1867, provoquant la mort, à Saint Vincent, et durant ce seul mois, de 73 personnes (une vraie débâcle!) sur une population d'environ 2300 personnes. Le curé de l'époque, Aimé Lucat, ne reconnut la cause du décès que dans certains cas, précisant que c'était ... à cause du choléra ... Des gens de tous âges sont morts de cette maladie et parmi eux aussi ... un pauvre mendiant. Le cimetière de SaintVincent, qui était situé dans la localité de Léches (zone qui abrite aujourd'hui le complexe scolaire régional du côté de la rue Mgr. L. Alliod) s'est immédiatement avéré impropre à accueillir tous les défunts du bourg et de ses environs. La zone était très proche des maisons et, de plus, la petite surface de ce cimetière était décidément inadaptée à recevoir tous les morts dans un moment d'une si grande urgence. Les connaissances sanitaires de l'époque, la crainte d'un cimetière trop proche des maisons et, pour cette raison, peu propice à accueillir les décès de choléra qui auraient pu déclencher de nouvelles flambées de malades, mais aussi l'inquiétude d'éventuelles nouvelles infections, étaient une cause de grande anxiété et préoccupation pour le conseil municipal de l'époque dirigé par le maire Gaspard Aichino, à son premier mandat. Quant à la zone de la colline, qui comptait à l'époque un plus grand nombre d'habitants que le bourg, l'administration municipale décida, à titre provisoire, de réactiver le petit cimetière de Moron, situé à l'extérieur de l'église ; ce cimetière avait été définitivement abandonné en 1832 mais, en fait, il fut exceptionnellement rouvert en 1867 pour accueillir aussi (ou, peut-être, seulement ? ) les cholériques décédés dans la colline. Au cours de ces mois, le curé A. Lucat a également enregistré un enterrement qui a effectivement eu lieu ... dans la campagne, sans toutefois préciser le lieu exact. Cependant, en 1867, il est probable que notre conseil municipal, comme partout ailleurs, ait également sous-estimé la gravité de l'épidémie et a d'abord m

considéré la zone du cimetière de Léches comme suffisante pour l'inhumation des corps. En peu de temps, toutefois, la situation sanitaire a mal tourné, obligeant le Conseil à prendre des mesures plus incisives dictées, surtout, par les nouvelles dispositions sanitaires très strictes édictées en matière de prévention. On ne sait pas ce qui s'est passé immédiatement, mais des efforts ont certainement été faits pour gérer cette terrible situation de la manière la meilleure et la plus sûre. Il est à croire que la première solution adoptée par le Conseil fut d'identifier une zone éloignée des maisons pour enterrer les corps. Je me souviens que les prescriptions des autorités sanitaires concernant les cimetières pour cholériques incluaient cette structure à une grande distance des habitations, à l'écart des cours et des sources d'eau et en tout état de cause, il y avait l'obligation d'enterrer les corps dans des sites sans " mauvais vents " qui auraient pu disperser l'épidémie dans l'air. Pour toutes ces raisons, un terrain propre à l'emploi et très éloigné du village fut identifié dans la localité de Cossun où, probablement, une fosse commune a été créée, toujours abondamment recouverte de chaux vive après chaque enterrement. Je pense qu'il est nécessaire, avant de continuer, d'expliquer où se trouve Cossun; c'est une localité sise le long de la route de Gléreyaz et, aujourd'hui, elle est comprise entre les parkings Sud du Gambling House et la jonction Nord de la Circonvallazione. A l'époque, tout le quartier était dépourvu de maisons et sans un réseau routier mais, surtout, il était très éloigné du bourg ; il va sans dire que cette zone était, donc, bien adaptée pour construire un cimetière avec certaines caractéristiques adaptées à cette terrible conjoncture. Dans un premier temps, le 13 avril 1867, le conseil municipal vota une résolution concernant !'Acquisition du terrain pour le cimetière des cholériques... à réaliser dans la localité précitée. Le territoire, identifié par l'administration pour faire face à cette triste et dévastatrice réalité, appartenait aux héritiers d'un certain Anselme Guillame et il avait une superficie estimée à environ 250 mètres carrés. Nous imaginons aussi que, comme dans d'autres pays, une fosse commune ait également été admise à Saint-Vincent (et cela expliquerait la petite superficie de terre destinée à ce besoin). Il faut se rappeler que dans toutes m

les localités de la Vallée, la réglementation stricte et les règles sanitaires imposées ont empêché la création d'un cimetière tel que nous l'imaginons de nos jours, c'est-à-dire avec des tombes individuelles ou " familiales ", préférant en fait une fosse commune assez profonde. La facilité de reprise et de propagation de l'infection était très élevée et il n'était certainement pas possible d'agir différemment ou, encore, d'hésiter; il était absolument nécessaire de procéder dans un délai très court soit pour résoudre le problème, soit pour mettre en sécurité un large segment de la population qui était encore indemne à la maladie. La situation sanitaire demandait des choix rapides ; après l'identification de la zone pour les enterrements, ceux-ci ont immédiatement commencé mais le nombre élevé de morts et la nécessité de leur donner un enterrement convenable ont également impliqué le Conseil sur d'autres fronts et pendant longtemps. L'abbé Henry écrit que pour faire face à l'urgence mais surtout pour soigner les malades et circonscrire l'épidémie ... on établit des lazarets ... dans plusieurs pays de la Vallée et qu'à Saint-Vincent cette structure a été mise en place... dans la maison qui servait de foyer aux sœurs de Saint-Joseph ... et cela parce que furent les mêmes sœurs... qui demandèrent comme une faveur de pouvoir guérir les cholériques et de desservir les lazarets. On leur accorda avec empressement. Plusieurs (d'elles) succombèrent à l'épidémie (J.-M. Henry, Histoire populaire, religieuse et civile de la vallée d'Aoste, IV éd., 1977). Il faut souligner que les Sœurs de Saint-Joseph ... se consacrèrent également avec une bonté constante aux soins des malades à domicile (. .. ) elles étaient des infirmières indiquées en tout cas de maladie prolongée ou grave (... ) leur dévouement en ce sens fut surtout admirable à l'époque des épidémies, comme celle du choléra morbus en 1854 et en 1867... (S.-B. Vuillermin, Les Sœurs de St. Joseph d'Aoste, 1891). Il faut rappeler qu'à l'époque la maison des Sœurs à Saint-Vincent était localisée dans le bourg entre l'actuelle rue de Rome et La ruelle Péaquin. A propos de l'engagement de ces sœurs, véritables Angeli della Carità, on sait, par d'autres sources, que ... les sœurs Euphrosyne (Emilie Vauthier, 1831-1877) et Oursine (Sabine Ruffier, 1846-1891, longtemps institutrice à SaintVincent) devinrent infirmières en chef. On se souvient que m

sœur Euphrosine attribuait à une protection spéciale de Dieu la sérénité d'âme qui ne les avait jamais abandonnées au milieu des scènes déchirantes qui se succédaient sans-cesse et qui leurs faisait oublier les périls au foyer même de la contagion ... L'année suivante (février 1868), l'épidémie étant remarquablement affaiblie sinon terminée, l'administration municipale décida que le moment était arrivé d'intervenir dans ce cimetière; en particulier, il était nécessaire de prévoir la délimitation de cette petite zone en construisant un mur d'enceinte en pierre ; il est clair que la peur et la (prétendue) facilité d'une reprise du terrible fléau étaient encore à la base des pensées des administrateurs. Pour fabriquer cette clôture avec un portail en fer à positionner dans la porte d'entrée, furent budgétisés et dépensés 298 lires et 78 cents. De nos jours, personne ne sait dire si cette structure fut encore utilisée pendant l'épidémie de variole (1885) et celle de la grippe espagnole (1918) ; en effet, l'histoire du cimetière de Cossun n'a pas encore fait l'objet de recherches d'archives appropriées. Il reste encore à déterminer l'époque dans laquelle ce cimetière, bâti spécifiquement et peut-être utilisé uniquement pour les morts du choléra en 1867, fut démoli, avec quelles précautions et, enfin, en quelle année ce terrain a été vendu par la municipalité (et pourquoi) à une famille privée qui, au fil du temps, l'a utilisée pour planter des légumes. Memento, homo, quia pulvis es, et in pulverem reverteris Nota: Pour la réalisation de ce texte, je dois un grand merci à Sœur Silvana, des Sœurs de Saint Joseph d'Aoste, qui m'a donné des informations historiques précieuses pour la rédaction.

L'ESPAGNOLE À SAINT-MARCEL ~Par Roger ARTAZ (traduction de Lorenzo CELr) L a particularité de la grippe " espagnole ,,, en Vallée d'Aoste comme ailleurs, fut que la maladie frappa de façon spécifique les classes les plus jeunes de la population et, en particulier, les femmes et les enfants de moins de 10 ans. Par contre, les gens âgés de plus de 40 ans purent limiter la mortalité grâce aux anticorps développés suite à la dernière pandémie de grippe des années 1889-1890 (grippe" russe,,). Le même principe est valable pour les survécus à l'épidémie de choléra quelques cinquante ans auparavant (été - automne 1867). À Saint-Marcel les morts causés par la grippe espagnole furent au moins vingt-cinq, auxquels il faut ajouter les sept soldats marçoleins décédés pour des maladies pulmonaires imputables à ce même virus, loin de leurs maisons, dans les tranchées ou dans les champs de prisonniers de guerre. Dans notre Commune, on compta cinq morts de jeunes de moins de 10 ans, onze ayant moins de 20 ans, et sept entre 21 et 40 ans, tandis que parmi les plus âgés, les décès furent deux. Au total, les décédés d'espagnole à Saint-Marcel avaient un âge moyen de 19,7 ans et 60% étaient de sexe féminin. Pendant la semaine du 7 au 13 octobre 1918, on enregistra dix décès dont quatre seulement le jour 9 (tous concentrés sur la colline entre Seissogne et Réan). Les premières morts anomales se vérifièrent à Seissogne, où, entre janvier et la fin de février, la famille BlancJulien perdit deux de ses fils, respectivement de 19 et 2 ans, probablement pour une forme de grippe qui n'était pas encore l'espagnole, mais avec des effets assez semblables (pendant la pandémie, le virus changea souvent). La vraie épidémie se manifesta à la fin de septembre dans le village Troil chez la famille Blanc-Thibériade avec la mort de trois sœurs (7, 16, 18 ans) en

quelques jours ; vraisemblablement, la contigüe maison de la famille Mathiou fut elle aussi victime de la contagion : une fille de 15 ans y décéda une semaine après ses voisines. Un autre foyer d'épidémie se développa dans le village Prélaz, chez les Nouchy-Dyblets où, au début d'octobre, en quatre jours moururent une femme de 40 ans et son fils de 4 ans. À la fin du mois, à Valméanaz, la famille Junod-Blanc perdit deux de ses membres : la jeune domestique de 24 ans et le chef de famille de 73 ans. Le pic grippal dans les villages de la colline fut atteint en octobre. À Réan la famille Ducly-Bionaz perdit deux fils de 12 et 3 ans en dix jours. À Seissogne la famille de François-Joseph Bertholin perdit cinq enfants : la première fille, de 15 ans, au printemps, peut-être à cause d'une différente maladie; autres trois filles de 7, 17, et 24 ans, dont deux le même jour, à quelques heures de distance l'une de l'autre, et leur frère, appelé sous le drapeau, qui décéda le 12 novembre dans un hôpital de champ près de Venise où il avait été hospitalisé pour " double pneumonie " après avoir été prisonnier dans un champ autrichien. Toujours à Seissogne, la famille Pessein-Grange perdit deux membres, une fille de 28 ans en octobre et son frère de 31 en décembre. Dans le district sanitaire de Nus, auquel Saint-Marcel appartenait, opéra avec dévouement le docteur Alexandre Porta, décédé pendant l'épidémie et remplacé par le docteur Giuseppe Notari qui, après la fin de la contagion en avril 1919, reçut une attestation d'estime du Conseil communal de Saint-Marcel pour les soins donnés aux malades d'espagnole dans les différents hameaux de la Commune. Le même Conseil délibéra, en mars 1920, de verser un salaire au médecin condotto). Les célébrations pour la victoire soufferte en novembre 1918 ont sûrement éclipsé la tragédie de la grippe espagnole : au début elle avait été sous-estimée, ensuite censurée pour éviter la panique ou déprimer la population déjà éprouvée par les vicissitudes de la guerre. La pandémie continua quand même à se propager jusqu'à l'année suivante, bien que sous une forme moins agressive, avant de cesser finalement et tomber peu à peu dans l'oubli. m

L'ÉPIDÉMIE DU CHOLÉRA À SAINT-MARCEL ~par Roger ARTAZ (article paru en italien dans "La luge", revue communale de Saint-Marcel) L a mémoire collective se souvient des épidémies de peste et des grippes assez virulentes, telles que l' « Espagnole " de 1918/19 ou 11 « Asiatique " de l'hiver 1957/58, plutôt que du choléra de 1867, la contagion la plus grave dont la population valdôtaine souffrit, après la peste de 1630. En effet, 145 ans s'étant écoulés, la mémoire du choléra est peu précise, bien que dans les souvenirs de nos ancêtres, chaque fois que l'hiver était rigide et la grippe posait des problèmes sanitaires graves, l'expression 111' et coumen 1' an di couléat" paraissait, à indiquer un événement très douloureux, enraciné dans la mémoire collective. Pour documenter ce qui se passa à Saint-Marcel pendant l'épidémie, les registres des décès et celui des délibérations de la junte communale conservés aux archives de la Commune ont offert les données les plus importantes. Elles attestent comment, quelques ans après l'Unité d'Italie, la population diminua sensiblement, à cause d'une centaine de décès. Le choléra, maladie infectieuse transmise par la bactérie Vibrio cholerae touchant à l'intestin, frappa plusieurs marçoleins entre la fin de mai et le début de septembre 1867, précédé par quelques épisodes moins graves. Les classes d'âge les plus atteintes parmi la population locale, composée en grande partie de paysans de conditions modestes, furent celles des plus faibles, les enfants et les gens âgés. Ainsi, dans les premiers mois de 1867, pendant les froids de l'hiver, il y eut le décès de cinq enfants de moins de six mois de vie, tandis qu'au printemps les registres attestent la mort de huit personnes âgées, probablement débilitées par une saison moins chaude que d'habitude (le 25 mai un gel inattendu blanchit les champs, compromettant la récolte estivale). m

Le premier décès dû au choléra fut celui d'une femme de 63 ans, morte au village de Moral à 6 heures du soir du 23 juin 1867. Son mari lui survécut seulement quarante jours, mourant le 2 août suivant, mais auparavant il y eut quatre morts en juin et cent-cinq en juillet, tandis qu'en août l'on enregistra cinq morts au total et seulement quatre en septembre. L'évolution de l'épidémie à Saint-Marcel ressemble à celle de la région tout entière, où le pic de la maladie fut atteint entre la mi-juin et la mi-juillet et le dernier décès data du 11 septembre. Le village le plus frappé fut celui de Surpian, dans lequel dixneuf personnes moururent en moins de quarante-cinq jours. Les autres hameaux de la Plaine eurent leurs morts, quoique moins nombreux, surtout dans la première décade de juillet : neuf à Chevroz, huit à Vurvbian, six à Sinsein, cinq à Prarayer, Valméanaz, Jayer et Paquier, trois à Moral et Mayères, deux à Rive et au Troil, seulement un à Lillaz. Pendant la deuxième et la troisième décades de juillet, le choléra se diffusa dans la colline, avec dix-huit morts à Seissogne, treize à Réan et douze à Enchasaz. Le jour le plus funèbre fut le 16 juillet, avec douze décès. Il faut encore rappeler qu'au début del'épidémie, la communauté perdit aussi son curé, l'abbé Jean-Barthélemy Porté, qui avait assisté les premiers malades et célébré les funérailles des premiers morts. Le curé, originaire de Perloz, décéda le 2 juillet dans la maison paroissiale et fut remplacé par le vicaire, l'abbé Tutel, jusqu'à la nomination d'un nouveau curé, l'abbé Jules-Martin Quey. Au-delà des chiffres, les documents relatent aussi les vicissitudes de certaines familles, parfois des véritables tragédies dans la tragédie : à Surpian, la famille Bionaz - originaire de la Commune homonyme, mais établie depuis quelques décennies en ce lieu - perdit cinq de ses membres en peu de semaines : la première victime fut la femme du patriarche Jean-Pantaléon, Elisabeth Petitjacques, décédée le 5 juillet à l'âge de 58 ans i peu de jours après, la suivirent Jean-Antoine Bionaz, frère de Jean-Pantaléon, les filles de celui-ci, Marguerite et Joséphine, lesquelles avaient probablement soigné les malades avant de tomber malades à leur tour, et leur cousin Joseph-Louis. À Seissogne, la famille d'Augustin Blanc, époux de Célestine Nouchy, perdit deux fils de4 et 6 ans dans l'espace de quatre jours (la

maladie avait d'habitude une période d'incubation de 24-48 heures). À Paquier, dans la maison Adam, Charles Paillet et sa fille Louise moururent dans l'espace de quelques heures. À Vurvian, les jugaux Piassot-Boni, de 59 et 55 ans, décédèrent à cinq jours l'un de l'autre. Le même sort toucha à deux autres couples à Surpian, Marcel-Joseph Blanc et sa femme Marie-Julienne et Pierre-François Grange avec Marguerite Denchasaz. Toujours à Surpian, la plupart des morts pour l'épidémie, douze sur dix-neuf, furent des femmes. Il s'agissait presque toujours de femmes ménagères, auxquelles revenait la tâche d'assister les enfants et les gens âgés: probablement, elles furent infectées par ceux qu'elles soignaient. Une donnée intéressante offerte par la recherche est représentée par le pourcentage des morts parmi les enfants provenant de l'Hospice de Charité : treize sur un total de vingt-huit entre 0 et 15 ans. Il s'agissait d'orphelins accueillis par les familles locales, ayant déjà leurs fils à nourrir. Après l'épidémie, il y eut seize nouveaux veufs et veuves, dont une partie décédèrent les mois suivant l'épidémie, peut-être parce que leurs organismes étaient affaiblis à cause de la maladie, tandis que parmi les autres des mariages furent célébrés, en particulier entre ceux et celles qui avaient déjà des enfants. En général, les classes d'âge les plus frappées furent celle des 0-15 ans et celle des " over 60 ", qui eut trente-neuf morts. Il faut encore noter que la population active, surtout les hommes employés dans les alpages pendant les mois estivaux, échappa à l'épidémie. En effet, parmi les hommes et les femmes entre 25 et les 45 ans victimes furent seulement treize et pour la plupart il s'agissait de gens déjà atteints par d'autres maladies. Dans les registres des délibérations de la Junte communale est conservé le procès-verbal de la réunion du dimanche 14 juillet : le syndic Anselme Nouchy avait convoqué les conseillers JeanAugustin Blanc et Louis-Victor Blanc, remplaçant Félix Blanc, à la présence du notaire Pierre-Victor Rosset, Secrétaire communale, car " depuis quelques jours une maladie épidémique s'est développée parmi les habitants de cette commune où elle a déjà moissonné des nombreuses victimes » . Le premier citoyen constata que les cadavres portaient la contagion autant que les malades. Il était donc nécessaire d'emm

pêcher la diffusion du choléra par la prédisposition de " caisses fun èbres » pour enterrer les corps et par la présence d'un nombre suffisant de fossoyeurs disposés à transporter les morts, s'adaptant à « ces tristes et dégoutantes fonctions ». Bien naturellement, il fallait assurer le payement pour leur service. Cela posait un problème pour le manque de ressources, mais selon le syndic l'intérêt public obligeait à soutenir des sacrifices afin que les caisses communales puissent " substenir et faire face à tous ces besoins » . Les conseillers jugèrent « véritier et digne de considération » le discours du syndic et, avec le consentement du secrétaire communal, attribuèrent 300 livres au Syndic pour les dépenses causées à l'épidémie. La délibération démontre que les administrateurs publics prirent en charge le problème de l'épidémie seulement dans le mois de juillet, quand le choléra avait déjà provoqué quarante victimes et en avait infecté soixante-dix autres. Les mots du syndic révèlent aussi qu'à l'époque la " maladie épidémique » n'avait pas encore été reconnue comme choléra. En effet, selon le jugement rendu à l'époque par le docteur Alliod, dans son L'épidémie de 1867 dans la Vallée d'Aoste, « L'autorité, qui fit depuis tant d'efforts pour dominer l'épidémie, ne prit alors aucune des mesures que la prudence commande. Le mot choléra avait bien été prononcé depuis le 20 avril: on n'ignorait pas que cette maladie venait de se montrer à Ivrée [. .. ]L'autorité n'osa prendre une détermination, crainte, peut-être, de jeter l'épouvante [. .. } On prononce le mot d'épidémie. L'autorité s'émeut, mais tous les médecins n'étant pas du même avis... » . L'épidémie rendit évident que le vieux cimetière, entourant l'église paroissiale, était insuffisant pour tous les corps. À ce propos, il faut rappeler qu'à l'époque chaque village avait à disposition une partie bien précise du cimetière pour l'enterrement de ses morts, mais déjà en 1844 le curé lamentait leurs insuffisances, demandant l'intervention de l'Administration communale pour « trouver un nouveau lieu pour le déplacement du cimetière » . À cette occasion, le Conseil communal constata que le cimetière mesurait 120 toises, environ 420 mètres carrés, jugés suffisant pour accueillir entre le quarante et les quarante-cinq sépultures chaque année, prévue pour une population moyenne de 1127 âmes. Par contre, en conséquence de l'épidémie de choléra, des rapm

ports des médecins " du Conseil pour la Santé » et de lois de Santé Publique, le 13 décembre 1868 le Conseil communal délibéra «l'érection d'un nouveau cimetière», éloigné au moins 100 mètres des habitations et apte à contenir les morts des futures épidémies. En 1869, le procès-verbal de la visite pastorale de Mgr Jans enregistra que " le cimetière autour de l'église {était] en mauvais état » et dans les années suivantes le nouveau cimetière fut érigé à Pocher, à proximité de la chapelle de Saint-Roch. Cependant, la croissance démographique de la Commune porta à son agrandissement vers l'est, en 1894. Revenant au choléra, il est certain que tous les marçoleins infectés furent soignés chez eux par leurs proches car dans la Commune il n'y avait ni dispensaires ni médicaments. Parfois, l'on employa les fumigations avec le chlore pour désinfecter les locaux, parfois les malades furent déplacés chez des parents dans les villages de la colline, dans le (faux) espoir de les éloigner du pire et avec la seule conséquence d'infecter d'autres foyers. Le premier médecin à intervenir dans les communes de Quart, Saint-Marcel et Brissogne fut le docteur Favre, de l'Hôpital Mauricien. Celui-ci s'installa dans le bourg de Villefranche, où avait siège le préside de vigilance et commença à visiter les malades dans les différents villages. Tombé malade, il fut remplacé par le docteur Brera, de Turin, à son tour remplacé peu de temps après par le docteur Pierre-Joseph Alliod, lequel se prodigua pour les infectés avec les remèdes disponibles à l'époque, laissant un témoignage écrit sur son expérience, qui fut publié en 1870. Les médecins de l'époque constatèrent que la contagion ne dépassa pas l'altitude végétative de la noix car les cas de malades au-dessus de 1100 mètre furent très rares. Le docteur Alliod raconte dans son livre que, pendant ses visites, il croisa un type se déclarant " le garde-chasse de SaintMarcel. .. qui me prie de visiter sa famme7 ». Celle-ci était malade, mais se trouvait dans un village éloigné du lieu de la rencontre. Alliod décide quand même de la rejoindre mais, pendant la visite, c'est le mari qui tomba à terre, frappé par une crise inattendue car la maladie se manifestait souvent après plusieurs jours de faiblesse et perte d'appétit, mais parfois se révélait soudainement. Heureusement - conclut le docteur - les jugaux se reprirent, grâce aux soins reçus. m

Dans l'année du choléra, Saint-Marcel compta cent-quarantecinq8 morts, dont cent-dix-huit pour la maladie. L'année précédente avaient été seulement quarante-cinq et dans les années suivantes la moyenne s'attesta entre quarante-huit et quaranteneuf unités : en quelques quarante jours, disparut 1/10 de la population de la commune, selon les données du recensement de 1861, qui enregistra 1.315 résidents. Quatre ans après, au moment du recensement de 1871, la population avait déjà dépassé le nombre des habitants avant l'épidémie, sans laisser aucune trace de la diminution due au choléra, sinon dans les registres d'état civil. décès par mois janv. févr. mars avril mai juin juillet août sept . oct. nov. déc. m

Vallée d'Aoste d'antan UN VOYAGE À TRAVERS LES CARTES POSTALES ANCIENNES -<> Cesare CossAVELLA Aoste Tour du Baillage 1915 Âosfl? · Tour du (~preux Aoste Tour du Lepreux 1911

Aoste - Tourneuve - 1906 .1. B. 2~9. Rosh>. Tour de Bramofom (XII s.) Aoste - Tour de Bramafam - 1915

Gignod La Tour Aoste Tour des Seigneur de Saint'Ours 1909

2583 GRESSAN Castello La-Tour, restaurato Propricfo Mons. Duc Vescovo d'Aosta ... Gressan - Chateau La Tour - 1908 Oyace La Tornalla

VICTOR-AMÉDÉE II DE SAVOIE Roi DE S1c1LE * Adriana MEYNET D ans le bourg de La Salle, sur la façade d'une maison privée, un fresque raconte du passage et séjour d'un Savoie, roi de Sicile. "LE 17 MOIS DE SEPTEMBRE 1711 SA MAIESTE LE ROI DE SICILE À LOGE EN SETTE MAISON" C'est bien Victor-Amédée II de Savoie, dit le renard savoyard (14/5/1666-31/10/1732), fils de Charles Emanuel II, auquel il succéda en 1675 sous la régence de sa mère Jeanne Baptiste de Nemours, et qui sut transformer avec une grande habilité politique son Duché (donné en 1416 à Amédée VIII) en Royaume, suite aux traités de paix d'Utrecht, de 1713, et de Rastadt, l'année suivante, qui mirent fin à la guerre de succession d'Espagne. Victor-Amédée II s'accorda souvent avec les autres États avec des liens en pleine aisance. Le 16 janvier 1686 il mit fin à la tolérance dont bénéficiaient les Vaudois et les fit persécuter, mais son règne fut marqué aussi par des incompréhensions fréquentes avec la papauté de Rome.

Il tint la Sicile pendant cinq années, mais elle était trop éloignée pour la défendre : en 1718 elle fut l'objet d'une échange avec Charles VI de Habsbourg, contre la Sardaigne, qui se réalisa seulement en 1720. En septembre 1730 il abdiqua en faveur de Charles Emanuel III, son fils et il se retira dans le château de Chambéry jusqu'en 1731 où il décida de reprendre la couronne déçu par la politique de son fils. Mais la partie adversaire l'assigna au château de Rivoli où il mourut prisonnier. Il fut inhumé en la basilique de Superga à Turin. Son fils, roi de Sardaigne, sur le trône dès 1730, gouverna en despote éclairé. Le 19 décembre 1771, promulgua un édit pour "l'affranchissement des fonds sujets à devoirs féodaux qui permettaient aux paysans de racheter les droits féodaux à leurs Seigneurs". Face aux résistances du clergé et de la noblesse, ce sera son fils, Victor-Amédée III qui fera aboutir cet affranchissement général par ses Lettres Patentes du 2 janvier 1778. Dans le livre de Benjamin Favre Recherches Historiques sur le Valdigne - de la Révocation de l'édit de Nantes à la Paix d'Utrecht, 1685-1713, Imprimerie L. Mensio, Aoste 1884, à page 149-150 on lit: m

« En effet S.A.R. revenant de la Savoie descendit le PetitSaint-Bernard et vint loger à La-Salle le 17 du mois de septembre 1711. Une inscription encore existante aujourd'hui, sur le devant de la maison où Elle logea nous rappelle ce passage : À l'occasion de l'arrivée du Duc Victor-Amédée, voici ce que l'entrepreneur des travaux, Bonnafou, écrivait à Crassy (député au Valdigne): "De Morgex ce 14 septembre 1711. "M.,Icy vien d'ariver 40 chevaux et mulles de l'équipage de S.A.R. qui on icy leur logement que l'offitier qui les conduit ma assuré que S.A.R. seraict icy après demain imancablement qui estait party aujourd'huy de Conflan et vien coucher à Moitier (Moutiers) demain à S.Maurice (Bourg-Saint-Maurice) après demain à La-Salle. Et comme je me suis donné l'onneur de vous escrire pour avoir 20 hommes tant masson qu'autre je vous prie de men envoyé 30 parceque je croyais avoir deux jour et je n'ay quun faut qui se trouvent à la grange de M. Arnod (Thovez) demain bon matin ou je me trouveray à l'aube du jour. insi comme je suis très-persuadé que vous etste bon suject de S.A.R. vous mettrés touttes vos diligences pour que les cheminsoit en estat sera aussi de vostre honneur son A.R. sera informé de vostre bonne diligence lorsqui trouvera les chemins en bon estat parcequi verra bien que ce sera par vostre diligence. suis entandan ce plesir de vous. Bonnafou » m

L'ÉPHÉMÈRE ' REGNE SICILIEN DE VICTOR-AMÉDÉE II ~ Joseph RIVOLIN LI intéressante inscription signalée par Adriana Meynet, qui remonte au quinquennat 1713-1718, nous donne l'occasion d'évoquer une période peu connue de l'histoire de la maison de Savoie : le règne éphémère de Victor-Amédée II en Sicile, qui fut l'une des conséquences de la guerre de succession au trône d'Espagne qui ébranla l'Europe occidentale de 1700 à 1713. Le duché de Savoie s'engagea dans ce conflit, qui éclata lors du décès du roi Charles II de Habsbourg sans descendant, sous prétexte que le duc estimait avoir des droits sur ce royaume en tant que descendant de CaVictor-Amédée II de Savoie therine de Habsbourg, fils de Philippe II roi d'Espagne et épouse de Charles-Emmanuel Ier, dont la dot promise n'avait jamais été payée. Il était confronté à d'autres prétendants d'envergure : le roi de France Louis XIV (fils d'Anne et mari de Marie-Thérèse, deux princesses de la maison de Habsbourg), l'empereur Léopold Ier de Habsbourg (fils de Marie-Anne et mari de Marguerite de Habsbourg, de la branche espagnole) et son fils Charles. Au moment de l'ouverture du testament du roi défunt, on découvrit cependant qu'il avait lui-même disposé de sa succession, en destinant la couronne espagnole au duc d'Anjou Philippe de Bourbon, neveu du Roi Soleil. La guerre éclata aussitôt : allié au départ à Louis XIV pour soutenir Philippe (qui en 1701 avait épousé sa fille Marie-Louise), Victor-Amédée changea de m

camp en 1703, en adhérant à une ligue antifrançaise formée par l'Empire, l'Angleterre et les Pays-Bas (traité de La Haye, 7 septembre 1701 ), qui soutenaient les raisons de Léopold et de Charles de Habsbourg, contre la promesse d'obtenir le Montferrat, Alexandrie, Valenza, la Lomelline et la Valsesia. Pendant les 13 ans que dura la guerre, les rapports diplomatiques qui l'accompagnèrent aboutirent à une série de traités qui redessinèrent les équilibres politiques des puissances européennes. Philippe de Bourbon finit par obtenir le royaume d'Espagne, mais dut renoncer à ses appendices italiennes - le duché de Milan et le royaume de Naples - qui furent assignés au nouvel empereur Charles VI de Habsbourg, et à la Sicile, attribuée à Victor-Amédée II avec le titre royal par le traité d'Utrecht, souscrit le 11 avril 1713. Le duc obtint aussi la restitution intégrale de tous ses territoires dynastiques, la cession par la France des vallées d'Oulx et de Bardonnèche et des forteresses d'Exilles et de Fenetrelle, ainsi que tous les territoires italiens promis par la Ligue de La Haye. Par La Sicile au xvme siècle ce traité et celui de Rastadt, signé le 6 mars de l'année suivante, on reconnut aussi aux Savoie le droit éventuel de succession au trône d'Espagne en cas d'extinction des Bourbon (cette clause permettrait à Amédée de Savoie, duc d'Aoste, de devenir roi d'Espagne en 1871). L'attribution de la Sicile, séparée pour l'occasion du royaume de Naples, avait été obtenue grâce surtout à de fortes pressions de la part de l'Angleterre, presque contre la volonté du duc lui-même, qui aurait préféré l'annexion du duché de Milan à ses terres piémontaises. L'Angleterre avait des intérêts économiques et stratégiques importants dans l'île et voulait éviter d'avoir à faire aux Habsbourg ; cependant, cette solution n'était pas du goût de l'empereur, qui refusa de m

l'entériner : c'est pourquoi elle était destinée à ne pas durer longtemps. La Sicile fut formellement cédée à Victor-Amédée par son gendre, devenu Philippe V d'Espagne, le 10 juin et le 13 juillet suivant, quand les deux souverains signèrent le traité de paix. La guerre avait été longue et douloureuse. Dans les États savoyards elle avait entraîné des massacres, des destructions, des pillages, des disettes et des frais faramineux : en 1710 on avait dressé un bilan financier provisoire, tenant compte des déPalerme gâts, qui montait à presque 95.000.000 de livres, soit l'équivalent du total des recettes puliques d'une décennie. En revanche, on avait pu compter sur un subside, versé par les alliés aux caisses ducales de 1704 à 1713, de plus de 37.200.000 livres, soit 20% environ du bilan final. La nouvelle de la fin de la guerre suscita l'enthousiasme : à Turin on éclaira le ville pendant trois nuits, on organisa des défilés, des processions et des réjouissances, qui culminèrent le 3 août par un Te Deum solennel, des salves d'artillerie, des musiques et des bals dans les rues, des feux de joie et des feux d'artifice. Le 22 septembre, lors d'une cérémonie solennelle, VictorAmédée fut proclamé roi à Turin, à la présence des représentants du Parlement sicilien; voulant visiter son royaume, le 27 septembre il nomma lieutenant des États de terre-ferme, pour la durée de son voyage en Sicile, son fils aîné Victor-Amédée, prince de Piémont et le 3 octobre il s'embarqua à Nice, avec la reine Anne d'Orléans, sur un navire anglais. Reçu triomphalement sur l'île, il voulut l'explorer de long en large avant de faire son entrée solennelle à Palerme le 21 décembre : il jura en la cathédrale de respecter les lois et les privilèges du royaume et les statuts de la ville et reçut à son tour le serment de fidélité des trois " bras " du Parlement : ecclésiastique, bam

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