Histoires d'eau actes de la conférence annuelle sur l'activité scientifique du Centre d'études francoprovençales Saint-Nicolas, 15-16 décembre 2001 Rosito Champrétavy

Aux sources de l'irrigation : statuts et règlements des consortages de bisses en Valais caractéristiques géographiques, aux particularités du terrain et aux besoins des prairies de chaque lieu, détails que les gens de l'endroit doivent connaìtre par­ faitement. En général, on peut dire que la saison d'irrigation s'étend des mois d'avril ou de mai au mois de septembre28• Le « tour >> (turnus) est une portion de la saison d'irrigation. C'est le cycle durant lequel tous les consorts d'un bisse ont, une fois chacun, la possibilité de se servir en eau. Ce tour se répète tout au long de la saison d'irrigation, généra­ lement à un intervalle d'une à trois semaines. Sa durée dépend du nornbre de consorts à satisfaire, des surfaces à irriguer, des besoins en eau des terrains, des ressources29. Le tour d'irrigation est ensuite divisé en parties plus petites, soit directernent entre les consorts, soit encore entre des quartiers, puis ensuite entre les consorts. Une fois de plus, il faut avouer que les sources considérées ici ne nous inforrnent que peu sur ces subdivisions chronologiques. Le d e uxième élérnent bien défini dans les règlernehts est celui des arnendes et des sanctions. On décrit ici la manière de réagir et les rnesures à prendre en cas de déviance d'un consort. Un cas souvent envisagé est celui que l'on pourrait qualifier de « vol d'eau ». Il arrive qu'un consort utilise l'eau du bisse au-delà de ce à quoi il a droit, en la retenant pour son propre usage plus longternps que prévu. Dans ce cas, il y a bien entendu un lésé dans l'affaire, soit celui qui le précède dans le tour, soit celui qui le suit. À Savièse, en 1447, la peine prévue pour le contrevenant s'élève à 3 1 /2 sous à payer à la cornmunau­ té, à laquelle il faut ajouter un dédornrnagernent de dix sous à celui qui a subi le tort3°. À Leytron, en 1427, on reste plus vague dans les propos en précisant sirn­ plernent qu'un consort ne doit pas en gener un autre au sujet des droits d'eau31 . Les règlements prévoient aussi des peines pour ceux qui provoqueraient, par négligence ou volontairernent, des dégàts sur le bisse32 et pour les cornrnuniers qui oseraient vendre des droits d'eau à l'extérieur de la paroisse ou de la corn­ rnunauté33. - Finalernent, la question de l'entretien et des réparations à apporter aux ouvrages d'adduction est aussi très présente. Le rnaintien en bon état du bisse assure son efficacité et perrnet d'éviter des dégàts ou merne des querelles. Un bisse endornmagé laisse en effet échapper de l'eau, et cela peut avoir deux conséquences : prernièrement, la disponibilité en eau est dirninuée ou rneme nulle pour une période, ce qui est parfois désastreux pour les paysans. Ensuite, l'eau qui coule librernent provoque inévitablernent des dégàts sur les tèrres en dessous du tracé du bisse. Lorsque le territoire touché appartient à une cornrnu­ nauté voisine, la sirnple fuite d'eau peut rnener à des querelles et des procès34• Donc pour assurer l'efficacité du systèrne et éviter les tensions, les pay­ sans définissent dans les textes des principes d'entretien et des rnesures d'ur­ gence en cas de dornrnages. Les journées de rernise en état du bisse se dérou­ lent avant le début de la saison d'irrigation, e ' est à dire au printernps. Tous les consorts ou tous les cornrnuniers doivent y participer. À Savièse, l'en · s '-")..: ' U' - . lr�;N/''ll( � �>!f-r:t,�r, a.i.Iy.\ ir �>; ii!. -� �;,: . _· .-, ., �t} ;• .

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