Le Flambeau

ad LE FLAMBEAU '·""""'' Revue du Comité des Traditions Valdôtaines - O.n.1.u .s. "Maneat dornus donec formica aequora bibat et !enta testudo toturn perarnbulet orbem". (graffiti du château de Pénis) Alessandro Celi Éditorial Rédaction 47'"'c rencontre des émigrés Joseph-César Perrin Quand les Valdôtains savaient défendre leur langue Joseph Rivolin Lieux de mémoire, Les paroisses de la Vallée d'Aoste Cecilia Marcoz Chez Nous: un petit livre qui a occupé pendant longtemps une grande place dans l'école valdôtaine Eugenio Isabel Montagnes, montagnards; campagnes, campagnards Cesare Cossavella Vallée d'Aoste d'antan: voyage à travers les cartes postales anciennes Alessandro Liviero Émigration valdôtaine en Algérie (4'me partie) Nadia Agnesod La fête de la Pointe des Trois-Évêques Enrico Tognan Histoire des émigrés, César Personnettaz (1925-1944) La Clicca Dans ce numéro 3 4 6 16 23 34 38 42 62 67 Groupe folklorique La Clicca de Saint-Martin de Corléans, activités 2023 69 Traditions Valdotaines Groupe folklorique Traditions Valdotaines d'Aoste, activités 2023 72 François Stevenin Lieux et mémoire de la Résistance 77 La Rédaction Pour ne pas oublier 79 La Rédaction Une excursion à Liverogne il y a 150 ans 87 La Rédaction Maria Thomasset (in memoriam) 92 La Rédaction Anita Fallais (in memoriam) 93 Poètes du terroir 93

Pl.AM ad 70e année -n° 262 3/2023 LE FLAMBEAU Rédaction et Administration COMITÉ DES TRADITIONS VALDÔTAINES 3, rue de Tillier - 11100 Aoste Tél. +39 0165 36 10 89 [comitedestraditions@gmail.com) [ouvert le mardi de lOh à l lh30; le samedi de lOh à l lh)) DIRECTEUR RESPONSABLE Joseph-Gabriel Rivolin COMITÉ DE RÉDACTION Rédacteur en chef Laura Grivon -loflambo@gmail.com Rédactems Alessandro Celi, Joseph-César Perrin, Enrico Tognan COTISATION ANNUELLE AU COMITÉ DES TRADITIONS VALDÔTAINES Italie :€ 25,00 Europe:€ 30,00 Autres pays : € 35,00 Cette cotisation annuelle donne droit à l'envoi de notre revue trimestrielle Le paiement peut être effectué : - au siège du C.T.V. 3 rue De Tillier à Aoste, aux jours et heures indiqués; - par versement sur le compte courant postal n°10034114 au nom du Comité des Traditions Valdôtaines, 3, rue De Tillier 11100 Aoste; - par virement bancaire - !BAN: IT 33 V 02008 01210 000002545815 BIC/SWIFT: UNCRITMlCCO Les sociétaires demeurant hors d'Italie peuvent verser la cotisation par mandat postal international, ou par virement bancaire au nom du Comité des Traditions Valdôtaines, 3, rue De Tillier, 11100 Aoste. Pour les payements en chèques sur des banques à l'étranger, il est nécessaire d'ajouter 10 euros pour les frais bancaires. Enregistrement Tribunal d'Aoste n° 7/75 du 31.07.1975 Les manuscrits non publiés ne sont pas rendus Les opinions émises par les auteurs des articles n'engagent ni la rédaction du "Flambà" ni le C.T.V. Impression : Tipografia Valdostana S.r.l. 5, C.so Padre Lorenzo - 11100 Aosta (Vallée d'Aoste) Tél. +39 0165 239559 Avis aux destinataires du Lo Flambô-Le Flambeau IJ FSC www.fsc.org MlX Paper from responsible sources FSC• C109765 Aux termes de la loi n° 196/2003 nous vous informons que vos données personnelles figurent dans la liste des adresses du Comité des Traditions Valdôtaines, titulaire du traitement y afférent, et que pour exercer le droit que vous avez de les modifier, de les actualiser ou de les supprimer vous pouvez nous adresser à tout moment un courrier postal à l'adresse suivante Comité des Traditions Valdôtaines - 3, rue Jean-Baptiste de Tillier - 11100, Aoste.

/ EDITORIAL -O. ALESSANDRO CEL! Chère Sociétaire, cher Sociétaire, Ce troisième numéro du " Flambeau " 2023 présente son large éventail d'articles unis par le dénominateur caractérisant la revue depuis plus de soixante-dix ans, : l'amour pour la Vallée d'Aoste et sa culture. Encore une fois, les multiples facettes composant notre identité - art, artisanat, économie, folklore, histoire, littérature, mémoire des défunts aussi - ont inspiré le travail des collaborateurs bénévoles qui offrent les résultats de leurs efforts à tous les associés. Ainsi, je crois mon devoir les remercier par ces quelques lignes, ainsi que les proposer comme modèle aux lecteurs, afin que leur exemple soit suivi et permette de continuer dans l'œuvre méritoire de préserver la mémoire du passé pour fonder l'avenir. Le " Flambeau ", notre " Flambeau ", est aujourd'hui la seule revue entièrement francophone publiée en Vallée d'Aoste, un témoignage important de notre culture traditionnelle, fondement de notre identité. Il est donc indispensable que cette revue continue à paraître : pour ce faire, la contribution du plus grand nombre possible de collaborateurs est souhaitée. En conséquence, j'invite lecteurs et lectrices à envoyer des articles et des photos sur tous les sujets ayant attrait avec la Vallée d'Aoste et les Valdôtains, ceux du Pays et ceux de !'Étranger : la variété des sujets est le meilleur moyen pour maintenir et augmenter le nombre des lecteurs, première condition pour assurer au " Flambeau " la diffusion qu'il mérite et qui sert à notre région. LE PRÉSIDENT Il

4 7ème RENCONTRE DES ÉMIGRÉS -<>- LA RÉDACTION C / est la commune de Quart qui a accueilli et rassemblé les descendants de nos émigrés à l'occasion de la 47e Rencontre, le grand rendez-vous annuel. Une fête très appréciée qui a la grande capacité de réunir les personnes et leur permettre de partager des souvenirs mais aussi de permettre aux nouvelles générations de redécouvrir la patrie de leurs ancêtres. Le syndic de Quart, Fabrizio Bertholin, qui a pris la parole en premier, a rappelé que " par le passé, de nombreuses familles ont malheureusement quitté Quart, à la recherche de conditions de vie que notre Vallée ne pouvait pas leur offrir. Chacun de nous " a souligné le Syndic" a dans sa famille au moins un grandpère, des oncles ou des cousins qui sont partis à l'étranger, où ils ont souvent pris racine "· Aujourd'hui, a ensuite précisé le syndic, il y a encore " de jeunes Quarteins en France et en Suisse, mais aussi en Pologne, au Mexique, en Guadeloupe et jusqu'en Nouvelle Zélande : un peu partout dans le monde, en somme "· Gérard Schrepfer, Président du Co.Fe.S.E.V.- Comité Fédéral des Sociétés d'Émigrés Valdôtains, qui s'est exprimé au nom des diverses sociétés d'émigrés pour attirer l'attention sur le problème concret des travaux de restructuration du tunnel du Mont-Blanc : " Les Alpes, cette barrière, après mille ans de séparation physique, avaient été vaincues par le tunnel et là, nous revenons comme dans le passé. Mais aujourd'hui les hommes et les idées rechignent à être freinés dans leurs déplacements et la concurrence est rude sur les voies de passage. Nous souhaitons qu'à travers cette situation, notre Vallée connaisse un regain d'intérêt auprès du public européen. Que l'amélioration des voies de communication reste, comme au temps de la Maison de Savoie, une source de ressources bien méritées, une porte ouverte aux dialogues des cultures et au passage des idées et du progrès. Nous autres émigrés et descendants d'émigrés, nous sommes attachés aux relations transfrontalières libres et commodes car revenir au Pays est pour nous une joie "· Laurent Oreiller, jeune originaire de Quart qui s'occupe de projets européens au sein de l'Université de Il

Franche-Comté, à Besançon, a tenu, de sa part, à témoigner de son expérience d'émigré d'aujourd'hui:" Nous portons en nous l'essence même de notre terre natale, la Vallée d'Aoste, tout en étant éloignés physiquement de ses montagnes majestueuses et de ses vallées verdoyantes. Être un Valdôtain, c'est faire partie d'une communauté unie par une histoire riche et un patrimoine culturel unique. C'est vivre au rythme des saisons, des fêtes traditionnelles et des coutumes séculaires qui ont forgé notre identité. C'est parler notre patois valdôtain et perpétuer les récits de nos ancêtres qui ont foulé cette terre depuis des générations. (... )Nous sommes des ambassadeurs de notre belle région, des passeurs de mémoire, et des porteurs d'un héritage que nous transmettrons fièrement à nos enfants". Le Président de la Région Renzo Testolin a, quant à lui, insisté sur l'importance de ce rendez-vous consacré aux émigrés : " La Rencontre " a précisé le Président " est depuis presque un demi-siècle l'un des éléments caractéristiques de notre culture et de notre nature de Valdôtains. C'est un temps fort de l'année, dont nous sommes profondément fiers, car il rend hommage à toutes celles et tous ceux qui ont quitté notre terre pour construire leur avenir ailleurs, mais qui n'ont jamais oublié d'où ils sont partis, parce que le mou de mèison est un sentiment puissant et indéracinable "·D'après une tradition décennale consolidée, le Comité des Traditions Valdôtaines était également présent avec son stand pour offrir aux nombreux émigrés qui participent à cette fête une présence concrète de son action et de leur faire découvrir " Le Flambeau ", la seule revue totalement francophone de notre Vallée. Notre stand représente aussi - à notre grande satisfaction - un point attractif pour échanger des opinions ou, plus simplement, pour écouter des histoires personnelles. Et nous,nous restons toujours bouche bée en entendant les péripéties que durent affronter nos devanciers. Nous sommes toujours surpris d'apprendre que quelques-uns de nos compatriotes firent des voyages incroyables pour trouver leur place dans le monde. Et c'est toujours émouvant d'apprendre que leurs descendants, ceux qui viennent chez nous pour la Rencontre et qui, étant jeunes, connaissent très peu et très mal notre Vallée, en visitant nos cimetières à la recherche de leurs ancêtres, s'étonnent de voir sur les pierres tombales leurs noms de famille. Ils constatent ainsi que leurs racines sont profondes, ancrées dans la roche de la Vallée. C'est, enfin, une satisfaction de constater que notre revue, " Le Flambeau ", suscite toujours un grand intérêt. En 2024 ce sera le tour de la commune de Champdepraz d'organiser la Rencontre et nul doute que le Comité des Traditions Valdôtaines sera présent. Il

QUAND LES V ALDÔTAINS SAVAIENT DÉFENDRE LEUR LANGUE u -o. Joseph-César PERRIN n peuple n'est plus tel s'il perd sa langue car celle-ci est l'expression de son vécu dans l'histoire, de sa culture, de son caractère, de son être profond. C'est elle qui le différencie de tous les autres et qui en fait une entité particulière. Pendant des siècles les Valdôtains ont défendu avec acharnement le français, leur langue littéraire, complément du francoprovençal, la langue de la quotidienneté. Face à n'importe quelle attaque, ils savaient réagir et, parfois, un simple épisode tel que celui dont je vais parler ici démontre leur attachement au parler ancestral et leur prompte réaction face aux tentatives de l'effacer. L'événement concerne la conférence tenue par l'avocat César Chabloz à Aoste le dimanche 6 juillet 1919, à 21 heures au théâtre Emmanuel-Philibert, et qui fut l'objet d'une contestation de la part d'un groupe d'immigrés italiens qui y avaient assisté. Les journaux valdôtains1 avaient annoncé la conférence et informé le public que le montant des recettes de la soirée2 serait dévolu en bénéficence et plus précisément au profit de L'Œuvre Valdôtaine des orphelins de guerre3 . La soirée qui allait être rehaussée par la musique du compositeur Joseph Blanc et du violoniste et directeur d'orchestre Antoine Macioce4 s'anConférence, "Le Mont-Blanc", n° 27, 4 juillet 1919, p. 1; Conférence, "La Tranchée Valdôtaine", n° 13, 4 juillet 1919; Conférences, "L'écho de la Vallée d'Aoste", n° 233, 5 juillet 1919, p. 2. 2 Il s'agit certainement de la vente de la brochure de 21 pages Le Pays natal. Conférence tenue au profit des "Orphelins de guerre", imprimée à Aoste par Marguerettaz. 3 Le revenu de la soirée fut effectivement versé à l'association de bienfaisance car le 10 juillet Désiré Norat, qui en était le président, remercia le conférencier pour les 700 lires qu'il venait de recevoir. Cf. Remerciement, "La Tranchée Valdôtaine", n° 15, 18 juillet 1919, p. 3; Remerciement, "Le Mont-Blanc", n° 29, 18 juillet 1919, p. 2. 4 Après la Première Guerre mondiale l'Administration communale d'Aoste avait eu Il

Portrait de l'avocat César Chabloz nonçait suggestive ainsi que le faisaient pressentir le titre de la causerie, Le pays natal (impression d'un déraciné retrouvant son sol), et la renommée de l'orateur, un homme bien connu car, depuis longtemps, enraciné dans l'administration et dans la politique. Michel-César-Auguste Chabloz était né le 28 août 1868 à La Salle d'une famille bien aisée : son grand-père maternel Jules-César Paris - dont César, lui-même hérita la moitié des biens familiaux, évalués en 1877 à plus de 120 000 lires - était un riche propriétaire de La Thuile; son père Louis-Joseph était un ingénieur ferroviaire (on lui doit le tracement, entre autres, de voies-ferrées en Calabre, en Sicile et en Sardaigne) et, après son retour à Aoste, professeur des mathématiques dans les écoles supérieures de la Ville ; c'est ici que, encouragé par l'idée d'avoir une chanson officielle de la Vallée d'Aoste et, à cet effet, elle lança un concours. Le choix du texte et de la musique de cet hymne " tomba sur une poésie de l'avocat Lucat et l'on confia à Tonino Macioce, premier violoncelliste de l'Orchestre Toscanini au front, d'en proposer la mélodie. Hélas ! il devait s'éteindre peu avant d'avoir donné l'interprétation musicale de cette belle page pathétique qui chante" lo ma de maison" des Valdôtains émigrés "·PAUL FARINET, Chantons mais chantons bien!, "Le Pays d'Aoste", n° 1262, 1 e' juillet 1956, p. 1. Il

LE PAYS NATAL CONFÉRENCE au profit des " Orphelins de Guerre ,, PAR !"Avocat CESAR CHABLOZ AOSTE IMPRIMERIE CATHOLIQUE 1919 La brochure de la conférence le chanoine Édouard Bérard, il entreprit " en vrai patriote " des études pour le percement du MontBlanc et pour le chemin de fer d'Aoste à Pré-SaintDidier5. La notoriété du grandpère qui fut député du Parlement du Royaume d'Italie depuis mars 1867 jusqu'à novembre 18 70, la position remarquable du père, la richesse familiale ne pouvaient que placer bientôt le jeune Chabloz parmi les notables valdôtains. En effet, après ses études au Collège royal de Savone, César put fréquenter les cours universitaires à Turin, devenir avocat à l'âge de 22 ans (licence du 13 décembre 1890) et aborder une brillante carrière politique. Au mois de juillet 1895, à l'âge de 26 ans, il se présenta candidat aux élections communales de la Ville et il obtint un très bon résultat : 350 voix sur les 546 votants ( 64, 1 % ) et le 17 de ce mois ses collègues conseillers lui confièrent la charge de syndic d'Aoste, ce qui suscita l'enthousiasme tant des libéraux que des catholiques qui voyaient dans sa jeunesse un possible renouveau de l'administration aostoise. Chabloz garda cette charge jusqu'aux nouvelles élections qui se tinrent en septembre 1902; le 19 de ce mois il fut reconfirmé, mais il présenta immédiatement une lettre de démission. Certains détracteurs disaient qu'il était 5 Nécrologie, "Le Duché d'Aoste", n° 2, 9 janvier 1895, p. 1. Il

connu surtout pour la lutte qu'il voua à la destruction des hannetons6 mais, en réalité, son activité ne fut pas infructueuse. On lui doit, par exemple, l'achèvement de la construction du grand bâtiment destiné à l'École Normale et à l'École élémentaire (au nord de l'Hôtel de Ville) inauguré en 1899 et la réalisation définitive des cimetières de SaintÉtienne et du Bourg-Saint-Ours. Il faut aussi lui rendre hommage pour son attention à la culture : c'est, en effet, sous son syndicat que fut lancé un concours pour la publication de livres de lecture pour l'école élémentaire7 auquel participèrent Sœur Scholastique (Livre de lecture de l'enfant valdôtain), Sylvain Lucat (Lectures pour les écoles et les familles valdôtaines) et Anselme Réan (Lectures Valdôtaines), cela dans le but de contraster l'empreinte toujours plus envahissante de l'école de l'État. Le but était aussi celui de " faire connaître aux enfants des écoles l'histoire, la géographie, les beautés de notre cher pays ; de leur faire aimer, de maintenir et ranimer chez eux l'usage de cette langue française n. Depuis 1995 conseiller provincial pour le mandement de Morgex, en juillet 1902 César Chabloz fut élu député provincial pour le même mandement, charge qui lui sera reconfirmée pendant 28 ans à laquelle il accumula plusieurs autres fonctions publiques. Le 16 juin 1932 toutes les autorités civiles, politiques et religieuses ainsi qu'une grande foule, participèrent à ses funérailles et tous les journaux, indépendamment de leur adresse politique, en tissèrent les éloges, marque de la grande considération qu'on avait de cet homme. *** 6 En cette période ce coléoptère était vraiment un véritable fléau et Chabloz ne fut pas le seul à le combattre car, comme lui, dans un grand nombre de communes les administrateurs avaient organisé des journées d'hannetonnage pour défendre les fruits des campagnes. 7 Pour recueillir l'argent nécessaire à la publication, Chabloz demanda l'aide de toutes les communes valdôtaines ; dans la lettre circulaire envoyée aux syndics il disait, entre autres : " Nous sommes valdôtains, et comme tels nous avons un héritage précieux à conserver, pour la transmettre intact à la génération future : la langue française. La laisser perdre ou endommager serait un crime, une trahison, comme celle du père insensé qui dissipe le patrimoine de ses enfants; car une langue c'est un patrimoine, une richesse "· Il

L'avocat Chabloz fut aussi un homme des lettres et un grand orateur; quant à ce dernier aspect il suffit de lire "La Revue diocésaine d'Aoste" pour s'en convaincre : " M. Chabloz était un orateur né, il avait à sa disposition la parole, la pureté de l'élocution, la voix harmonieuse qu'il modulait à plaisir, une belle culture, une égale aptitude à parler dans les deux langues, un cœur vibrant qui passait tout dans son verbe. Quelques personnalités valdôtaines venaient-elles à décéder ? C'était à lui qu'on recourait pour le discours funèbre ; aux fêtes du comice agricole c'est lui qui souvent prenait la parole, comme aussi lorsque nos populations inauguraient des œuvres publiques : routes, canaux, etc. L'on n'ignore pas non plus qu'il a été présent à l'inauguration d'un grand nombre de monuments-souvenirs aux morts de la guerre. Il était en droit d'exalter le sacrifice de nos braves, lui qui, malgré son âge, avait pris du service en guerre en qualité de capitaine d'artillerie ,,s_ À ces capacités oratoires, Chabloz unissait aussi une fine plume qui nous a fourni plusieurs articles et deux jolis portraits du chanoine François-Gabriel Frutaz et de l'abbé Jean-Baptiste Cerlogne parus sur la revue"Augusta Prœtoria" 9 . C'est cette même revue de pensée et d'action régionaliste qui publia le texte de la conférence dont je m'occupe ici10 , celle que Chabloz tint effectivement le soir du 6 juillet devant un public très nombreux et attentif. Pour Chabloz le pays natal évoque le chez-soi, le foyer de famille, la maison, le souvenir du passé, le paysage qui a façonné le montagnard ; c'est la terre natale avec sa propre physionomie tout à fait particulière qui nous inspire le culte du souvenir, qui nous lie aux ancêtres et à la 8 M. l'avt. C. Chabloz, "La Revue diocésaine d'Aoste", n° 270, 22 juin 1932, p. 3. 9 CÉSAR CHABLOZ, Le Chanoine Gabriel Frutaz, "Augusta Pr;:etoria", n° 3/5, 1922 p. 57-62; fean-Baptiste Cerlogne et sa poésie, n° 8, p. 137-145. Ceux qui désirent approfondir la pensé de Chabloz peuvent consulter à la Bibliothèque Régionale d'Aoste, en sus de celle de la conférence, les brochures suivantes: La question de l'école (1896), Discours tenu à La Thuile.. .le 13 février 1909 (commémoration de l'abbé Pierre Chanoux), L'heure actuelle (1918), Il traforodel Monte Bianco (1926). 10 CÉSAR CHABLOZ, Le Village natal, "Augusta Pr;:etoria", n° 1, 1919, p. 46-54. Le titre diffère de celui annoncé pour la conférence, Le Paysnatal. Il a été repris par la revue du CTV: Le Village natal, "Lo Flambà Le Flambeau", n° 109, 1/1994, p. 5-13. Ces versions sont incomplètes et pour une lecture intégrale de la conférence il faut aller directement à la brochure publiée en 1919, citée ci-dessus. m

chaîne des traditions, qui a forgé l'esprit de communauté et de coopération, qui nous pousse à laisser ses valeurs en héritage aux nouvelles générations. Cette terre que les aïeux ont aimée on l'aime aussi parce qu'on y a pris racine... Mais laissons la parole à ceux qui ont participé à la conférence. * * * L'article que le journal "La Doire" dédia à cette conférence résume l'appréciation unanime que le public attribua à César Chabloz et il condense le contenu de son exposé. Il mérite d'être reproduit. " Le Conférencier, avec son éloquence habituelle, a su rendre d'une façon magnifique l'attachement tout à fait particulier que le Valdôtain a pour ses montagnes, pour ses traditions ancestrales, sa langue, ses mœurs ; et il a tracé en maître la bonne vie valdôtaine d'antan qui va en disparaissant, tous les jours, sous la poussée d'un nouvel ordre de choses. L'amour du terroir le valdôtain l'a senti davantage pendant les quatre années de guerre, obligé de vivre loin de son pays, pour accomplir le grand devoir vers la grande Patrie Italienne ; d'une manière plus intense que chez d'autres, le valdôtain a souffert toute la nostalgie du sol natal. Bien que nous ne puissions adhérer à quelques idées énoncées par le sympathique orateur à l'égard de l'instruction élémentaire et du catéchisme, nous devons l'approuver lorsqu'il combat la centralisation outrée qui, avec l'excuse de tout égaliser, ne fait qu'enlever aux traditions locales tout ce qu'elles ont de particulier, et aux énergies toute initiative qui serait utile à la vie d'une région. Ce cachet tout à fait spécial de notre vie d'antan, si cher à tout valdôtain, disparait aussi sous la force inéluctable d'un mouvement économique et de la grande industrie; nous applaudissons aux exigences des temps nouveaux et nous avons salué ce beau réveil économique de notre Vallée, mais cela ne peut pas nous empêcher de regretter de tout cœur l'amoindrissement de nos belles traditions locales et surtout la progressive disparition de notre langue française, qui a été la langue de nos pères, la langue apprise sur les genoux de ces saintes femmes qui ont été nos mères, ces bonnes femmes, mères de tant d'héros. ,, 11 11 Chronique locale. Le PaysNatal, "La Doire", n° 28, 11 juillet 1919, p. 3. Il

Si les applaudissements au conférencier fusionnèrent, le début de son exposé avait été interrompu par des contestations : un groupe d'italiens venus l'écouter, tout en sachant que la conférence se serait tenue en français, contestèrent l'orateur en demandant énergiquement qu'il parle en italien. Ce geste irrita les Valdôtains et quelques journaux locaux ne manquèrent pas de blâmer l'épisode. Voici brièvement leur réaction à cette prétention des intervenants étrangers qu'on jugea porter atteinte aux droits linguistiques du Pays. Le journal des Duc12 paraît le moins intéressé à la contestation des italiens : il n'en parle pas; toutefois, il complimenta l'orateur surtout pour son " courage moral " pour s'être exprimé en français " malgré l'obstructionnisme des temps " et donné par-là une leçon de" régionalisme patriotique" ainsi que pour avoir si bien démontré l'attachement au Pays et à ses traditions; mais, ensuite, il s'étonne et le critique du fait que Chabloz ait dédié un passage de son discours à la suppression de l'enseignement du catéchisme qui était, selon l'orateur, un moyen d'éducation, de morale et de maintien du sentiment religieux. D'après l'auteur de l'article, probablement Édouard Duc lui-même, protestant, ce n'est pas le catéchisme, ouvre des cléricaux, qu'il faut enseigner mais la Bible, " écrite par les Prophètes et par les Apôtres '"Tout l'article, plus qu'aux thèmes de la conférence, est donc dédié aux bienfaits de l'enseignement de la Bible. "Le Pays d'Aoste", journal fondé en 1913 par le chanoine Jean-Joconde Stévenin, rappela que malgré la réaction de la part des Valdôtains pour le soutenir, Chabloz fut troublé par cette protestation des éléments étrangers et qu'il se sentait mal à l'aise pendant toute la conférence. Cependant, jugea-t-il, " tout le mal ne vient pas pour nuire, dit le proverbe, car le fait qui s'est passé et qui mérite d'être marqué au fer rouge de la réprobation (parce que la conférence avait été annoncée en français, et qu'après tout nous sommes chez nous) doit apprendre aux valdôtains à avoir plus de caractère, à ne pas faire des déditions lâches, à ne pas se compromettre, à ne pas s'épater en admirateurs intéressés ou non en face de personnes et de choses qu'il convient auparavant d'étudier et de connaître. "13 12 LARÉDACTION,Le Pays natal, "Le Mont-Blanc", n° 28, 11 juillet 1919, p. 2. 13 Conférence Chabloz, "Le Pays d'Aoste", n° 28, 11 juillet 1919, p. 3. Il

Les plus virulents furent "Le Duché d'Aoste", journal " religieux et politique " et organe officiel de l'Église valdôtaine, et "L'Écho de la Vallée d'Aoste", le journal des Valdôtains à l'étranger fondé en 1913 d'après un projet lancé par l'abbé Auguste Petigat. Le premier, après avoir félicité l'orateur pour la conférence tenue en notre langue maternelle avec fraîcheur, inspiration et sentiment et pour les idées développées, pleines d'amour pour la terre natale et ses traditions, se lança âprement contre l'attaque à notre patrimoine linguistique. " Il y a un point noir ! Nous n'aurions jamais cru que des étrangers eussent osé venir insulter la Vallée d'Aoste, qui n'est désormais plus chez elle, et réclamer au conférencier de parler italien. Qui les a appelés chez nous ? Que viennent-ils y faire ? Quelle langue nous parlent ces beaux intellectuels ? De quel droit viennent-ils piétiner nos usages, nos traditions, notre langue et notre histoire ? Savent-ils ces INTRUS que la Vallée d'Aoste a protégé le berceau de la Maison de Savoie, a organisé le Piémont et qu'elle est le plus ancien domaine de nos princes en Italie ? Connaissent-ils un seul mot de notre passé ? Nous avons cette fois un spécimen de leur culture et de leur éducation, dans un pays dont ils devraient avoir au moins le bon sens de respecter l'HOSPITALITÉ. Il est temps que les Valdôtains relèvent la tête et se rappellent qu'ils sont CHEZ EUX ! Cette conduite indigne nous fait penser à ce petit oratoire de montagne où il y avait une inscription française en l'honneur de la Vierge. Un vagabond venu d'ailleurs y a ajouté: Ab aso il franciose ! perdio siamo ini taglia ! C'est la belle mentalité qui nous domine et qui vient s'imposer à Aoste. ,,i 4 14 La conférence Chabloz, "Le Duché d'Aoste", n° 28, 9 juillet 1919, p. 3. Les mots en caractère gras et en petites capitales sont ainsi dans le texte original. Il

Aussi le journal des émigrés intervint sur ce débat. Il avait d'abord annoncé à la veille de la conférence que celle-ci se serait tenue au théâtre Emmanuel-Philibert en soulignant, cependant, que malheureusement la majorité des nouveaux fréquenteurs du théâtre ne connaissaient pas la langue française mais qu'ils auraient été attirés par les pièces musicales exécutées par Blanc et Maciocet5 . Toutefois, il ne prévoyait pas une réaction contraire, mais quand il en eut la nouvelle il se prononça avec clarté : " À peine M- l'avocat Chabloz eut-il commencé sa conférence qu'une huée de désapprobation part du parterre ! C'est au français qu'on en veut ! On est en Italie et l'on doit parler italien. Ces messieurs de nouvelle importation et qui ont presque l'air de vouloir nous apporter la civilité ne savent pas que le premier devoir d'un étranger est de respecter les mœurs du pays qui les reçoit. J'ai voulu observer le sourire narquois d'un de ces phélins et j'y ai aperçu une intime et ineffable satisfaction qu'aucune plume ne saurait retracer. Si ces messieurs se trouvent mal chez nous, comme ils ont l'air de le dire, ils n'ont qu'à retourner chez eux; la cité d'Aoste leur élèverait certainement un magnifique pont d'or. ,,l 6 Le silence des journaux "Le Mont-Blanc", "La Doire" et "La Tranchée Valdôtaine" a une raison particulière à chacun d'eux. Le premier était le journal d'une famille protestante, religion à laquelle adhéraient surtout des éléments non autochtones. "La Doire", journal des libéraux et des socialistes réformistes, ne voulait évidemment pas froisser l'élément ouvrier dont la grande majorité provenait des régions italiennes. Quant au dernier, hebdomadaire de l'Association valdôtaine des anciens combattants, il prônait l'industrialisation de la région et, par conséquent, il voulait rester au-dessus, justement, au-dessus de la " tranchée n • Par contre, l'attitude des journaux locaux catholiques et de l'émigration visait clairement à la défense des traditions culturelles valdôtaines dont la langue française était l'expression principale. Leur réac15 Nouvelles du Pays, "L'Écho de la Vallée d'Aoste", n° 233, 5 juillet 1919, p. 2. 16 Nouvelles du Pays, "L'Écho de la Vallée d'Aoste", n° 234, 12 juillet 1919, p. 2. La semaine suivante le journal publia quelques passages de la conférence. Il

tian face aux italiens demandant l'emploi de la langue de Dante est donc plus que compréhensible. On pourrait peut-être leur reprocher, surtout à "L'Écho", une veine de xénophobie anti-italienne, mais il ne faut pas oublier que les attaques à la langue française devenaient de plus en plus virulentes, d'où la réaction des Valdôtains, et qu'à l'ouest d'Aoste naissait une nouvelle Ville destinée non pas aux autochtones mais aux ouvriers provenant d'Italie. Un mois avant la conférence on avait pu lire que les logements du nouveau quartier allaient offrir aux locataires, évidemment tous italiens, tous les conforts possibles : chauffage centralisé, cuisine au système électrique, commodités et élégance, jardins coquets, larges avenues flanquées d'arbres... Les Aostois le voyaient de leurs propres yeux et ils pouvaient faire une comparaison avec l'état assez pitoyable de l'ancienne Ville et surtout avec les conditions misérables de la plupart de nos villages. Leur réaction était donc presque inévitable. Mais l'intérêt de cet épisode est ailleurs. La forte réaction des journaux valdôtains démontre la volonté opiniâtre de défendre la langue française, perçue comme élément identitaire et pilier de la culture et de la personnalité du peuple valdôtain. Alors, nos ancêtres avaient encore du sang dans les veines ! Il

Lieux de mémoire LES PAROISSES DE LA V ALLÉE D1 AOSTE L -o. Joseph R1vouN a récente réorganisation du réseau des paroisses, par la création des unités paroissiales groupées en zones pastorales, pour faire face aux exigences actuelles de l'Église en Vallée d'Aoste, représente un tournant historique qui intervient sur un système institutionnel s'étant constitué au fil des siècles: un processus qui a eu une importance fondamentale pour la formation des identités des communautés locales. C'est en effet à partir des paroisses, chez nous comme un peu partout ailleurs dans l'Occident chrétien, que sont nées les agrégations sociales d'où sont issues les Communes actuelles. Le témoignage le plus évident de ce phénomène est donné par le fait que de nombreuses Communes portent le nom du saint patron des paroisses respectives. 4-Slint·Mlirtîn-d~rteens 5 · ~iflt ·Christophe -saint Anse:lme Les zones pastorales et les unités paroissiales m

C'est à l'église paroissiale ou dans le cimetière qui l'entourait, que les habitants se réunissaient pour prendre les décisions importantes en faveur de la communauté. C'est au sein de la paroisse que se constituaient les confréries, qui cimentaient les solidarités villageoises, prévenaient les conflits et formaient les premières associations de secours mutuel ; et ce sont les confréries du Saint-Esprit qui engendrèrent au moyen âge les embryons des administrations municipales. Les cloches de l'église paroissiale scandaient les temps du travail et du repos, annonçaient les fêtes et les malheurs. C'est le plus souvent à partir des paroisses, où on constituait des vicariats ou des rectories à cet effet, que se constitua, à partir du XVIJèmesiècle, le réseau des écoles de hameau pour les garçons et les filles, qui réduisit presque à néant le fléau de l'analphabétisme en Vallée d'Aoste. Les paroisses et leurs églises sont donc les " lieux de mémoire " les plus importants de notre histoire et de notre identité. C'est pourquoi j'estime qu'il est peut-être intéressant, pour les lecteurs du " Flambeau", de rappeler quelques données chronologiques qui les concernent. UNE STRUCTURATION PROGRESSIVE ET CAPILLAIRE Les archéologues ont démontré qu'une communauté chrétienne existait à Aoste dès le milieu du IVème siècle, vraisemblablement déjà organisée autour d'un évêque, qui officiait dans une " domus ecclesiœ " sur l'emplacement de la cathédrale actuelle. D'autres édifices de culte s'ajoutèrent bientôt autour des remparts de la cité : les églises actuelles de Saint-Ours, de Saint-Laurent et de Saint-Étienne, ainsi que des chapelles funéraires dans le faubourg Saint-Genis. La tradition attribuait à saint Grat la fondation des premières " paroisses ",c'est-à-dire des plébanies rurales répandues sur le territoire: des découvertes archéologiques récentes ont confirmé quec'est effectivement au cours du Vèmcsiècle que débuta l'encadrement de la population des campagnes dans les premières structures ecclésiastiques territoriales. Nous ignorons comment les choses se passèrent chez nous avant l'an mil; mais on peut supposer qu'ici comme ailleurs les rares églises baptismales furent relayées par les fondations monastiques et par des oratoires privés rattachés aux grands domaines appartenant à de puissants propriétaires laïcs, destinés à devenir des sièges paroissiaux. Au fil des siècles, les églises furent intitulées à la Sainte Vierge, aux apôtres, puis aux martyrs et aux confesseurs ; l'appartenance de la Vallée d'Aoste, dès le dernier quart du vpme siècle, à l'aire poliIl

tique, culturelle et linguistique franco-romande est témoignée, entre autres, par le nom de nombre d'églises nées pendant le haut moyen âge, confiées au patronage de saints de l'ancienne Gaule : Martin et Brice de Tours, Rémy de Reims, Hilaire de Poitiers, Léger d'Autun, Sulpice de Bourges, Oyen de Condat, Léonard de Noblat, Colombe de Sens, Germain d'Auxerre et Denis de Paris. Les bulles pontificales contenant les listes des églises qui dépendaient des différentes institutions ecclésiastiques représentent la meilleure source de connaissance de la situation au xnèmcet au x1œmcsiècle1. Le pontifical du bienheureux Éméric de Quart contient la liste complète des paroisses existantes en 1307. Par la suite, les évêques instituèrent plusieurs nouvelles communautés paroissiales, surtout dans les vallées latérales, pour faire face aux exigences spirituelles d'une population qui, entre l'épidémie de peste des années 1348 à 1350 et celle de 1629 à 1631, n'avait cessé de croître ; mais c'est surtout après cette dernière crise démographique, sous la poussée tardive de la Réforme catholique et jusqu'à la suppression du diocèse d'Aoste par Napoléon en 1803, que l'on assista à une floraison de nouvelles fondations, notamment par les évêques Vercellin, Bailly, De Sales et Solaro. Trois nouvelles paroisses furent créées au XIX ème siècle, après la reconstitution du diocèse en 1817; alors qu'après la seconde guerre mondiale l'institution de nouvelles communautés paroissiales accompagna la croissance démographique de la Commune d'Aoste et des principaux centres touristiques. ZONES, UNITÉS, PAROISSES Ci-après je reporte la liste des paroisses des zones pastorales, en indiquant pour chacune la date d'institution, quand elle est connue ; à défaut, pour les plus anciennes, la période de construction de leurs églises ou, entre parenthèses, celle du plus ancien document connu qui les cite de façon certaine. Il s'agit des bulles des papes Eugène III (1145), Alexandre III (1175 env.) et Innocent III (1207)en faveur de la prévôté de Saint-Gilles; d'Eugène III (1153) et d'Innocent IV (1250) pour l'abbaye d'Ainay; d'Alexandre III pour l'archevêché de Tarentaise (1172 et 1176) et l'évêché d'Aoste (1176); d'Alexandre III (1177) et d'Honorius IV (1286) pour la prévôté de Mont-Joux; et de Lucius III (1184) pour le prieuré de Saint-Ours. Il

La cité d'Aoste et sa banlieue, où s'élèvent les églises les plus anciennes du diocèse, sont comprises dans la zone III, qui englobe cinq unités paroissiales. La paroisse de Saint-Jean-Baptiste, en la cathédrale, et celles de Saint-Étienne et de Saint-Laurent, en la collégiale Saint-Ours, se sont constituées à partir d'églises paléochrétiennes bâties entre le IVème et le Vème siècle. La paroisse de Saint-Martin-de-Corléans, mentionnée en 1176, fut supprimée en 1788 et rétablie 1er juin 1957 par Mgr Mathurin Blanchet. Cet évêque institua aussi celles de la Vierge Marie Reine de la Vallée d'Aoste, au sanctuaire de l'Immaculée Conception, le 22 août 1949, et de Notre-Dame des Neiges à Porossan, le 29 septembre 1964. La paroisse de Saint-Anselme fut fondée en 1971 par Mgr Ovidio Lari : elle vient d'être associée, dans une même unité, avec celle de Saint-Christophe (déjà citée en 1176). La zone I regroupe en six unités les paroisses de la Haute Vallée. Deux d'entre elles, Morgex et Villeneuve, furent les sièges de plébanies et leurs églises remontent au vèmesiècle. D'autres datent aumoins du xœme siècle : celles de La Thuile (1113), Avise, Introd, RhêmesSaint-Georges, Saint-Pierre et Saint-Nicolas (1176), Cogne (1184). Des documents plus récents mentionnent pour la première fois les églises paroissiales d'Arvier (1206), Courmayeur (1227), La Salle (1269), PréSaint-Didier (1294) et Derby (1307). La paroisse de Valgrisenche fut instituée par le pape d'Avignon Clément VII le 9 septembre 1392; celle de Valsavarenche le 19 mars 1483 par Mgr François de Prez ; celle de Rhèmes-Notre-Dame le l°' juin 1650 par Mgr Jean-Baptiste Vercellin et celle d'Entrèves le 26 août 1964 par Mgr Blanchet. La paroisse d'Aymavilles, consacrée à la Royauté du Christ, futnouvellement créée par décret de Mgr Ange-Joseph Calabrese du 28 août 1926, pour remplacercelles de Saint-Léger (1145) et de Saint-Martin (1176), supprimées con textuellement. La zone II groupe les paroisses des environs d'Aoste et des vallées du Buthier en sept unités. Les communautés concernées sont: Sarre et Chesallet, instituées à la fin du Xlèmesiècle par les moines clunisiens de Saint-Victor de Genève, appelés en Vallée d'Aoste par l'évêque Boson; Doues (1152); Jovençan (1174); Gignod, Saint-Rhémy, Saint-Oyen, Valpelline et Roisan (1176) ; Pollein et Étroubles (1177) ; Charvensod (1180); Allein (1307); Bionaz, instituée par Mgr Vercellin le 29 juillet 1640; Oyace et Ollomont, créées par Mgr Pierre-François de Sales le 22 septembre et le 12 décembre 1775 respectivement; Gressan, paroisse issue de l'union à celle de Saint-Étienne (1141 environ) de celles de Saint-Jean de Chevrot (1234) et de La Madeleine (1307), supprimées par Il

décret de Mgr Paolo Giuseppe Solaro di Villanova du 20 octobre 1786 ; Excenex, instituée par Mgr Solaro le 13 avril 1788 ; Bosses, fondée par décret du vicaire capitulaire Charles-François Passerin d'Entrèves du 1er avril 1824 et réunie à Saint-Rhémy par décret de Mgr Lari du 29 février 1980; et Signayes, fondée le 1er juin 1957 par Mgr Blanchet. La zone IV (Moyenne Vallée) rassemble en sept unités les paroisses suivantes: Saint-Vincent, dont l'église remonte au Vèmesiècle; Chambave (1100) ; Pénis (1145) ; Quart, Nus et Saint-Barthélemy (1152) ; Saint-Marcel (1162); Châtillon (1174); Pontey, Antey-Saint-André et Torgnon (1176); Verrayes (1187); Saint-Denis et Diémoz (1207); Brissogne, fondée le 19 avril 1303 par le bienheureux Éméric de Quart ;Valtournenche, fondée par Mgr Oger Moriset le 15 octobre 1420 ; Émarèse ( 1443, mais l'église paroissiale originaire, mentionnée en 1176, se trouvait à Sommarèse) ; Chamois, instituée par Mgr Albert-Philibert Bailly le 21 juillet 1681 ; La Magdeleine, érigée par Mgr Solaro le 3 juin 1789; Ville-sur-Nus, instituée le 20 septembre 1790 par Mgr Solaro; et Breuil, fondée par décret de Mgr Blanchet le 15 août 1968. La zone V (Basse Vallée) réunit huit unités paroissiales. Les paroisses sont : Hône, dont l'église remonte au VIUème siècle ; Verrès ( 1113) ; Challand-Saint-Victor ( 1145) ; Saint-Germain, Montjovet2 , Issogne, Brusson, Ayas, Donnas, Perloz3 et Champorcher ( 1176) ; Arnad ( 1181) ; Issime ( 1184) ; Fontainemore, fondée par Mgr François de Prez le 29 septembre 1483 ; Lillianes et Pont-Saint-Martin, instituées par Mgr Luigi Martini di Castelnuovo le 31 mai et le 5 juin 1614 respectivement ; Pontboset, créée le 13 mars 1625 par Mgr Vercellin; Gressoney-Saint-Jean, érigée par Mgr Bailly le 9 mai 1660, et Gressoney-La Trinité, que ce même évêque institua en 1668 par un décret rendu exécutif le 10 juillet de l'année suivante ; Champdepraz, instituée le 7 juillet 1686 par décret du vicaire général René Ribitel, délégué par Mgr Bailly; Challand-Saint-Anselme, créée le 16 février 1746 par Mgr De Sales; Bard, érigée par décret de ce même évêque du 24 janvier 1775 ; Gaby, instituée par Mgr Solaro le 25 novembre 1786 ; Vert, érigée par Mgr André Jourdain le 30 novembre 1837; et Champoluc, fondée le 26 juillet 1946 par Mgr Blanchet. 2 L'église se trouvait à l'origine au village de Publey, emporté par une inondation. 3 La paroisse de Perloz a réabsorbé le territoire de celle de La Tour d'Hérères,que Mgr Joseph-Auguste Duc avait instituée par son décret du 4 novembre 1878 et qui fut supprimée par décret de Mgr Ovidio Lari le 30 juillet 1986. m

UNE NOUVELLE MISSION ÉVANGÉLISATRICE Le nouvel agencement du réseau des paroisses, tel qu'il a été structuré, prévoit que le clergé diocésain (prêtres et diacres) soit réparti dans les différentes unités paroissiales en qualité de curés, de vicaires ou de collaborateurs de la pastorale, suivant les exigences des communautés et la disponibilité de personnels. Si cette situation est l'effet d'une crise des vocations commune à toute la Chrétienté occidentale, elle doit être aussi, comme toute crise, d'après l'évêque Mgr Franco Lovignana, une occasion de réflexion et de relance de la mission évangélisatrice de l'Église, suivant la pensée du pape François exprimée dans l'exhortation apostolique Evangelii Gaudium: " La paroisse n'est pas une structure caduque ; précisément parce qu'elle a une grande plasticité, elle peut prendre des formes très diverses qui demandent la docilité et la créativité missionnaire du pasteur et de la communauté. Même si, certainement, elle n'est pas l'unique institution évangélisatrice, si elle est capable de se réformer et de s'adapter constamment, elle continuera à être "l'Église elle-même qui vit au milieu des maisons de ses fils et de ses filles ". Cela suppose que réellement elle soit en contact avec les familles et avec la vie du peuple et ne devienne pas une structure prolixe séparée des gens, ou un groupe d'élus qui se regardent eux-mêmes. La paroisse est présence ecclésiale sur le territoire, lieu de l'écoute de la Parole, de la croissance de la vie chrétienne, du dialogue, de l'annonce, de la charité généreuse, de l'adoration et de la célébration. À travers toutes ses activités, la paroisse encourage et forme ses membres pour qu'ils soient des agents de l'évangélisation. Elle est communauté de communautés, sanctuaire où les assoiffés viennent boire pour continuer à marcher, et centre d'un constant envoi missionnaire. Mais nous devons reconnaître que l'appel à la révision et au renouveau des paroisses n'a pas encore donné de fruits suffisants pour qu'elles soient encore plus proches des gens, qu'elles soient des lieux de communion vivante et de participation, et qu'elles s'orientent complètement vers la mission. "· La perspective évoquée par l'encyclique papale va dans la direction de rendre à la paroisse un rôle d'agrégation sociale que la Réforme catholique, par une cléricalisation excessive des institutions ecclésiales, avait négligée, en reléguant les laïcs dans un rôle purement passif. Un autre aspect de la crise actuelle mérite une réflexion. Dans notre diocèse comme ailleurs, le service religieux est assuré de plus en plus souvent par des prêtres étrangers, provenant de l'Europe orientale et Il

Saint Maurice, primicerius de la légion thébaine BIBLIOGRAPHIE de l'Afrique, qui incarnent concrètement l'universalité de l'Église et qui sont la preuve tangible d'une nouvelle réalité paradoxale : l'Europe occidentale, qui a développé à partir des valeurs du Christianisme, dans ces derniers deux millénaires, sa civilisation, dont elle est si fière et qu'elle a voulu exporter dans le monde entier, est redevenue une terre de mission. Pour nous Valdôtains plus que pour d'autres, c'est en quelque sorte un retour aux sources, puisque notre tradition nous apprend que les premiers évangélisateurs des Alpes occidentales furent les soldats africains de la légion thébaine ... J.-A. Duc, Histoire de l'Église d'Aoste, 10 vol., Aoste -Châtel-Saint-Denis -Saint-Maurice, 1901-1915. J.-M. HENRY, Histoire populaire, religieuse et civile de la Vallée d'Aoste, Aoste 1929. A. P. FRUTAz, Le fonti perla storia della Valle d'Aosta, Roma 1966. E. BRUNOD, L. GARINO, Arte sacra in Valle d'Aosta, 10 vol., 1975-1996. FRANÇOIS, Exhortation apostolique Evangelii gaudium (2,4 novembre 2013), www.vatican.va. F. LovrGNANA, Gesù... camminava con loro - Percorso sinodale e avvio delle unità parrochiali, Lettre pour l'année pastorale 2023-2024 (7 septembre 2023).

CHEZ Nous : UN PETIT LIVRE QUI A OCCUPÉ PENDANT LONGTEMPS UNE GRANDE PLACE DANS L1ÉCOLE VALDÔTAINE ~ CECILIA M ARCOZ D epuis 1861, date de l'unité nationale du Royaume d'Italie, jusqu'aux années 50 ou 60 du xxème siècle, c'est-à-dire au moment du miracle ou boom économique italien, l'école élémentaire, en Vallée d'Aoste comme dans presque toute l'Italie, avait bien du mal à démarrer et à se soutenir. C'était une école élémentaire très pauvre: ce n'était pas facile de trouver des établissements scolaires, de les aménager, de payer les maîtres1, de régler le fonctionnement de l'instruction par des lois claires et aisément applicables. Il faut souligner l'importance, pour les petits villages de la Vallée d'Aoste, des écoles de hameau2 , qui pendant des années offrirent un excellent service pour apprendre l'alphabet à une population éparse sur un territoire de montagne peu praticable. Comment parvenait l'enseignement aux petits élèves dans des écoles généralement très pauvres? Uniquement par les leçons de leurs maîtres et par l'étude des manuels scolaires, qui étaient considérés l'instrument fondamental pour l'éducation et l'instruction. Il s'agissait d'un plus grand nombre de maîtresses plutôt que de maîtres, surtout au fur et à mesure que pour les hommes augmentait la chance de trouver des emplois mieux payés. 2 De belles pages ont été écrites sur les écoles de hameau et sur leur rôle très remarquable. Lorsque, pendant le fascisme, on décida de les fermer, l'année 1923, il y eut de f~rtes oppositions. À ce propos on peut v~ir des pages très intéressantes écrites par Emile Chanoux. Voir Emile Chanoux, Ecrits, Imprimerie Valdôtaine, 1994, pages 254 - 256, 449, 560 - 562. Il

C'est pour cette raison que les institutions religieuses, les intellectuels, les hommes politiques, les autorités des Communes, les instituteurs mêmes montrèrent en maintes occasions un très vif intérêt à l'égard des livres de lecture pour l'école élémentaire, qui étaient chargés d'un rôle si délicat3 . Parmi ces livres pour l'école valdôtaine on considéra bientôt évident qu'il fallait trouver des manuels qui fussent à même d'enseigner la langue française4 , mais aussi de faire connaître 3 Nous pouvons trouver de nombreux exemples à ce sujet. En 1890 l'inspecteur scolaire prof. Eugenio Paroli publia le livre Amédée ou ]'École valdôtaine - Livre de lecture pour les écoles élémentaires du Val d'Aoste, car il avait remarqué l'absence d'un livre sur la Vallée d'Aoste qui fût destiné aux jeunes élèves de l'école élémentaire. Dans la Préface du livre, aux pages 7 et 8, il explique lui-même d'avoir écrit uniquement dans un but patriotique, ayant constaté que "les élèves de nos écoles primaires apprennent dans des ouvrages excellents à connaître leur langue maternelle, mais ne connaissent pas l'histoire, les beautés de leur pays natal." Il souligne qu'il y a donc "un vide à remplir". Il suggère que les excellents écrivains valdôtains se proposent de "compléter l'éducation de notre jeunesse en lui fournissant les connaissances les plus importantes sur sa patrie." Il déclare donc que "ce qu'un valdôtain n'a pas encore fait, j'ai osé l'entreprendre, dans la ferme espérance que mon exemple, d'une audace peu commune, je l'avoue moi-même, déterminera quelque écrivain valdôtain à illustrer ce noble et pittoresque Pays d'Aoste pour les enfants qui fréquentent l' l'école, comme d'autres l'ont fait pour des savants et pour les touristes étrangers." Un autre chapitre important à ce sujet est le concours ouvert en 1896 par la Municipalité de la Ville d'Aoste pour la production d'un livre de lecture pour les écoliers valdôtains. Ce concours parvint, quelques années plus tard, à la sélection de trois ouvrages très intéressants: Les lectures pour les Écoles et les Familles Valdôtaines du Prof. Sylvain Lucat, secrétaire à la Ville d'Aoste; les Lectures Valdôtaines d'Anselme Réan, médecin, journaliste et homme politique, qui fonda, en 1909 avec d'autres notables, la Ligue Valdôtaine pour la défense de la langue française en Vallée d'Aoste; et enfin le Premier Livre de lecture de l'enfant valdôtain des Sœurs de Saint Joseph, qui était plus proche de la réalité des écoles élémentaires et qui, pour cela, eut un grand succès et traça la voie pour la production de Chez Nous. 4 Depuis 1861 la Vallée d'Aoste, seule région francophone du Royaume d'Italie unifié, devint une zone périphérique, à la frontière d'un État unitaire de langue italienne, et ce changement comporta beaucoup de problèmes: pour l'école une question linguistique s'imposa. Une population francophone, dont la langue littéraire était le français et la langue parlée dans la vie de tous les jours était un dialecte francoprovençal, le patois avec toutes ses variations, sauf dans la Vallée de Gressoney, dut s'opposer à la décision de la part de l'État d'imposer la langue italienne comme langue unique. Ce fut le fascisme qui poussa encore davantage un processus d'italianisation, lorsque depuis 1923 le régime ordonna de fermer les écoles de hameau et ensuite interdit l'emploi de la langue française. Il

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