Histoires d'eau actes de la conférence annuelle sur l'activité scientifique du Centre d'études francoprovençales Saint-Nicolas, 15-16 décembre 2001 Rosito Champrétavy

Histoires d'eau La pratique de l'irrigation dans la vie quotidienne des paysans Dans les documents, trois points sont particulièrement bien définis en ce qui concerne l'organisation pratique de l'irrigation, et ils peuvent nous fournir quelques informations sur la vie quotidienne des paysans : il s'agit de la répar­ tition des droits d'eau, des sanctions appliquées en cas de déviance et de l'en­ tretien des ouvrages. La répartition des droits d'irrigation, lorsqu'elle apparait dans les textes, est très précise. Les droits ou parts d'eau sont en général personnels, hérédi­ taires et aliénables sous certaines conditions24• Le fait de posséder un droit, ou mème une fraction de droit, confère au paysan la qualité de consort. Il n'est pas difficile d'imaginer qu'une répartition claire et bien ordonnée des droits d'irri­ gation ést essentielle si l'on veut éviter les litiges. C'est en effet souvent d'un manque de clarté ou de l'abus délibéré d'un membre de l'association que peu­ vent naitre les conflits intemes. Les règlements et les ratements se doivent donc d'etre sans équivoque ; ils indiqueront le nom du consort avec le nombre de droits qu'il possède ou la surface de pré qu'il arrose25• Ces listes sont mises à jour périodiquement afin de refléter les mutations de propriété ou l'évolution des droits26• Elles donnent un bon instantané de la composition d'un consortage et des surfaces que ses membres irriguent. Ccci dit, le chercheur se heurte alors à un autre problème, celui de savoir à quoi correspond un droit d'eau dans la pratique. Il devrait pour cela connaitre quelle quantité d'eau, oµ plutòt quel temps d'irrigation représente une part. Malheureusement, dans bien des cas, cette conversion des parts d'eau en temps d'utilisation n'est pas exprimée. Elle apparait parfojs dans des actes de vente incluant des droits d'eau, où l'on précise sa « vaieur » effective27• Dans les règlements proprement dits, je n'ai jamais rencontré de définition claire d'un droit d'eau, ce qui pousse à penser que de telles précisions étaient l'objet d'autres documents, ou meme d'une assignation périodique orale. Ce n'est en effet pas la fonction des règlements de préciser le « tour » d'eau, c'est-à-dire la succession des consorts pour l'utilisation de l'eau. On se contente seulement de prévoir comment réagir en cas d'abus de la part de l'un d'eux. La question de la définition des droits et de ce qu'ils représentent véritablement sur le terrain reste cepèndant encore ouverte et mériterait une étude approfondie. Sur un plan plus général, on peut tout de memè trouver des précisions d'ordre chronologique dans les statuts des consortages. Il s'agit essentiellement de mentions de la saison et du tour d'irrigation. Les périodes de travaux d'en­ tretien et de réparations nous informent sur les dates limites de la saison d'irri­ gation. L'entretien des ouvrages doit èn effet etre terminé pour la date de la mise en eau du bisse, et, au terme de la saison, il arrive que de nouvelles jour­ nées d'entretien soient nécessaires. De ces indices, il ressort que les dates extremes de la saison d'irrigation varient de plusieurs semaines selon les régions, et peut-etre aussi selon les années. Elles s'adaptent certainernent aux 26

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