Histoires d'eau actes de la conférence annuelle sur l'activité scientifique du Centre d'études francoprovençales Saint-Nicolas, 15-16 décembre 2001 Rosito Champrétavy

Aux sources de l'irrigation : statuts et règlernents des consortages <;le bisses en Vala.is nécessite une adaptation des structures de gestion. Et il s'agit bien de cela : si des actes normatifs se multiplient à cette époque, c'est un signe clair que la situation a changé. Les nouveaux enjeux de l'irrigation, tels que présentés précédemment, sont à coup sur un élément essentiel dans ce processus de rédaction. Il faut tout de méme aussi souli gner que, dès le XIV' siècle, on recourt fréquemment à notaire pour consigner tout ce qui parait important ; au XV' siècle cette tendance se confirme, tant au niveau public que privé. Les règlements des bisses paraissent clone, dans un milieu déjà habitué à l'écrit, répondre à la nouvelle situation issue du développement des systèmes d'irri­ gation. Qui gère le bisse ? Les bisses sont habituellement gérés en commun20• Ils nécessitent des efforts et des investìssements qu'une seule persohnè ou un petit groupe ne serait pas capable d'assumer. La questiòn est de savoir si on a affaire à une association de particuliers ou à une collectivité publique, pour utiliser un terme un peu pompeux. En clair : consortage ou communitas ? À l'étude des textes normatifs, l 'on s'.aperçoit que dans bien des cas ces deux cadres se superposent et rarement ne s'opposent. Parfois, il est vrai, la communauté rurale gère l'irrigation de méme qu'elle s'ùccupe des paturages communs ou des foréts. Le bisse est alors une entreprisè qui implique l'en­ semble des communiers. Il semble que l'on reneontre un tel cas à Savièse. Le problème de l'irrigation est inclus dans les dispositions générales de la com­ munauté, au méme titre que la question de la garde des animaux ou que la défense du territoire en cas de danger, par exemple. De plus, les autorités loeales, essentiellement les .syndics ou procureurs, y onf leur mot à dire : leur autorisation est en effet requise pour vendre un droit d'eau à l'extérieur de la communauté21 • De plus, le choix des rigatòres, 1es responsables de l'irrigation, leur incombe aussi. On voit donc que dans ce cas le bJ.sse est une affaire com­ munautaire22• Plus souvent, un deuxième cadre se superpose à ia con;imunauté : le consorté i ge23• On voit fréquemment apparaìtre ces associations plus res­ treintes, regroupant seulement les paysans qui ont des intéréts directs dans le bisse, essentiellement des tenanciers de prés et de bétail. Ils s'associent alors pour organiser l'irrigation su,r le terrain. Tous les membres du consortage sont en principe aussi des communiers et les structures eommunautaires servent de cadre à leurs activités. De plus, en cas de litige avec des voisins, la commu­ nauté n'est pas loin ; elle est toujours prete à défendre ses membres, méme s'ils forment une association privée relativement indépendante. On voit donc que dans ces cas où la gestion effective de l'irrigation est entre les mains d'un groupe de particuliers, le cadre communautaire est bien ptéSent et qu'il n' y a pas d'oppo � ition entre les deux structlt:res. 25

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